‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 409 sur 637 · LA COMTESSE, LA DUCHESSE, MAX, THÉGLA · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, LA DUCHESSE, MAX, THÉGLA

LA COMTESSE, à la Duchesse.

Ils vont le voir ; il y a encore de l'espoir , ma sœur.

LA DUCHESSE

De l'espoir I je n'en ai plus.

MAX, qui pendant In dernière scène s'est tenu à

l'écart , et a semblé violemment combattu ,

s'approche.

Ma constance est à bout. Je suis venu ici d'une ânae ferme et déterminée : je croyais ma conduite juste et à l'abri du blâme , et il m'a fallu paraître tel qu'un homme haïssable , dur, inhumain , digne de malédiction, en horreur à tous ceux qui me sont chers ; il m'a fallu les voir plongés dan» la douleur, et je pouvais d'un mot leur rendre le bonheur. Mon cœur se révolte en dedans de moi ; deux voix se font entendre dans mon sein : j'erre dans l'obscurité , et ne sais plus reconnaître la bonne voie. Ah ! tu le disais avec raison , mon père, je me suis trop Gé à mes propres forces : me voici maintenant ébranlé; je ne sais plus ce que je dois faire.

LA COMTESSE

Vous ne le savez pas ? Votre cœur ne vous le dit pas ? Je vais donc vous le dire. Votre père, par une indigne trahison, nous a abandonnés, a attenté à la tête du prince, nous a exposés aux aiîronts. Sa conduite indique clairement celle que vous , son fils , devez tenir : il vous faut réparer l'infamie dont il s'est rendu coupable, donner un pieux exemple de fidélité , empêcher que le nom de Piccolomini soit plongé dans l'opprobre et voué à l'exécration éternelle de la maison de Wallenstein.

MAX

Où est cette voix de la vérité dont je dois suivre les ordres? je ne suis agité que par les désirs et les passions. Ah! si un ange pouvait en ce moment descendre du ciel, et de ses mains pures puiser pour moi à la source de l'éternelle lumière d'où la justice découle sans cesse! { Ses yeux s'arrêtent sur Thécla. ) Ah ! pourquoi chercher encore un ange? pourquoi en demander un autre? ( Il s'approche d'elle et la serre dans ses bras.) C'est ici, sur ce cœur que sa sainte pureté rend infaillible, que je veux me résoudre. Je veux interroger ton amour : c'est lui seulement qui peut donner du bonheur. Si je le perdais, c'est que je serais coupable et malheureux. Pourras-tu m'aimer si je demeure ici ? Prononce que tu le pourras, et je suis à vous.

LA COMTESSE , aveo expression.

Réfléchissez.

MAX, l'interrompant.

Ne réfléchis point; dis ce que tu éprouves.

LA COMTESSE

SoDgex k Totre père.

MAX. l'interrompant.

Ce n'est pas la fille de Friedland que j'interroge, c'est ma bien-aimée. S'il s'agissait ici de gagner une couronne , tu pourrais chercher à décider d'après les lois de la prudence; mais il s'agit du repos de ton ami, et du sort de mille braves , au cœur héroïque, qui suivront l'exemple qu'il donnera. Dois-je abjurer les sermens et les devoirs qui m'engagent à l'empereur? dois-je lancer dans le camp d'Octavio un plomb homicide? Ah! si la balle est une fois lancée , elle ne suivra pas une direction aveugle; un esprit fa^al la conduira, lui donnera l'instinct; les furies vengeresses du crime la détourneront , et lui feront , dans leur méchanceté , suivre la route la plus funeste.

THÉCLA

0 Max!

MAX, l'interrompant.

Non, non, suspends ta réponse; je te connais, le devoir le plus cruel peut paraître le plus sacré à ton noble cœur. Ne recherche pas une grandeur d'âme au-dessus des forces humaines : songe à ce que le prince a toujours été pour moi ; songe comment mon père a reconnu ses bienfaits. Ahl les nobles et libres inspirations de la reconnaissance, de la pieuse et fidèle amitié, ne sont-elles pas aussi une religion sacrée pour le cœur? la na-| ture ne se venge-t-elle pas cruellement dubarbarej qui repousse les mouvemens qu'elle excite? Met«| tout dans la balance; laisse ton cœur en décider,' et prononce.

THÉCLA

Ah ! le tien a décidé depuis long-temps ; suis ton premier mouvement. \\

LA COMTESSE. i

Malheureuse !

THÉCLA

Le sentiment que ce loyal cœur n'a pas d'abort éprouvé et embrassé pourrait-ilêtre le plus juste' Va , accomplis ton devoir. Quel qu'eût été toi choix, je t'aurais toujours aimé : tu ne pouvai cesser d'être noble et digne de toi-même. Mais i remords ne doit jamais troubler la pureté sublini de ton âme.

MAX

Il faut donc te quitter, me séparer de toi 1

THÉCLA

Tu es fidèle à toi-même, c'est être fidèle à moi Le destin nous sépare, nos cœurs restent uni> Une sanglante haine divise à jamais les maison de Friedland et de Piccolomini ; mais nous n sommes point conformes à nos familles. Va, va hâte-toi; défends la bonne cause : la nôtre et malheureuse. La malédiction du ciel est sur noti tête; nous sommes destinés à succomber. Je s aussi entraînée dans ma ruine par les fautes mon père: ne t'afQigepas sur moi ; mon sortsj bientôt décidé.

Max la presse dans ses bras avec une vive émotion ;\ entend derrière la scène les cris bruyans répétés et loi guement prolongés : Vive Ferdinand I accftnpag d'une musique guerrière. Max et Thécla se tien embrassés, sans se troubler.

LA MORT DE WALLENSTEIN

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