LA POÉSIE
Aucun lien ne m'arrête, aucune borne ne m'est prescrite. D'un libre vol je parcours tout l'espace. La pensée , tel est mon empire sans limites ; la parole, tel est mon instrument rapide; tout ce qui se meut au ciel et sur la terre, tout ce que la nature enfante dans ses profondeurs secrètes, n'a pour moi ni voile ni mystère ; rien ne peut restreindre les libres forces de la Poésie. Mais s'il lui faut choisir, rien ne lui semble au-dessus de la beauté des traits , manifestant la beauté
de l'âme.
LA MUSiQtJE; elle tient une lyre.
Tu connais bien le pouvoir de l'harmonie qui résonne sur les cordes de la lyre; toi-même tu excelles à la toucher; moi seule je jiuis exprimer par mes sons ces sentimens intimes et vagues qui remplissent le cœur. Je réjouis les sens par un doux enchantement; je répands les torrens de la mélodie; le cœur se laisse aller à une délicieuse mollesse, et l'âme semble prête à s'échapper. Par une harmonieuse progression , je t'élèverai au plus sublime sentiment du beau.
LA DANSE ; elle tient une cymbale.
La sublime divinité se tient dans un calme auguste et se montre sous un aspect sérieux ; la vie aime à se mouvoir en pleine liberté, la jeunesse
veut se montrer et se réjouir. Je soumets la joie au frein de la beauté et je la retiens dans les limites de la décence ; je prête aux mortels les ailes du Zéphir; je règle la mesure de leurs pas ; ma baguette commande à leurs mouvemens ; mais mon plus précieux don , c'est la grâce. LA comédie; elle tient un double masque. Tu vois devant toi la double face de Janus; ici se montre la joie, là se montre la douleur; l'homme Hotte sans cesse du plaisir aux larmes, et le sérieux se marie à la gaieté. Je déroulerai à tes yeux la vie dans toutes ses profondeurs, avec toutes ses sublimités; quand tu auras observé le grand drame du monde, tu reviendras en toimême avec profit ; car celui qui pénètre le sens de tout l'ensemble, apprend à calmer les combats intérieurs de son âme