SCÈNE III
DORANTE, mL
Je puis donc me flatter que j'épouse Julie.... Mais l'épouser si tôt, c'est faire une folie. Étant homme de guerre, et tout prêt à partir, A m'engager ainsi , puis-je donc consentir? A peine marié , si je quitte ma femme, La longue liberté peut corrompre son âme. L'absence d'un mari fait souvent son malheur, Et trop de confiance expose au déshonneur. Julie est sage : mais c'est être malhabile, Que de trop présumer de son sexe fragile ; Et qui Veut l'empêcher d'être foible et léger, Doit de l'occasion lui sauver le danger. Eh ! quelle occasion plus belle que l'absence? Je frémis d'y penser ! Mais sans extravagance , Pourrois-je différer ou changer mon dessein ? Non : mes justes frayeurs me retiennent en vain. Que je suis malheureux! A quoi bon tant de plaintes? J'imagine un moyen qui peut calmer mes craintes. Embrassons un état qui, loin de m' éloigner, Me fasse en ma maison toujours vivre et régner. Je n'en connois aucun qui soit mieux mon affaire , Que d'endosser la robe et d'être sédentaire. Un grave magistrat est bien moins exposé Qu'un guerrier par l'honneur toujours tyrannisé, Et qui, cherchant au loin d'illustres aventures, Souvent reçoit chez lui de fâcheuses blessures.
Oui , la robe convient à mon cœur délicat.
Faisons donc au plumet succéder le rabat.
J'en plairai moins, peut-être, à ma ftiture épouse :
Mais je sens dans mon âme un fonds d'humeur jalouse
Qui ne pourroit jamais souffrir Téloignement ,
Et qui de mon bonheur me feroit un tourment.
M'y voilà résolu , je vais quitter Tépée,
Et par là ma frayeur se trouve dissipée.