PLAN DES CHEVALIERS DE MALTE
dans cette entreprise leur rendrait plus diflicile l'iittaquc du chef-lieu ; un tel exemple de résistance désespérée leur donnerait une haute idée du courage des chrétiens, commencerait à leur donner des doutes sur la certitude de la victoire, et les rendrait moins disposés à de nouvelles attaques. •
Le grand-maître a donc de puissans motifs pour sacrifier une partie de ses chevaliers au bien de tous. Une telle résolution n'a rien de contraire aux st.ituts de l'Ordre, d'après lesquels ch ique chevalier a contracté l'engagement de donner aveuglément sa vie pour la religion. Mais il faut le pur esprit de l'Ordre pour se résigner aune loi si sévère; car de telles actions doivent provenir du sentiment intérieur, et non pas être contraintes par une force extérieure.
Mais ce pur esprit de l'Ordre, qui serait si nécessaire dans un tel moment, n'existe plus. Les chevaliers sont vaillans et hardis, mais ils le sont d'après leur propre volonté, et non point par une
résignation aveugle aux lois de l'Ordre. La circonstance exigerait des âmes selon Dieu, et leurs âmes sont selon le monde. Ils ont dégénéré de l'esprit de leur primitive institution; ils aiment autre chose que leurs devoirs. Ce sont bien des héros, mais non point des héros chrétiens. L'amour, la richesse, l'ambition, l'orgueil national et tons les ressorts de celte nature, agissent sui leurs cœurs.
Tous ces désordres étaient à leur comble au moment où le siège a commencé. Beaucoup de chevaliers s'abandonnaient ouvertement à leurs passions, s'imaginanl que la guerre et ses dangers favoriseraient encore plus la liberté! La Valette, soit parce qu'il avait une manière libérale de penser, soit parce qu'il ne se sentait pas affranchi lui-même de tout penchant humain, avait jusque là montré beaucoup d'indulgence; mais il voit maintenant qu'il est absolument nécessaire de rendre à l'Ordre sa première pureté, et de le créer pour ainsi dire de nouveau.
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