Voy. tome Ier, p
citron. — La plaisanterie est bonne!
don juan. — Je la trouve mauvaise, vive Dieu ! cítron. — Qu'importe, après tout, nous tenons son argent?
don juan. — A moi, il en coûte mon âme.
citron, — Qui peut être cette dame?
don juan. — Puisque don Louis la courtise et lui parle, elle ne peut-être que jolie.
citron. — Tant mieux, puisque vous n'êtes pas son mari.
don juan. — Pst! Psti
(Leonarda paraît à la grille d'une fenêtre du rez-de-chaussée.) LEONA RDA. — Est-Ce VOUS?
don louis, qui s'est rapproché. — C'est moi. leonarda. — Ah 1 mon bien, quel bonheur! don louis. — Le bonheur est pour moi.
leonarda. — Gomment êtes- vous?
don louis. — Comme un homme dont vos bontés sont la vie.
don juan, à part, à Citron. — Que don Louis m'amène ici pour faire le guet, quand il s'agit de la femme que j'aime, c'est un peu fort!
citron. — C'est peut-être une autre femme.
don juan. — Comment? quand les signes disent clairement que c'est elle...
citron. — Si quelque chose peut vous consoler en votre disgrâce, c'est la conversation dont je fus régalé un soir par une fenêtre d'en bas. Se dresser sur ses pointes, et se frotter à un visage barbu... singulier ragoût, n'est-ce pas?
don juan. — Comment faire pour l'éloigner, de manière à ce que je puisse rester seul?
citron. — Je vais crier à l'assassin, et je me mettrai à courir.
don juan. — Excellent!
citron. — A l'assassin ! à l'aide! au secours!
(Il sort en courant.)
don louis. — D'où viennent ces cris?
don juan. — Quelque querelle, sans doute.
468 AIMER SANS SAVOIR QUI
don louis. — Je vais voir ce que c'est.
(Sort don Louis suivi de Dionis.)
don juan s'approche de la grille. — Encore un moment, ingrate! C'est don Juan d'Aguilar qui vous parle.
leonarda. — Est-ce que ce n'était pas vous, tout à l'heure?
don juan. — C'était don Louis de Ribera. leonarda. — Hélas ! mon seigneur, excusez mon erreur : j'ai cru que c'était vous.
don juan. — Bien vrai?
leonarda. — Bien vrai.
don juan. — Vous avez rendu la vie à mon âme... Mais don Louis vous aime?
leonarda. — Je ne sais s'il m'aime ou s'il m'ennuie.
don juan. — Soyez indulgente pour lui, ma bien-aimée, car il est la porte de mon espérance. Mais quand pourrai-je vous voir?
leonarda. — Demain, je pense.
don juan. — Faut-il que j'aime sans savoir qui'? Ah! c'est bien triste !
leonarda, se retirant. — Silence! on revient.
(Rentrent don Louis et Dionis.)
don juan. — Eh bien, qu'y avait-il?
don louis. — Je n'en sais vraiment rién. J'ai entendu crier au secours, et j'ai couru voir ce que c'était.
dionis. — La scène se passait peut-être dans quelque maison.
don louis. — Et vous, don Juan ?
don juan. — Cette dame m'a demandé derrière la grille où vous étiez allé, et j'ai répondu...
dionis. — Il vient du monde dans la rue.
(Entre don Fernand.)
don fernand. — Que vois-je? Que signifient ces armes, cette troupe de gens embossés; et cela à la porte mrme de ma maison? M'attendraient-ils pour me tuer? Seraient-ce des parents de don Pedro?
don louis. — Qui va là?
don fernand. — Le propriétaire de cette maison.
don louis. — En ce cas, passez.
don fernand. — Je n'en ferai rien, avant de savoir ce que vous faites devant ces grilles.
don louis, à part. — Je l'ai reconnu... (Bas à don Juan. ) — Don Juan?...
don juan, de même. — Que voulez-vous?
don louis. — Allons-nous-en.
don juan. — Pourquoi?
don louis. — Parce que ce gentilhomme est le frère de la dame au balcon.
don juan. — On lui doit des égards.
don louis. — Partons.
(Ils s'éloignent. Don Fernand entre dans sa maison. Don Louis et Dionis prennent les devants.)
don juan. — Tout est perdu! mon pauvre Citron. citron. — Que dit donc votre déesse?
don juan. — Ce qu'elle dit?... Elle reçoit les soins de don Louis.
citron. — Qu'importe? si elle ne pose pas la question de mariage... Mais, avez-vous du moins aperçu son visage?
don juan. — Non, car il n'y avait pas de lumière dans l'appartement; probablement avec intention... citron. — Et vous persistez à l'aimer?
don juan. — Toujours.
citron. — Pure folie !
don juan. — Persuade-le à mon âme.
(Ils sortent.)