‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 458 sur 637 · DON · texte numérisé non relu

DON

le Milanais, la Lorraine, la Hoiirgogiic el l'Allemagiie. L'Allemagne? oui, l'Allennagne, où vous ôtes si connu... Nous sommes au mois d'avril... mai... juin... en juillet, ce me semble, ou au plus i.ird dans le commencement d'août, vous serez à 'Bruxelles. Ohl je ne doute pas que bientôt on n'entende parler de vos victoires ; vous saurez vous rendre digne de notre faveur et de notre confiance.

ALBE, d'un ton significatif.

Ce sera sans doute en confessant le sentiment profond de mon néant.

CARLOS, après un moment de silence, avec dignité et hauteur.

Vous êtes sensible,' duc... et avec raison... 11 y avait, je dois le reconnaître, peu de générosité de ma part à employer contre vous des armes que votre position vous interdisait.

AlBE.

Ma position?

CARLOS , souriant et lui tendant la main.

Je suis fâché que le temps ne me permette pas de livrer un noble combat avec le duc d'Albe.. . Une autre fois...

ALBE

Prince, nous nous méprenons cliacun à notre manière. Vous, par exemple, vous vous regardez comme ayant vingt années de plus, et moi, je vous ai supposé vingt années de moins.

Eh bien !

ALBE

Je me suis rappelé combien de nuits passées près de sa belle épouse, de votre mère, la princesse de Portugal, le roi aurait sacrifiées pour acquérir à sa couronne un bras tel que celui-ci. Il savait combien c'est chose plus facile de perpétuer des rois que de perpétuer des royaumes; et combien on a plus proniptement enrichi le monde d'un prince, qu'enrichi le prince d'un monde.

CARLOS

Il est vrai, duc d'Albe... Cependant...

ALBE

Et combien de sang, de sang de son peuple, devait couler avant que quelques gouttes du sien fussent devenues un roi !

CARLOS

Cela est très-vrai, certes; et, en deux mots, vous avez exprimé tout ce que l'orgueil du mérite peut opposer à l'orgueil de la naissance. Cependant, quelle est la conséquence? quelle estelle, duc d'Albe?

ALBE

Malheur à la frêle majesté qui, encore au berceau, pourrait se railler de sa nourrice! Il lui est doux de s'endormir mollement sur la foi de nos victoires !... On ne voit briller que les perles de la couronne, et non pas les blessures reçues pour la conquérir! Cette épée traça les lois espagnoles à des peuples étrangers; elle brilla devant l'étendard de la croix ; elle ouvrit de sanglans sillons sur ce continent pour recevoir les semences de la

CARLOS foi

Dieu jugeait dans le ciel, et moi sur la terre.

CAR LOS

Dieu ou l'enfer; n'importe 1 Vous étiez son bras droit, je le sais ; mais n'en parlons plus, je vous le dcÂuande. Je voudrais me déft-ndre de certains souvenirs... J'honore le choix de mon père : mon père a besoin d'un duc d'Albe... Ce n'est pas parce qu'il en a besoin que je lui porte envie. Vous êtes un grand homme... Cela peut être. Je suis tenté de le croire. Seulement je craing que vous ne soyez venu quelques siècles trop tôt. Un duc d'Albe, avais-jc pensé, était l'homme qui devait apparaître à la tin des temps. Lorsque l'audace croissante du vice ayant la>sé la longanimité du ciel, lorsqu'une riche moisson de crimes, parvenue à pleine maturité, eût exigé un moissonneur sans pareil : alors vous eussiez été à votre place .. 0 Dieu ! ô paradis de mon imagi nation, Flandre !... Mais il n'y faut plus penser ; n'en parlons plus. On dit que vous emportez une provision de sentences de mort signées d'avance : la prévoyance est louable; c'est ainsi qu'on n'a à redouter aucun embarras... 0 mon père ! j'avais mal compris ton intention ; je t'accusais de dureté pour m'avoir refusé une mission où ton duc d'Albe avait à se distinguer : c'était le commencement de tes bontés pour moi.

ALBE

Prince, cette parole mériterait...

CARLOS, l'interrompant.

Quoi?

Mais le fils du roi en est dispensé.

CARLOS, saisissant son épée.

Ceci demande du sang... L'épée à la main, duc.

ALBE, froidement.

Contre qui ?

CARLOS, vivemeul et l'attaquant L'épée à la main... ou je vous perce le sein.

ALBE tire son épée.

Puisqu'il le faut.

Ils comballeiit.

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