‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 235 sur 633 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Londres. — La salle du parlemenl.

Bruil de tambours. Qoelqdes Soldjts du parti d'York se précipitent dans la salle; puis , entrent LE DUC D'YORK. EDOUARD, RICHARD.

NORFOLK, MONTArCU, WARWICK et Autres, avec des roses blanches à leurs chapeaux.

WARWICK

Je ne conçois pas comment le roi a pu nous échapper.

YORK

Pendant que nous poursuivions la cavalerie du Nord, il s'est adroitement esquivé, abandonnant ■on armée, pendautq ue legrand lord deNorthumberland, dont la fierté guerrière s'est toujours révoltée au mot de retraite, encourageait delà voix les troupes démoralisées; lord ClilTorL, lord Slafford et lui, ont attaqué de front notre corps de bataille, et pénétrant au milieu de nos rangs, sont tombés sous l'épée de nos soldats *.

ÉDODtRD.

Le pèrede lord Sla(rord,Ie duc de Buckingham, doit être ou tué ou dangereusement blessé. Je lui ai fendu le casque d'un coup d'épée; et pour preuve, mon père, voilà son sang.

Il montre «on e'pe'e sanglante.

MONTAIGD, a York en lui montrant la sienne.

Et voilà, mon père, le sang du comte de Whiltshire, avec qui je me suis mesuré au commencement de la bataille.

RICHARD

Toi, parle pour moi, et dis ce que j'ai fait.

Il enlr'ouvre son manteau, et ÎPlte à terre la tête de Somerset.

YORK

De tous mes fils, c'est Richard qui a mérité la palme. — Eli quoi! vous êtes donc mort, mylord de Somerset?

HORFOLK.

Ainsipérisse toutela postérité de Jean de Candi

RICHARD

4'cspère abattre de même la tète du roi Henri.

• Moire auteur semhle avoir oublie' que, dans le drame prëccdcnl, il a fait périr ClifTord par la main du duc d'Vorli :du reste, le re'ciuctuel est conforme i l'hisloire. {Note du tradtictetrr.)

WARWICK

Et moi aussi.— Victorieux prince d'Vork, jusqu'à ce que je l'aie vu assis sur ce trône qu'usurpe maintenant la maison de Lancastre, je jure, par le ciel, que ces yeux ne se fermeront pas. Voici le palais de ce peureux monarque, et voici le siège royal : York, prends-en possession ; il est à toi, et non auxbéritiers de Henri.

Soutiens-moi, Warwick, et je ne demande pas mieux; car nous sommes entrés ici de force.

NORFOLK

Nous vous soutiendrons tous; le premier qui recule est mort.

YORK

Merci, mon cher Norfolk. — Rangez-vous auprès de moi, mylords. — Et vous, soldats, restez, et ne me quittez pas delà nuit.

WARWICK

Quand le roi viendra, ne lui faites aucune violence,à moinsqu'il neveuillevousexpulserde vive force.

Les SotOATSic retirent dans unepii'ce voisine,

YORK

Ici la reine doit tenir aujourd'hui son parlement; elle ne se doute pas que nous aurons vuix, délibérative : par la force ou par la persuasion, il faut que notre droit triomphe.

RICHARD

Armés comme nous sommes, restons dans cette enceinte.

WAHWICK.

Ce parlement s'appellera le parlement de sang, à moins que Plantagenet, duc d'York, ne soit roi, et que nous ue déposions ce timide Henri, dont la lâcheté nous a rendus la risée de nos ennemis.

YORK

Ne me quittez donc pas, mylords. De la résolution; je prétendsentrercn possession de mes droits.

Ni le roi, ni son plus dévoué défenseur, leplus fier des partisans de Lancastre n'osera remuer l'aile, si Warwick agite son grelot * ; Plantagenet) une fois planté par moi, qu'on ose le déraciner! i De la résolution, Richard ; revendiqucla courounft) d'Angleterre. j

Conduit par Warwick, York monte sur le trùne et l'jf; place.

• Allusion S la fauconnerie. On allacli.iil au cou fiucon des grelots dont le bruit ajoutait à lefTroi des iraun. (JVo/e du Iraduciriir.)

du

IlENIU VI.

Fan^orei. Entrent LE ROI HF.NUI, CLIFIIIIU), NORTHUMBERLANI), WESTMOKEI.AM), EXE- TER et AoTr.Es, ponant des roses rouges àteurs chapeaux.

LE ROI BExni.

Myloids, le voyez-vous cet audacieux rebelle assis sur le troue royal î Sans iloule qu'appuycsur la puissance de Warwick, ce pair parjure, il prétend porter la couronne et régner 1 Comte île Nurthuœberland.ila tué ton père, — elle tieu aussi, loid ClifTord : et tous deux vous avez juré de veni;«r leur tnort sur lui, ses llls, ses partisans et ut auiis.

nORIBCUBEBlAND.

Si Je ne l'eu punis, me pjuisse le ciel i

CLIFFOBD.

C'est dans cet espoir que j'ai pris une armure pour vêtement de deuil.

WESTHOnELAND.

Eli quoi! souffrirons-nou» tant d'audace? arrar.lions-le du trône; mon cœur bout décolère, je ne puis y tenir!

LE ROI HBNItl.

Patientez un peu, mon cher comte de Weslmorclaad.

CLIFFORD

La patience est faite pour les poltrons comme lui: il n'oserait pas s'asseoir sur ce trône, si voire père vivait. Mon gracieu:: souverain, permettez qu'iri, en plein parlemeut, nous aiiaquions la familli! d'York.

t<ORTHUailERI.AND.

C'est bien parlé, mun cousin; procédons.

LE roi HENRI.

Ne savez-vous pas que Londres est pour eux, et qu'ils ont des troupes à leurs ordres?

EXETER

Le duc une fois tué, vous les verrez fuir.

LE ROI HENRI

Loin du cœur de Henri la pensée de faire du parlement un champ de bataille I Cousin d'Exeler, la réprimande, les paroles et la menace, sont les seules armes dont Henri veuille faire usage. {Ils s'avancent vers le Duc.) York, duc sédiiicux, descends de mon trône, et implore à genoux ta grâce et ma merci; je suis ton souverain.

YORK

Tu te trompes, c'est moi qui suis le lien.

GXETER.

Par pudeur, descends , c'est lui qui t'a fait duc d'Yoïk.

YORK

C'est un titre que m'avaient transmis mes ancêtres, tout aussi bien que celui de comte*.

EXETER

Ton père fut traître à la couronne.

' York était comte de Marclie avant d'èlrr créé duc d'York. Il était (ils de Ricliard, comlede Cambridge. Voir ticDri VI, première jiarlie. (iVo/c du traducteur.')

WARwlrK.

E\nler, lu oo traîiic ;i ,i ivu.onne, en embrassant la cause Je l'usurpateur Henri.

CLIFFORD

Ne doit-il pas embrasser la cause de son roi légiiime?

WARWICX.

C'est vrai, ClifTord, et ce roi légitime, c'est Richard, duc d'York.

LE ROI OEnni.

Et je resterai debout pendant que tu seras assis sur mon trône I

inr.K.

Il le Tait ; rôsigiie-hii.

WAlnVlCK.

Sois duc de Lancastre, et lui roi.

WESTUUr.ELAND.

Il est tout â la fois et roi et duc de Lancaslrc, et c'est ce que Weslmoreland est prêt à soutenir.

WAKWICK.

Et Warwick soutient le contraire. Vous oubliez que c'est nous qui vous avons chassé du champ de bataille, qui avons tué vos pères, et qui avons traversé Londres, enseignes déployées, pour arriver à ce palais

rorthcuberla;<d.

Oui, Warwick, je me le rappelle aven douleur, et je jure par l'ame de mon père de m'en venger sur toi et ta maison.

WESTUORKLAND.

Plaatagenet, toi, tes fils, tes partisans et tes amis, vous me paierez la mort de mon père . et j'immolerai plus de victimes â ses mines qu'il n'avait de gouttes de sang dans les veines.

CLIFFORD

Trêve sur cette matière, de peur qu'avant de sortir d'ici, Warwick, je ne t'envoie un messager homicide qui vengera la mort de mon père.

WARWICK

Pauvre ClifTord! combien je méprise tes impuissantes menaces!

Voulez-vous que je démontre mes titresâla couronne? Sinon nos épées plaideront ma cause sur le champ de bataille.

LE ROI BIRRI.

Réponds, traître, quels titres as-tu à la couronne? Ton père était, comme toi , duc d'York. Ton aïeul était Roger Mortimer , comte de Marche : moi, je suis le fils de Henri V, qui fit ployer sous son joug le dauphin et les Français, et conquit leurs villes et leurs provinces.

WARWICK

Ne parle pas de la France ; car c'est toi qui l'as perdue toute emiére.

LE ROI HENRI

C'est le lord protecteur qui l'a perdue, et non pas moi. Quand je fus couronné, je n'avais (jue neuf mois.

RICHARD

Aujourd'hui tu es d'un âge raisonnable, et pourlani tu continues â perdre , ce me senitle.

I\I"M p''if, arr.irhc b courorino ilo la tcte Je l'u-

ËDOUARD.

Pienci-la, mon père, et ceigiiez-cn voire front. MONTAIGU , à York.

' Mon frère, fiour votre honneur de guerrier, vidons la question par les armes, et cessons un parbge inutile.

KICUAKD.

Que le tambour batie, que la trompette sonne, ;t le roi va fuir,

Mes lils, silence I

LE ROI BENRI.

Silence, toi-même, et laisse parler le roi Henri.

WARnICK.

Planlagenet parlera e premier. — Écoulez-le, mylords ; restez silencieux et attentifs; que nul ue l'interrompe; il y va de la vie.

LF. ROI HENRI.

Crois-tu doncque je consente à céder mon trône rojal où se sont assis mon aïeul et mon père 7 Avant que pareille chose arrive , la guerre aura dépeuplé ce royaume , et leur drapeau, que la France vil autrefois flotter, et qui, à ma grande douleur, n'est plus arboré mainienant qu'en Angleterre, leur drapeau sera mon linceul. Pourquoi celle froideur, mylords? Mon litre est légitime, et meilleur que le sien.

WARWICK

Prouve-le, Henri, et tu seras roi.

LE ROI HENRI

Henri IV conquit la couronne.

YORK

En s'insurgeanl contre son roi.

LE ROI BENRI, â part.

.Te ne sais plus que dire; mon titre est faible. {Ilaui) Dites-moi, un roi ne peut-il pas adopter un héritier?

Eh bien, après?

LE ROI BENRI.

S'il le peut, je suis roi légitime : car Richard on présence d'un gr.ind nombie de lords, a résigné sa couronne en faveur de Henri IV, dont mon I père lut rUérilier, comme je suis celui de mon père.

YORK

11 se révolta contre son souverain, et l'obligea par force â résigner sa couronne.

WARWICK

En supposant même ou'il eût agi de son plein gré, pensez-vous, myloid, qu'un tel acie ait pu invalider le droit héréditaire de la couronueî

EXtTER.

Non; car, lorsqu'il résigna sa couronne, le plus proche héritier devait lui succéder et régner.

LE ROI HENRI

Étas-vous contre nous, duc d'ExeterJ

EXBTER.

Veuillez m'excuser; mais le droit est pour lui.

IMaGASIN THEATRAL ETP.AXr.l.U.

Pourquoi vous pnriez-vou ri l'oreille, mylords , \ Cl ne répondez-vous point?

r;xETP.R.

Ma conscience me dit qu'il est le roi légitime.

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