‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 510 sur 637 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Pr^cédens, un officier DES GARDES.

l'officier, en toute hâte.

Rébellion ! Où est le roi? (// écarte la foule et pénètre jusqu'au Roi.) ToutMadrid est en armes! Le peuple, les soldats en fureur, environnent par milliers le palais. On répand le bruit que le prince Carlos est en prison, que sa vie est en danger. Le peuple veut qu'on le lui montre vivant, ou tout Madrid sera mis en flammes.

TOUS LES GRANDS, en grande agitation.

Sauvez, sauvez le roi !

ALBE, au Roi, qui demeure calme et immobile.

Fuyez, Sire; il y a du danger; nous ne savons pas encore qui a armé le peuple.

LE ROI, sortant de sa stupeur, relève la tête et se place avec majesté au milieu d'eux.

Mon trône est-il encore debout? suis-je encore roi sur cette terre? Non, je ne le suis plus. Des nourrices attendries par un enfant, c'est là ce qui m'environne ! on n'attend que le signal pour m'abandonner; je'suis trahi par les rebelles.

ALBE

Sire, quelle funeste imagination!

C'est là, c'est là qu'il faut vous prosterner ; c'est devant ce roi jeune et florissant ; je ne sui» plus rien qu'un vieillard sans force.

ALOB.

En sommes-nous là? Espagnols!

Tous se pressent autour du Roi, mettent un genou en terre, et tirent leurs épées. Carlos demeure seul et abandonné do tous, près du corps de Posa.

LE ROI arrache son manteau , et le jette loin de lui.

Qu'on le revête des ornemens royaux, qu'on l'élève sur mon cadavre déchiré.

Il tombe sans mouvement dans les bras d'Albe et de Lerrae.

LERHE.

Dieu ! du secours \

FÉRIA

Dieu ! quel événement !

LERUE.

Il revient à lui.

ALBE, laissant le Roi entre les mains de terme et de Féria.

Portez-le sur son lit. Cependant je vais rendre la paix à Madrid.

Il sort. On emporte le Roi; tous les Grands l'accompagnent.

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CARLOS demeure seul près du corps de POSA. Un moment après paraît LOUIS MERCADO ; il regarde à l'entour avec précaution, et se lient long-temps en silence derrière le Prince, qui ne le remarque pas.

MERCADO.

Je viens de la part de Sa Majesté , de la reine. (Carlos détourne les yeux et ne répond point.) Mon nom est Mercado; je suis médecin de Sa Majesté, et voici ma créance. {Il montre une bague au Prince, qui continue à garder le silence.) La reine désirerait beaucoup vous parler aujourd'hui... Des afl"aires importantes...

CARLOS

11 n'y a plus rien d'important pour moi en ce monde.

MERCADO.

Une commission, dit-elle, que lui a laissée le marquis de Posa...

CARLOS, se relevant tout-à-coup.

Oui, sur-le-champ !

Il veut sortir.

MERCADO.

Non point en ce moment, prince; il faut attendre la nuit, toutes les issues sont gardées, et les postes sont doublés ; il est impossible de parvenir vers cette aile du palais, ce serait tout risquer.

CARLOS

Mais...

MERCADO.

Un seul moyen, prince, est encore à tenter; la reine 1 a imaginé; elle vous le propose, mais il est hardi, bizarre, aventureux.

CARLOS

Quel est-il ?

MERCADO.

On dit depuis long temps, vous ie savez, que vers minuit , sous les voûtes souterraines de ce palais, on voit errer sous le vêtement d'un reli-

THEATRE DE SCHILLER

gieui lolubre de l'empereur; le peuple croit co bruit, et les gardes n'occupent ce poste qu'avec terreur; si vous vous déterminez à prendre ce déguisement , vous pourrez librement et avec sécurité arriver à travers les gardes jusqu'à l'appartement de la reine, que celte clef vous ouvrira. Cette apparence révérée vous mettra à l'abri de toute entreprise; mais il faut vous résoudre sur-le-champ, prince. L'habillement nécessaire, le masque sont dans votre appartement; je vais me hâter de porter votre r-éponse à Sa Majesté.

CARLOS

Et l'heure?

MERCADO.

L'heure, c'est minuit.

CARLOS

Dites-lui qu'elle peut m'attendre.

. v » Mercado sort.

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