‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 183 sur 633 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Le camp des Anglais près de Bordeaux.

Arrivent TALBOT et son fils JOHN.

TALBOT

0 mon filsl je t'avais envoyé cUercberi

HENRI VI

itrrir de maître dans fart de la guerre, afin que leDom de Talbot pût revivre en loi, alors que rige, ayant tari la sève dans mes membres caducs et débiles, aurait confiné ton père dans son oisif fauteuil. Mais, ô destinée fatale et cruelle, tu n'es lena que pour être la proie du trépas, que pour lombcr dans des périls terribles et inévitables. ïj mon fils, monte le plus agile de mes coursiers, et je l'enseignerai le moyen d'échapper par une (aile soudaine; allons, ne diffère plus, et pars.

JOHN

J'ai nom Talbot; je suis votre fils, et vous voulez que je fuie! Oh 1 si vous aimez ma mère, ne déshonorez pas sa réputation sans tache, en faisant de moi un bâtard et un misérable. Le monde dira : «Il n'est pas le fils de Talbot, celui qui a fui lâchement, quand le noble Talbot faisait face au péril. 1

TALBOT

Foii pour venger ma mort, si je suis tué.

JOO!l.

Pour qui fuit ainsi, il n'y a plus de retour.

TALBOT

Si nous restons tous deux, notre mort à tous deux est certaine.

JOHN

Eh bien! que ce soit moi qui reste, et vous, mon père, fuyez. Votre mort est une perte immense; le soin de votre conservation est pour ious un devoir. Mon mérite est inconnu, et on ne perd rien en moi. Les Français gagneront peu à mi mort, ils gagneront beaucoup à la vAtre ; avec lousvont mourir toutes nos espérances. La fuite ne saurait ternir votre gloire ; elle me déshonoicriii, moi qu'aucun exploit n'a encore illustré. Tout le monde dira que vous n'avez fui que pour raipui vaincre ; mais moi, on imputera ma fuite à 1.1 peur. On désespérera de me voir jamais tenir ■rleiu péril, si, dès mon premier combat, je recule et je fuis. Mon père, je demande la mort

gcDoui, plutôt qu'une vie conservée au pris de

lufamic.

TALBOT

Tu veux donc qu'une même tombe ensevelisse lUlcj les espérances de ta mère?

JOHN

Oui, plulAt que de déshonorer les flancs qui m ont porté

TALBOT

Soui peine de forfaire ma bénédiction, je t'ordinue de partir.

JOHN

Oui, pour combattre l'ennemi, mais non pour « fuir.

TALBOT

tu loi lu sauveras une portion de ton père.

JOHN

Je ne sauverais qu'une portion déshonorée.

TALBOT

T'i n'as point encore acquis de gloire ; tu n'en * point i perdre.

JOHN

J'ai la vAtre; la Oélrirai-je par ma fuite?

TALBOT

L'ordre de ton père sera ta justification.

JOBN.

Une fois tué , vous ne serez pas là pour m'absoudre par votre témoignage. Si le trépas est inévitable, fuyons totis deux.

TALBOT

Que je laisse ici mes soldats combattre et mourir sans moi? Jamais pareille infamie ne souillera ma vieillesse.

JOBN.

Et vous voulez que ma jeunesse s'en rende coupable 7 On ne pourra pas plus me séparer de vous que vous ne pourriez vous partager en deux : restez, partez ; faites ce qu'il vous plaira ; je ferai comme vous. Si mon père meurt, je ne veux pas lui survivre.

TALBOT

Eh bien, viens , reçois ici mes adieux, 6 mon fils, dont la vie doit s'éteindre avant la fin du jour ; viens , \ivons ou mourons ensemble ; et que des champs français nos deux âmes s'envolent ensemble vers les cieux.

Us s'éloignent.

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