‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 148 sur 633 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

ulre partie du champ de bataille.

Bruit de trompettes. Arrivent LE ROI HENRI, â la tcte de ses troupes, EXETER et d'autres Lords.

le roi henri.

Je suis content de vous, mes braves compatriotes ; mais tout n'est pas fini ; les Français tiennent encore,

EXETER

Le duc d'York se recommande à votre majesté.

LE ROI HENRI

Est-il vivant, cher oncle? Trois fois, depuis une heure, je l'ai vu tomber; trois fois je l'ai vu se relever et combattre. Du cimiei aux éperons, il était couvert de sang.

EXETER

C'est dans cet état qu'il est gisant daus la plaine, ce brave guerrier. A côté de lui est étendu son compagnon de mort et de gloire, le noble comte de Suffulk. Suffulk est mort le premier; York, sanglant et mutilé, s'approche de son ami, baigné dans sou sang, le prend par la barbe, baise ses blessures larges et béantes, et s'écrie : — « Attends-moi, cher cousin Suffolk! mon amc accompagnera la tienne dans son vol vers les cieux. Chère ame, attends la mienne ; elles partiront ensemble, comme ensemble nous avons combattu en dignes frères d'armes dans celte bataille glorieuse et sanglante ! » A ces mots, j'arrive et lui adresse quelques paroles d'espoir; il me prend la main en souriant, et ine la serrant d'une faible étreinte : n Cher lord, me dit-il, rappelez me» services au souvenir de mon roi. » Ensuite, il se retourne, jette son bras blessé autour du cou de Suffolk, et lui donne un baiser sur les lèvres ; et c'est ninsi qu'unis dans la mort, ces deux amis ont scellé dans le sang le pacte de leur généreuse affection. Ce spectacle louchant m'a tiré des pleurs que je me suis vainement efforcé de rete-

HENRJ V,

nir; ma fermeté d'homme a été inipuissanie ; t toute la sensibilité de ma mère est venue dans mes yeux, et j'ai senti couler mes larmes. LE noi nENRI.

Je ne vous blâme pas ; car moi-même, en vous entendant, j'ai peine à retenir mes pleurs. {On entend tin bruit de Irompetles.) Mais écoutez I quelle est cette nouvelle alerte î Les Français ont réuni leurs troupes dispersées. Eh bien I que chaque soldat tue ses prisonniers. Allez porter cet ordre.

Ils s'éloisnenl.

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