‹ Œuvres dramatiques de N. DestouchesChapitre 76 sur 357 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

JULIE, NÉRINE

NÉRINE

Un jaloux est, Madame, un animal bien traître; Fort à propos Léandre à vous s'est fait connoître : A cacher ce qu'il pense il est bien consommé; Vous devez le haïr autant qu'il fut aimé : Mais une bonne fois faites-moi bien comprendre Si vous aimez toujours le curieux Léandre. Ne vous sentez-vous point encor pour lui....

JULIE

Moi? Non.

Il m'a trop offensée , et j'estime Damon. Déjà depuis long-temps, par sa froideur extrême, Léandre dans mon sœur se desservoit lui-même ; Je cachois mon dépit, et sentois, chaque jour, Que j'aimois par devoir autant que par amour. Ses feintes , ses soupçons ont achevé l'ouvrage , Je ne saurois tenir contre un pareil outrage ; J'ose te l'assurer, f affaire d'aujourd'hui Ne permet pas que j'aie aucun retour pour lui.

NÉRINE

Voilà des sentiments de fille raisonnable ; Gardez-vous d'en changer.

^ ACTE V, SCENE I. io3

JULIE

Je m'en sens incapable, Nérine; cependant je veux, voir, avant tout, S'il osera pousser la feinte jusqu'au bout. Je vais me plaindre à lui de son ardeur nouvelle , Feindre que j'en ressens une douleur mortelle; Je n'épargnerai rien, ni soupirs, ni douceurs, Ni plaintes , ni regards , ni reproches , ni pleurs. Heureuse, si je puis, comme je le désire, Me ressaisir sur lui de mon premier empire , Rallumer tout l'amour dont son cœur fut épris, Et l'accabler après de haine et de mépris !

NÉRINE

Aux mouvements divers qui régnent dans votre âme, Que le premier amant vous plaît encor, Madame!

JULIE

Tes yeux seront témoins de mon ressentiment.

NÉRINE

Et moi, si j.'étois vous, sans éclaircissement J'épouserais Damon ; il est tout fait pour plaire, Le joli cavalier!

JULIE

Qui te dit le contraire ?

Ma foi, vivent les gens qui portent des plumets! On en fait des maris qui ne grondent jamais ; On n'essuie avec eux ni soupçon ni querelle ; Et lorsqu'au régiment la gloire les rappelle , Leurs femmes en repos, en pleine liberté, Passent, comme il leur plaît, le printemps et l'été.

io4 LE CURIEUX IMPERTINENT.

Un époux de la sorte est un grand avantage ; Qu'il soit six mois absent, c'est un demi-veuvage : Quel avant-goût ! On vient ; c'est notre curieux.

JULIE

Tais-toi , tu me v^s voir prendre un ton sérieux.

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