‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 122 sur 633 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LE CHCEUR.

Oh I que n'avons-nous une Musequi, sur des ailes de flamme, s'élève aux régions les plus brillantes de l'invention ; un royaume pour théitre, des pïinces pour acteurs, et des monarques pour spectateurs de cette scène imposante I Vous verriez alors le belliqueux Henri paraiire sous ses traits véritables , avec la fière majesté du dieu Mars , traînant à sa suite, comme des chiens en laisse, la Famine, la Guerre et l'Incendie, impatiens de s'élancer sur leur proie. Mais pardonnez, spectateurs indulgens, pardonnez à l'humble et faible génie qui n'a pas craint de produire sur une scène si étroite un sujet si vaste. Cette arène, propre tout au plus à des combats de coqs, peut-elle contenir les vastes plaines de la France? Pouvonsnous entasser dans cette enceinte circulaire tous ces casques qui, auxchamps d'Azincourt, ont resplendi dans l'air épouvanté? Daignez nous excuser I Si un simple chiffre, n'occupant sur le papier qu'un bien faible espace , peut représenter un million, permettez que pour figurer des guerriers innombrables, aux yeux de votre imagination nous fassions l'office des chififres. Suppo'sez que dans cette enceinte sont maintenant renfermées deux monarchies puissantes et limitrophes, qui lèvent leur tête altière et colossale, séparées seulement par une mer étroite et périlleuse. Que votre pensée supplée à notre impuissance : de chacun de nos guerriers faites-en ■mille , et créez des armées imaginaires. Quand nous parlons de chevaux, figurez-vous que vous les voyez marquer sur le sol l'empreinte de leurs sabots; car c'est votre imagination qui doit parer nos rois, les transporter d'un lieu à un autre, franchir les limites du temps , resserrer dans l'intervalle d'une heure les événemens de plusieurs années ; à cet effet, souffrez qu'en ma qualité de Chœur, je supplée aux lacunes de cette histoire; permettez aussi que, remplissant le rôle de prologue, je vous supplie de prêter à notre drame une bienveillante attention, et de le juger avec indulgence.

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