‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 108 sur 637 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

FIESQUE arrive armé, et s'arrête devant le palais d' André Doria ; e«5ui7e ANDRE.

FIESQUE

Le vieillard a tenu parole. Toutes les lumières sont éteintes au palais. Les gardes sont éloignés. Je vais sonner. [Ilsonne.)—\\é ! holà ! évcille-toi, Doria, tues trahi, vendu. Doria, éveille-toi! Holà! holà! éveille toi!

A.NDKÉ parait à un balcon.

Qui a sonné?

FIESQUE, déguisant sa voix.

Ne le demande pas, fuis. Ton étoile est éclipsée, doge. Gènes se soulève contre toi; tes bourreaux s'approchent, et tu peux dormir, André? ANDRÉ, avec dignité.

Je me souviens que lorsque la mer furieuse tourmentait le vaisseau, lorsque la quille craquait, lorsque le mât était brisé, André Doria dormait paisiblement. — Qui envoie les bourreaux ?

FIESQUE

Un homme plus redoutable que ta mer en fureur, Jean-Louis Fiesque.

ANDRÉ, souriant.

Tu veux rire, ami. Choisis le jour pour tes

facéties. Minuit n'est pas l'heure pour se divertir.

FIESQUE

Tu railles ton libérateur?

ANDRÉ

Je le remercie et je vais me coucher. Fiesque se repose de ses débauches, et n'a pas le temps de songer à Doria.

FIESQUE

Infortuné vieillard ! ne te lie pas à ce serpent. Les sept couleurs resplendissent sur ses écailles brillantes... on approche... et tout-à-coup on est enveloppé de ses replis meurtriers. Raille toi si tu veux des avertissemens d'un traître; ne te raille pas des conseils d'un ami. Un cheval est sellé dans ta cour; fuis, il est temps; ne méprise pas les avis d'un ami.

ANDRÉ

Fiesque pense noblement. Je ne l'ai jamais olTensé : Fiesque ne me trahira pas.

FIESQUE

Il pense noblement , il te trahit, et te donne la preuve de l'un et de l'autre.

ANDRÉ

Eh bien, j'ai une garde qu'aucun Fiesque ne pourrait renverser, s'il ne commande point à des démons.

FiESQUE, d'un to)i, railleur.

Je voudrais parler à cette garde. J'ai une iellre

I lui donner à porter dans l'autre monde.

ANURÉ, avec grandeur.

Misérable bouiTon! u'as-tu pas compris qu' Antiré Doria a quatre-vingts ans, et que Gênes est

heureuse ?

Il se retire du balcon.

FIESQUE le suit des xjeux.

Devais-je donc renverser cet homme ayant d'avoir appris que l'égaler est encore plus difficile?... ( Il se promène tout pensif.) Non, j'ai rendu générosité pour générosité. — Nous sommes quittes , André. Maintenant, suis ta route. La guerre !

II se jette dans une rue détournée. Le tambour bat de tous côtés. On combat vivement à la porte Saint-Thomas. La porte est enfoncée, et laisse voir le port, où sont des vaisseaux éclairés avec dos torches.

THÉÂTRE DE SCHILLER

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SCÈlNE II.

GIA-\!-7rTlN0 DOIUA, enveloppé d'un manteau écarlate, LOMEiXlNO. Des Serviteurs précèdent portant des (lambeaux. Tous semblent empressés.

GiANETTixo, s'arrêtaut.

Qui a ordonné de battre la générale?

LOMELUNO.

Un coup de canon est parti des galères.

GlANEnriNO.

Les forçats auront voulu briser leurs fers.

On entend de la mousquetcrie à la porte Saint-Thomas.

LOMEI.LIXO.

On fait feu ici près!

GIANETTIXO.

La porte est ouverte! La garde en rumeurl [Aux Domestiques. ) Vite, coquins! éclairezmoi; au port!

Ils courent vers la porte.

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