ACTE II, SCENE VIII
Quoi ! près de posséder la divine Julie ; Bonheur dont aux dépens de son sang , de sa vie , Il devroit acheter les précieux moments.... Madame, qu'il est peu de sincères amants! D'un pareil procédé mon amitié s'indigne, Et d'un bonheur si doux Léandre n'est pas digne.
ffÉRINE.
Voilà parler, Madame, et penser sensément : Ma foi , votre amoureux aime trop froidement : Je prendrois, là-dessus , le parti le plus sage. Tu diffères; et moi, je romps le mariage.
JULIE
Vas-tu recommencer tes discours ennuyeux ?
damon.
Ah ! si Léandre avoit et mon cœur et mes yeux ! Tout entier à l'amour, trop content de vous plaire, Sans égard pour l'ami , sans crainte pour le père, Possesseur empressé de vos divins appas....
NARINE
Damon assurément ne différèrent pas , Lui.
JULIE
Ce discours m'étonne, et j'ai peine à comprendre....
KiRIlCE.
Mais voilà ce qu'au fond devoit faire Léandre.
DAMON
Jugez , par cet aveu, de l'état de mon cœur : J'ai caché les transports de ma secrète ardeur ; Mais c'est trop la contraindre, il est temps qu'elle éclate. La froideur d'un ami l'autorise et me flatte;
Et son nouveau délai me permet d'espérer Un bien dont il a trop tardé de s'emparer.
NÉRINE
L'incident est nouveau. Quelle en sera la suite? Qu'en dites-vous y Madame, hem?
JULIE
Je suis interdite.
Damon , avez-vous donc perdu sens et raison?
NÉRIWE.
L'ami de votre amant , Madame , est un fripon :
Mais j'aimerois mieux, moi (mon goût n'est pas le vôtre),
Un fripon comme lui , qu'un amant comme l'autre.
DAMON
Si l'aveu de mes feux vous semble criminel , Je le fais malgré moi , j'en atteste le ciel. Madame, il est bien vrai qu'en cessant de me taire , Je suis, je vous l'avoue, un amant téméraire : Combien, prêt à parler, ai-je tremblé , frémi ! Non , ne me croyez point perfide à mon ami : Quand j'ose vous parler de mon amour extrême , Ce n'est point moi , c'est lui qui se trahit lui-même. Tétois dans la province , et loin de ce séjour; Par ses lettres , Léandre a pressé mon retour. J'espérois vous revoir, sans trouble et sans alarmes : Je reviens , je vous trouve encor de nouveaux charmes : Votre hymen différé , Léandre auprès de vous , Loin d'être un tendre amant , paroît un froid époux. Dans un cœur bien épris que le penchant entraîne , Qu'à reprendre ses droits l'amour a peu de peine ! Que l'on saisit , Madame , avec avidité ,