ACTE I, SCENE I
Jamais homme ne fut plus dangereux que lui ; Il donne un mauvais tour aux actions d'autrui ; •£ Tout le monde est en butte à ses traits satiriques , Et l'on craint en tous lieux ses malignes critiques. Ses amis, s'il en a, n'en peuvent être exempts; D'autant plus dangereux dans ses traits médisants , Qu'il cache son venin et sa langue traîtresse Sous les dehors trompeurs d'une humble politesse. Fi ! vouloir que ma fille accepte un tel époux, C'est prétendre introduire une peste chez nous.
LA VAHONNE.
Eh! vous le haïsses faute de le cotinoître :
Mais , pour moi, qui sais mieux tout ce qu'il en peut être,
Je soutiens....
L13 BARON
Eh ! morbleu , je le comtois trop bien ; Depuis qu'ii «st chez nous, je tt'y connois plus rien. Contre moi ses discours vous aigrissent sans cesse , Nos enfants n'ont pour nous ni respect ni tendresse; Moi-même , il me prévient si souvent contre vous , Que je ne puis tous voir sans me mettre en courroux, Et qu'à tous les instants nous nous brouillons ensemble : ttes traits aussi marqués auroient dû , ce me semble , Vous le faire haïr autant que je le hais , Et remettre entre nous l'union et la paix ; Mais de votre amitié c'est en vain qu'il abuse , Il a toujours raison , et e'est moi qu'on accuse.
LA BARONNE
Donnez à mes desseins un plan consentement, Et vous verrez bientôt qu'il n'est point....
4oo LE MÉDISANT.
LE BARON
Non vraiment.
. / Je ne le donnerai sur aucun mariage , ' Que lorsque de ma fille il aura le suffrage ; Il faut la consulter.
LA BARONNE
La consulter? Pourquoi, Monsieur ? Prit-on le soin de me consulter, moi , Lorsqu'il fut question de nous unir ensemble? Je veux que sur cela ma fille me ressemble; Je ne vous aimois point, cependant j'obéis ; Et ma fille prendra celui que je choisis.
LE BARON
Oui! puisque vous parlez avec cette insolence, Je vais avec rigueur user de ma puissance. Et , pour en revenir à mon premier dessein , v Marianne au couvent entrera dès demain.
LA BARONNE
1 Au couvent? Nous verrons.
Taisez-vous.
LA BARONNE
Moi, me taire!
} J'aimerois mieux mourir.
LE BARON
Vous ne pourriez mieux faire.
LA BARONNE
Quoi ! vous avez le front de me traiter ainsi !
LE BARON
Parla mort!...