‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 132 sur 633 · LE CHŒUR · texte numérisé non relu

LE CHŒUR

Ainsi, portée sur les ailes de la pensée, notre scène vole rapide comme la pensée. Figurez-vous le roi et son armée s'embarquant sur la jetée de Southampton, et sa belle flotte déployant ses pavillons de soie aux rayons du soleil matinal. Appelez l'imagination à votre aide; voyez les mousses grimper anx cordages ; entendez le coup de sifflet qui rétablit l'ordre au milieu de tous ces bruits confus; voyez les voiles, gonflées par les vents invisibles, entraîner les lourdes carènes à travers la mer sillonnée, dont les vagues se brisent sur leur large poitrail. Figtirez-vous que vous êtes sur le rivage, et que de là vous contemplez une cité mouvante portée sur les flots inconstans; car tel est l'aspect que présente cette flotte majestueuse se dirigeant vers Harfleur. Suivez-la, suivez-la. Que votre pensée s'embarque avec elle; laissez voire Angleterre aussi calme que l'heure de minuit, gardée par des vieillards, des enfans et des vieilles femmes, les uns ayant passé l'âge de la vigueur, les autres n'y étant pas arrivés encore. Car quel est celui qui, ayant le moindre duvet au menton, ne s'est empressé de suivre en France cette élite de cavaliers? Que votre pensée travaille et se représente un siège: voyez les canons sur leurs afTùts, et leurs bouches redoutables tournées contre les remparts d Harfleur. Supposez que l'ambassadeur de France revient trouver Herr.', et lui annonce que le roi lui offre sa fille Catherine, et avec elle, en dot, je ne sais quels duchés insignifians et sans valeur. Cette offre n'est pas acceptée; l'agile canonnier touche de sa mèche fatale la lumière des canons, [bruit de fanfares; les décharges d'artillerie se font entendre,) et devant eux tout s'écroule. Continuez-nous votre indulgence , et que votre pensée supplée à l'insuffisance de notre représentation .

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