C4DE
N'as-tu pas de honte de faire porter à ton cheval un manteau, pendant que tant d'honnêtes geas vont en chausses et en pourpoint?
nlCBARD.
Et travaillent même en manches de chemise, comme moi, par exemple, qui suis boucher.
SAY
Hommes de Kent, —
UICUAIID.
Que dis-tu de Kent?
SAY
J'en dis seulement ceci : Bona terra, mala gens *'*.
CADE
Qu'on l'expédie, qu'on l'expédie! Il parle latin.
SAY
Ecoutez-moi ; puis vous ferez de moi ce que vous voudrez. César, dans ses Commentaires, désigne le pays de Kent comme le plus policé de notre lie. Ses campagnes sont belles et fertiles; ses habitans généreux, vaillans, laborieux et riches; ce qui me fait espérer que vous n'êtes pas dénués de pitié. Je n'ai pas vendu le Maine, je n'ai pas perdu la Normandie; mais, pour les recouvrer, je donnerais ma vie; j'ai toujours tempéré la jubtii'c par l'indulgence; les prières et les larmes ont pu me fléchir, les présens jamais. Vous ai-je jamais accablés d'impôts, pour subvenir aux dépenses du comté, du roi et du royaume? J'ai répandu de giandes largesses sur les hommes de savoir, parce que c'éiait a ma scicuce que j'avais dii la laveur du roi; et comme l'ignorance est la malédiction de Dieu, la science l'aile propice avec laquelle nous prenons notre essor vers les cieux, ix moins que vous ne soyez possédés d'une per-
• Cl-
UN i>c
Ct,l
{Note du traducteur.)
•• C'c-st-i-diic parce q mor le privilège du cierge'; (Hott du traducteur.)
Du
pays
cm i>a eiil II-
.(Note du lrn,l,nlcur.)
versilé infernale, je ne puis concevoir que ce soit pour vous un motif pour m'assassiner. Ma bouche a traité de vos intérêts avec les monarques étrangers.
CADE
Bah! t'a-t-on jamais vu frapper un seul C"ii|i sur le champ de bataille?
SAY
L'homme supérieur aie bras long; il m'est sou- 1 vent arrivé de frapper un ennemi que je ne voxaisJ pas, et je l'ai étendu mort.
OEOUGE.
0 monstre de lâcheté! Quoi! frapper les gens par derrière I
SAY
Les veilles que je vous ai consacrées ont pâli mon visage.
CADE
Qu'on lui applique un vigoureux soufflet; cela lui donnera des couleurs.
SAY
Les longues séances que j'ai passées à juger les causes des pauvres gens m'ont valu des soulTrances et des infirmités.
CADE
On va l'administrer une potion de chanvre, et une saignée pratiquée à la hache.
KICHAKD.
Est-ce que tu trembles?
SAY
Oui; mais c'est de paralysie, et non de peur.
CADE
11 hoche la tête en nous regardant, comme s voulait nous dire : « Je prendrai ma revanche sut » vous. i> Nous allons voir si sa tête sera plus sta ble au bout d'une pique. Emmenez -le, et tranchez, lui la léte.
SAY
Dites-moi en quoi je suis coupable. Ai-je recherché les richesses ou les honneurs? Parlez.; Mes coD'res sont-ils remplis d'un or acquis à force! d'extorsions? Le laste brille-t-il dans mes vête* mens? A qui de vous ai-je fait toit, pour que vous demandiez ma mort? Ces mains sont pures de sang innocent: jamais une pensée déloyale n'es! entrée dans mon cœur. Oh! laissez-moi la vie.
CADE
Ses paroles éveillent la pitié dans mon ame mais je veux la comprimer. Il mourra, ne fiii-e« que pour avoir si habilement défendu sa vi Qu'on l'cmméne! un démon familier dicte ses p; rôles ; son langage ne lui vient pas de Dieu. l:^ii menez-le, vous dis-je, trauchez-lui la léte sur-li champ; entrez de force dans la maison de m gendre, sir James Cromer; iraucbez-lui aussi lit' tête, et qu'un me les apporte au bout de Jeu» piques.
TOUS
Ce sera l'ait.
SAY
Oh I mes concitoyens , si lorsque vousdiies vos
HENRI VI
prières, Dieu était aussi inexorable que vous, quelle serait, après la niort, la condition Je vos âmes? Laissez-vous donc fléchir, et épargnez ma vie.
CADE
Qu'on l'emmène, et que mes ordres soient exécutés
On emmine lobd Sa\.
CADE, coniimiant.
Le pair le plus fier du royaume ne gardera pas sa léte sur ses épaules, s'il ne me paie tribut; il ne se mariera pas une seule jeune fille, que je n'aie ses prémices avant son mari ; les hommes me paieront la capitation; et j'entends et j'ordonne que les femmes soient cœur aussi libérales de leur personne que le cœur peut le souhaiter ou la langue l'exprimer.
Mjlord, quand irons- nous à Cheapside faire provision de vivres au bout de nos pertuisancsî
CADE
Tout-à-l'heure.
TOCS.
C'est magnifique.
Arrivent BUCKlNGtlAM e( CLIFI'ORD, suivh de leurs troupes.
BCCKISGUAU.
C'est nous qui avons celle hardiesse, et qui vc nons t'imporluner de notre présence; Cade, apprends que nous sommes députés par le roi auprès du peuple que tu as égaré; nous proclamons ici amnistie pleine et entière pour tous ceux qui se sépareront de toi et retourneront paisiblement chez eux.
CLIFFOnD.
Qu'en dites-vous, mes concitoyens? Voulez-vous rentrer dans le devoir, et accepter le pardon qui vous est offert, ou permettre qu'une poignée de misérables vous conduisent à la mort? Que ceux qui aiment le roi cl veulent profiter de sa clémence jettent leur bonnet en l'air et crient : (I Dieu garde sa majesté! » Que ceux qui le Ijaissent et n'honorent pas son père Henri V, qui fit trembler la France, brandissent leurs armes contre nous, et passent de ce côté.
TOUS
Vive le roi! vive le roi !
Rcuieunent les Rebelles avec les léles de Lord Say et de son Gendre.
Voici quelque chose de plus magnifique encore.
— Rapprochez-les, et qu'ils s'embrassent; car ils s'aimaient de leur vivant. Bien ! séparez-les maintenant, de peur qu'ils ne complotent la redditiun de quelque nouvelle ville de France. Soldats, difforez jusqu'à la nuit le pillage de la ville; nous allons parcourir les rues à cheval, avec ces tétfs portées devant nous, en guise de masses d'armes, elà tuus les carrefours nous les ferons s'embrasser.
— Slarchons!
Eh quoi! Buckinghara et Clifford, avez-vous donc tant d'assurance? — Et vous, manans stupides, est-ce que vous croyez ce qu'il vous dit? Voulez-vous être pendus avec votre grâce attachée au cou? Mon épce ne m'a-t-elle ouvert les portes de Londres que pour que vous m'abandonniez au Cerf-Blanc, au beau milieu de Souibwark? Je pensais que vous ne déposeriez les armes qu'après avoir recouvré vos vieilles franchises; mais vouS n'êtes que des misérables et des lâches, et vous courbi-z la tête avec joie sous le joug des nobles. Qu'ils vous écrasent de fardeaux, s'emparent de vos maisons, violent sous vos yeux vos femmes et vos filles. Pour moi, — je saurai me tirer d'affaire; et que la malédiction de Dieu descende sur vous tous !