ACTE II, SCENE VL
LISETTE
On lui plaît. Mais dès qu'il a paru i Je m'en suis aperçue; et je ne puis comprendre....
LÉ ANDRE, sans la voir.
Mon cœur de tant d'appas ne sauroit se défendre : Mais pour me taire encor j'ai de fortes raisons.
LISETTE, à part.
Entre gens comme nous, faut-il tant de façons? Je ne dois pas pourtant m'expliquer la première ; Et, pour l'honneur du sexe, il faut faire la fière.
LÉÀÎTDRE, sanslayoir.
Parlerai -je à Lisette?
LISETTE
Oh ! pour le coup , je voi Que le pauvre garçon est amoureux de moi..
LÉANDRE
Avant que lui parler, il faut la mieux connoître ; Je ne veux rien risquer.
LISETTE, te présentant à loi.
Je risquerois peut-être Autant que vous.
Que vois-je? On m'écoutoit.
LISETTE
Fort bien.
Rassurez-vous, mon cher, et ne me cachez rien. Quoi donc! vous hésitez! J'ai l'oreille assez fine, Et, par votre embarras, aisément je devine La moitié du secret. Achevez.
LÉANDRE
Et comment Savez-vous?...
LISETTE
Vous parliez assez distinctement.
LÉ ANDRE, à part.
Je me serai trahi. Quelle est mon imprudence!
(à Lisette.)
Il faut vous prévenir sur mon extravagance ; Je rêve quelquefois en veillant
LISETTE
Croyez-moi , J'entends à demi-mot.
Ll^ANDRE.
Non ; c'est de bonne foi Que je vous fais ici l'aveu de ma foibUsse.
LISETTE
Vous avez dans le cœur un grand fends de tendresse.
lMandrf.
Il est vrai. Bien souvent (admirez mon erreur) Je me crois tout d'un coup le fils d'un grand seigneur, Et me mets dans l'esprit que , pour véir ce que j'aime , Il faut que je me cache avec un soin extrême; Je me plains, je m'agite; et qui m'écouteroit, Pour ce que je crois être à la fin me prendrait : Si quelqu'un m'interrompt , je me connois sur l'heure, Le grand seigneur s'éclipse, et lis valet demeure.
LISETTE
Vous me dépaysez avec beaucoup d'esprit ,
Vous y tâchez , au moins ; mais ce que l'on m'a dit,