‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 441 sur 637 · CARLOS, DOMINGO · texte numérisé non relu

CARLOS, DOMINGO

DOMINGO

Les beaux jours d'Àraiijuez liront à leur fin. Votre altesse royale en partira sans avoir montré un front plus serein ; c'est en vain que nous serons venus ici. Rompez ce mystérieux silence, ouvrez votre cœurjiu cœur d'un père; le roi ne .«aurait acheter trop cher le repos de son fils, de son unique fils. {Carlos regarde la terre et demeure en silence.) Le ciel aurait-il refusé d'acconiplir encore quelqu'un des désirs du plus favorisé de ses enfans? J'étais présent lorsque, dans les murs de Tolède, le fier Carlos recevait l'iiommage des princes qui s'empressaient à lui baiser la main; et maintenant c'est un seul, un seul suppliant qui met à ses pieds six royaumes. J'étais présent, et je voyais son noble sagg colorer ce jeune visage ; je voyais son sein agité de royales pensées; je voyais son œil enivré éclater de joie et se promener sur le peuple rassemblé. Prince, ce regard disait alors : Je suis satisfait. (Cargos se détourne.) Ce chagrin calme et solennel que depuis huit mois nous lisons dans vos yeux, ce mystère impéiic- Irable à toute la cour, cette angoisse du royaume, ont déjà, prince, coûté bien des nuits soucieuses à sa majesté, bien des larmes à votre mère. CARLOS, se retournant vivement.

Ma mère! 0 ciel, puissé-je pardonnera celui qui en a fait ma mère!

DOMINGO

l'rincc.

CARLOS, revenant à lui, et portant la main à son front.

Révérend père, les liens maternels m'ont causé bien des malheurs; mon premier acte dans la vie, en venant à la lumière du jour, a été la mort de ma mère.

nOJII.NGO.

Est-il possible, prince? Se peut il que ce malheur pèse sur votre conscience?

CARLOS

lu ma nouvelle mère, ne m'a-t-cllc pas déjà coûté l'amour de mon ])ère? Déjà mon père m'aimait à peine ! tout mon mérite à ses yeux était d'être son fils, unique enfant; elle lui a donné une fille. Oh! qui sait ce qui sommeille dans les espaces reculés de l'avenir?

DOMINGO

Vous VOUS moquez, prince. L'Kspagne entière idolâtre sa reine, et vous ne la regarderiez qu'avec des yeux de haine' son esprit ne vous inspirerait que de la méfiance? Comment, prince, la plus belle femme de l'univers, une reine, et qui fut auparavant votre fiancée? Cela est impossible, prince, cela ne se peut croire, jamais! Celle qui est aimée de tous, Carlos seul ne peut la haïr! Carlos ne saurait être ainsi en contradiction avec lui-même. Prenez garde, prince, qu'elle iicpuisse jamais apprendre combien son fils lui cstpeu favorable; celte nouvelle l'affligerait.

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