ACTE IV, SCENE I
Le cas est vrai , pourtant.
LÉANDRE
Que t'a-t-il dit, mon père?
FRONTIN
Bien des choses. D'abord il a voulu savoir, Comme vous jugez bien, si j'avois pu vous voir; J'ai dit que j'avois pris une peine inutile, Et qu'on ne vous pouvoit trouver en cette ville.
LiANORE.
Qu'a-t-il répondu?
Rien. Il s'est mis à pleurer.
LÉANDRE
A pleurer ?
FRONTIN
Des deux yeux. Je puis vous assurer Qu'il se repent bien fort de la dure contrainte....
LÉANDRE
Que dit-il de Lucrèce ? )
FRONTIN
A vous parler sans feinte, Je doute qu'il vous presse encor sur son sujet. *
LÉANDRE
Comment! tu crois cela?
FRONTIN
Je le crois , en effet
LÉANDRE
En sais-tu la raison?
FRONTIN
Il vient de me la dire.
Il vous souvient du jour qu'il voulut vous prescrire i. **3f
48a LE MÉDISANT.
Pour signer le contrat?
LÉANDRÏ.
Je dois m'en souvenir.
FRONTIN
Vous lui promîtes tout pour ne lui rien tenir.
Ce jour étant venu, vous fîtes le malade;
On le crut : mais le soir on sut votre escapade.
IJÉANDRE.
Qu'est-il besoin?...
FROWTIN.
Jugez de notre -étonnement On vous attend un jour, deux jours, mais vainement.
LÉANDRE
Eh ! bourreau , viens au fait
FRONTIff.
Donnez-vous patience.
( Enfin , quand du retour on n'a plus d'espérance, Lucrèce au désespoir verse un torrent de pleurs.
LÉANDRE
Que m'importe !
FRONTIIT.
On s'empresse à calmer ses douleurs; La gloire l'aiguillonne; elle se tranquillise, Puis chante, danse, rit, à la fin, vous méprise.
LÉA.KDRE.
Ah ! tant mieux.
FRONTIN
Mais l'amour rappelle son dépit , Qui jusques à tel point la presse, U saisit,