ACTE III, SCENE IL
Vous prendrez , à coup sûr, la femme qu'oa vous donne.
VALÈRE
Non ; je mourrai plutôt
LE BARON
Et quelle est la personne Qui vous plaît?
VALÈRE
Je ne sais.
LE BARON
Vous moquez-vous de moi?
VALÈRK.
Non , mon père ; je parle ici de bonne foi ; Celle qui m'a charmé m'est encore inconnue.
Bon , bon ! il extravague.
LE BARON
Où Favez-vous Jonc vue?
VALÈRB.
Je la vis hier au bal, où son déguisement J
Me cacha quelque temps un objet si charmant ; Mais sa danse, son air, et sa taille parfaite, Portèrent à mon cœur une- atteinte secrète. Je voulus lui parler, pour voir si son esprit Répondoit dignement à tout ce que j'ai dit : Sa conversation me toucha davantage , Et je brûlois de voir les traits de son visage, Lorsqu'un homme inconnu, tout rempli de fureur, Par un trait singulier me causa ce bonheur.
LE BARON
Vous nous contez, mon fils, de rares aventures.
46o LE MÉDISANT.
VALÈRE
Il s'emporte contre elle aux plus basses injures. Que ne lui dit-il point ? J'arrête ce brutal ; Et notre différend alloit troubler le bal : L'inconnue aussitôt, pour finir la querelle, Se démasque. Â mes yeux elle paraît si belle, Que ses charmants attraits s'emparent de mon cœur, Et contre l'insolent redoublent ma fureur : Mais sitôt qu'il la voit : excusez-moi, Madame, Lui dit-il , je croyois que vous fussiez ma femme; Je sais qu'elle est ici pour certain rendez-vous; Et , sans rien ajouter, il s'éloigne de nous.
LISETTE
Un mari pour si peu faire un vacarme horrible!
VALÀRE.
A mon empressement la belle fut sensible ; Mais, craignant quelque éclat, elle sortit d'abord, Et pour la retrouver je fis un vain effort. Cependant sa beauté , présente à ma pensée , Par aucun autre objet n'en peut être effacée.
LE BARON
Tout ceci n'est, mon fils, qu'un vrai galimatias, Chimère de jeune homme, et je n'en fais nul cas. Il n'y paraîtra plus dans deux jours ; et ce terme....
VALÈRE
Souffrez qu'à vos genoux....
LE BARON
Lisette....
LISETTE
Tenez ferme.