S TU ART
{Il s'approche humblement d'Elisabeth.) Je veux recevoir de la propre bouche de ma souveraine... ELISABETH, sans le regarder.
Fuyez de mes yeux, indigne!
LEICESTER
Ce n'est pas mon aimable souveraine, mais ce lord, mon ennemi, que je reconnais dans ces dures paroles... Je m'adresse à ma reine chérie. Vous avez prêté l'oreille à ses discours ;j^ réclame le même droit. ISÊÊS^ ^•
ELISABETH
Parlez, infâme... Ajoutez encore à votre crime, niez le.
LEICESTER
Éloignez d'abord cet importun... Sortez, mylord: ce dont je veux entretenir la reine doit être sans témoin, allez.
ELISABETH, à Burleigh.
Demeurez, je vous l'ordonne.
Doit-il y avoir un tiers entre vous et moi?... J'ai à m'entretenir avec ma souveraine adorée... Je réclame les droits de ma place, ce sont des droits sacrés, et j'exige encore que mylord s'éloigne.
ELISABETH
Il vous sied bien de tenir cet orgueilleux langage!
LEICESTER
Oui, ce langage sied à l'heureux mortel à qui vous avez donné le sublime privilège de votre faveur, que vous avez élevé au-dessus de ce lord, et au-dessus de tous. Votre cœur m'a conféré ce rang illustre; et ce que votre amour m'a donné, jejure que je saurai le conserver aux dépens de la vie... Qu'il sorte, et il ne sera besoin que de deux instans pour que je me fasse entendre de vous.
ELISABETH
Vous espérez en vain me séduire par votre adresse.
LEICESTER
Cet orateur aura pu vous séduire, mais moi je ne veux parler qu'à votre cœur. Et ce que j'ai osé, me confiant en votre faveur, je ne veux le justifier que devant votre cœur... Je ne reconnais d'autre tribunal pour me juger que votre sentiment.
ÉLIS.\BETH
Indigne! et c'est ce sentiment même qui vous rend plus coupable... Montrez-lui la lettre, mylord.
La voici.
LEICESTER parcourt la lettre sans changer de maintien.
C'est l'écriture de lady Stuart.
ELISABETH
Lisez, et soyez confondu.
l'HÉATRE DE SCHILLER
LEicESTEH, tranquillement, après avoir lu. L'apparence est contre moi. J'ose espérer toutefois que je ne serai pas jugé d'après l'apparence.
ELISABETH
Pouvez-vous nier que vous ayez eu un commerce secret avec lady Stuart, que vous ayez reçu son portrait, que vous ayez travaillé à la délivrer?
lEICESTER.
II me serait facile, si je me sentais coupable, de récuser le témoignage d'une ennemie ; mais comme je n'ai rien à me reprocher, je confesse qu'elle n'a rien écrit que de vraî.
ELISABETH
Ainsi donc, malheureux...
DURLEIGII.
Sa propre bouche le condamne.
Sortez de ma vue, traître... Qu'on le conduise à la Tour.
LEICESTER
Je ne suis point un traître. J'ai eu tort de vous faire un secret de mes démarches ; mais mon dessein était pur. Je voulais pénétrer votre ennemie et la perdre.
ELISABETH
Misérable défaite !
BURLEIGH
Quoi, mylord, vous croyez...
LEICESTER
J'ai joué un jeu hasardeux, je le sais ; et le comte de Leicestcr pouvait seul dans cette cour risquer une telle chose : la haine que je porte à lady Stuart est assez connue. Le rang dont je suis révolu, la confiance dont m'honore la reine, ne pouvaient laisser aucun doute sur la fidélité de mes sentimens ; l'homme que dans votre faveur vous avez distingué de tous, pouvait bien s'acquitter de son devoir d'une manière plus particuliiTc et plus audacieuse.
BUHLEIGlt.
Mais si votre dessein était bon, pourquoi gardiez-vous le silence?
LEICESTER
Mylord, vous avez coutume de pérorer avant d'agir : vous êtes la trompette de vos actions, c'est là votre méthode; la mienne est d'agir avant de parler.
Vous oe parlez maintenant que parce que vous y êtes contraint.
LEICESTER le mesure dun regard orgueilleux et méprisant.
Kl vous, vantez-vous d'avoir merveilleusement conduit une si grande affaire, d'avoir sauvé la reine, d avoir démasqué la trahison ! Hien n'échappeà votre œil pénétrant, croyez-vous ? Quelle
pauvre vanité ! En dépit de votre sagacité, Marie était cependant libre aujourd'hui, si je ne l'eusse empoché.
BURLEI6H.
Vous auriez...
LEICESTER
Oui, mylord, la reine s'est confiée à Mortimer ; elle-lui a ouvert son âme; elle est allée jusqu'à lui donner des ordres sanglans contre Marie, après que Paulet eut refusé avec horreur de se charger d'une telle commission. Dites, cela n'estil pas ainsi?
La reine et Burleigh se regardent avec surprise.
BDRLEIGH.
Comment cela est-il venu à votre connaissance ?
LEICESTER
Cela n'est-il pas ainsi? Eh bien, mylord, où étaient donc vos regards pénétrans, pour n'avoir pas vu que ce Mortimer vous trahissait? qu'il était un papiste fanatique, un instrument des Guise, une créature de lady Stuart, un enthousiaste audacieux venu pour la délivrer et assassiner la reine?
ELISABETH, avec un extrême étonnement.
Quoil Mortimer?
LEICESTER
C'est par lui que Marie entretenait commerce avec moi, et c'est ainsi que j'ai appris à le connaître. Elle devait être aujourd'hui arrachée de sa prison ; c'est ce que je viens d'apprendre à l'instant de la bouche de Mortimer. Je l'ai fait sur-le-champ arrêter; et dans le désespoir de \oir son entreprise inutile et d'être démasqué, il s'est donné la mort.
i5lisabeth.
Ah I j'ai été indignement trompée ! Ce Mortimer...
burleigh.
Et cela vient d'arriver maintenant, depuis que je vous ai quitté ?
LEICESTER
11 est fâcheux pour moi qu'il ait ainsi terminé son sort; s'il vivait, son témoignage me justifierait pleinement, et dissiperait tous les doutes. Je l'aurais livré à la main de la justice, et un jugement rendu dans toute la rigueur des formes aurait attesté et scellé mon innocence aux yeux de tout le monde.
BURLEIGH
II s'est tué, dites-vous, lui-même? et ce n'est pas vous...
LEICESTER
Infâme soupçon! On peut entendre les gardes a qui je l'avais remis. (// va à la porte et appelle ; l'Officier des gardes entre.) Rendez compte à sa majesté de ce qui vient de se passer au sujet do Mortimer.
MARIE STUART
l'officier.
J'étais à mon poste dans la salle aes gardes, jrsque mylord a ouvert tout-à-coup la porte, et l'a ordonné de m'assurer du chevalier Mortimer omme d'un criminel d'état. Nous l'avons vu sure-champ entrer en fureur ; et, se répandant en mprécatîons contre la reine, tirer un poignard, t, sans que nous ayons pu l'arrêter, se percer le œur.
LEICESTER
C'est assez. Vous pouvez vous retirer, la reine
;st satisfaite.
L'officier sort.
lÊLISABETH.
Ah ! quel abîme d'horreur !
LEICESTER
Maintenant, reine, qui vous a sauvée? est-ce nylord Burleigh? Connaît-il les dangers qui vous învironnaient? est-ce lui qui les a écsïtés? Votre idèle Leicester veillait sur vous comme votre bon jénie.
BURLEIGH
Comte, ce Mortimer est mort bien à propos >our vous.
3'ignore ce que je dois en penser ; je crois vos liscours, puis je ne les crois plus; je pense que ous êtes innocent, puis j'en doute. Ah I odieuse, ui me cause tous ces tourmens !
LEICESTER
Il faut qu'elle périsse ; moi-même maintenant opine pour sa mort. Je vous avais conseillé de lisser la sentence sans exécution, jusqu'au molent où un nouveau bras se lèverait pour sa déinse. Cela est ainsi arrivé, et j'insiste pour quo 1 sentence soit accomplie sans délai.
BURLEIGH
Vous le conseillez ainsi, vous?
LEICESTER
Bien qu'il m'en coûte d'en venir à de telles itrémités, je vois maintenant et je pense que le ilut de la reine exige ce sanglant sacrifice. Ainsi ; propose que l'ordre de l'exécution soit donné ir-le-champ.
BURLEIGH, à la Reine.
Puisque mylord montre une opinion si ferme t si fidèle, je propose que l'exécution de la senince soit confiée à ses soins.
LEICESTER
A moi?
BURLEIGH
A VOUS. Vous n'avez pas de plus sûr moyen de issiper les soupçons qui pèsent encore sur vous ; ' -s avez été accusé d'aimer Marie, vous préside-
I sofi supplice.
; iisABETU, regardant fixement Leicester, ; conseil est sage ; qu'il en soit ainsi, cela est
iHé.
LEICESTER
en que l'élévation de mon rang dût m'affran- (le celte cruelle commission, qui de toute
II conviendrait mieux à un Burleigh; bien
que celui qui a l'avantage d'être placé si près de la reine ne dût pas être un instrument de rigueur; cependant, pour marquer mon zèle et satisfaire la reine, je dérogerai aux privilèges de ma dignité, et j'accepterai cet odieux devoir.
ELISABETH
Lord Burleigh le partagera avec vous. {À Burleigh.) Prenez soin que l'ordre soit prêt sur-lechamp.
Burleigh sort. On entend du tumulte au dehors.
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