CHOEUR DES ARTS
Nous détestons l'hypocrite et l'impie ; nous cherchons les hommes d'une race généreuse ; quand on nous reçoit amicalement, avec un doux accueil, alors nous construisons nos demeures et nous fixons notre séjour.
LA JEUNE FILLE
Qu'ai-je ressenti tout-à-coup ? que m'est-il arrivé ? Je me sens attirée vers elles par un pouvoir mystérieux; il me semble que je reconnais ces figures élégantes , et cependant je suis assurée de ne les avoir jamais vues.
TOUS LES PAYSANS
Qu'ai-je ressenti tout-à-coup ? que m'est-il arrivé?
LE GÉNIE
Arrêtons-nous. Je vois ici des hommes qui paraissent au comble du bonheur ; cet arbre est paré de guirlandes et de rubans; tout ici témoigne la joie. Parlez, que se passe-t-il en ce lieu?
LE PÈKE.
Nous sommes les pasteurs de ce canton, et nous célébrons une fête.
LE GÉNIE
Quelle fête? dites-le-moi.
LA MÈRE
Nous célébrons notre reine, qui, dans sa grandeur et sa bonté, veut bien descendre de son royal palais dans notre paisible vallon.
LE JEUNE HOMME
Elle est embellie de toutes les grâces, elle est bienfaisante comme les rayons du soleil.
LE GÉME.
Et pourquoi plantez-vous cet arbre ?
LE JEU.NE HOMME
Hélas ! elle vient d'une contrée lointaine, et les yeux se tournent avec regret vers la terre étrangère; nous voudrions enchaîner son cœur à sa nouvelle patrie.
LE GÉNIE
Et vous plantez cet arbre dans votre sol, pour que la souveraine s'accoutume à sa nouvelle patrie? ^
LA JEUNE FILLE
llélas! tant de liens chéris la rattachent à la terre de sa jeunesse. Tout ce qu'elle y a laissé, le souvenir céleste de l'enfance , le cœur adoré d'une mère , la grande âme de son frère , les tendres caresses de ses sœurs; tout cela pourronsnous le lui rendre? de tels plaisirs, de tels trésors ont-ils une compensation dans la nature?
LE GÉNIE
L'amour résiste à l'éloignement ; l'amour n'est point enchaîné en un seul lieu. Tel que la flamme, il ne s'éteint point parce qu'on a fourni un autre aliment à son ardeur. Ce qu'elle chérit au loin n'est point perdu pour elle. Là elle a quitté l'amour, ici elle retrouve l'amour.
LA MÈRE
Ah ! n'a-t-elle pas quitté les palais de m.irhrc et l'éclat des salons dorés ? sa grandeur pourrat-elle se plaire dans nos vertes prairies, qui ne sont dorées que par les rayons du soleil ?
LE GÉNIE
Bergers, il ne vous a point été donné de lire dans son noble cœur. Apprenez qu'une âme élevée sait prêter à la vie toute sa grandeur, et ne la cherche point ailleurs.
LE JEUNE UOMME.
0 noble voyageur! enseignez-nous à la retenir ici, à lui être agréables ; nous voudrions l'entourer de nos guirlandes parfumées, et la conduire dans nos cabanes.
LE GÉNIE
Un noble cœur s'est bientôt formé une patrie; il se crée lui-même son propre univers par sa douce influence; de même que l'arbre embrasse la terre par les replis de ses racines et s'y fixe avec force , de même ceux qui sont nobles et bons s'attachent à la vie par leurs actions. L'amour a promptement tissu de doux liens. La patrie est au lieu où l'on fait des heureux.
TOUS LES PAYSANS
Noble voyageur, dites-nous comment nous pourrons retenir la souveraine dans notre tranquille vallée.
LE GÉNIE
Elle y est déjà retenue par de doux liens : tout ne lui est pas étranger ici ; elle reconnaîtra mes compagnes et moi , lorsque nous nous serons nommés. ( Le Génie avance jusque sur l'avantscène , ainsi que les déesses ; elles sont rangées en demi-cercle; à ce moment elles laissent voir les attributs dont elles sont chargées, et qui jusque alors avaient été cachés sous leurs draperies. Il s'adresse à la*)princesse.) Je suis le Génie créateur qui préside à la beauté, et les déesses des arts m'accompagnent ; c'est nous qui illustrons les ouvrages des hommes ; nous embellissons les palais et les temples. Nous avons habité long- temps près de ta royale famille, et l'auguste souveraine qui l'a donné le jour nous a long-temps oflert les parfums du sacrifice qu'elle célébrait de ses nobles mains sur son autel domestique C'est elle qui nous a envoyés vers toi, car le bonheur n'est jamais complet sans notre présence.
l'architecture; elle porte une couronne de cré' neaux et tient dans sa main un navire d'or. Tu m'as vue régner sur les bords de la Newa; ton grand aïeul m'appela dans le Nord ; je bâtis pour lui une seconde Rome, et j'en ai fait un royal séjour. Un coup de ma baguette a créé pour la grandeur et la puissance un séjour enchanté. Maintenant le bruit joyeux des fêtes retentit au lieu où naguère régnaient de sombres brouillards. Une flotte nombreuse élève ses mâts , qui épouvantent l'antique dieu de la Baltique dans son palais marin.
THÉATHE DE SCHILLER
LA scuLrxORE; elle porte une Victoire dans sa main.
Souvent aussi tu m'as admirée, moi qui fais revivre les antiques dieux. Sur un rocher, où elle restera fix(*e à jamais, j'ai placé limage d'un grand homme. ( Elle montre la Victoire. ) Cet emblème que j'ai créé, ton sublime frère le porte en ses puissantes mains. La Victoire vole audevan» des armes d'Alexandre; il l'a pour toujours enrôlée dans son armée. Moi , je ne puis rien créer qui ait la vie; et lui, d'un peuple sauvage il a fait un peuple civilisé.