‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 312 sur 633 · LES LORDS · texte numérisé non relu

LES LORDS

Quatre heures vont sonner.

BICSEHOND.

En ce cas, il est temps de s'armer et de donnei des ordres. (H s'avance vers ses troupes Tunçiéci: en baiaille.)Mes chers compatriotes, je n'ajouierai que peu de chose à ce que je vous ai déjà diti car le temps presse, et les longs discours soni hors de saison. Souvenez-vous toutefois que nous avons pour nous Dieu et la justice de notre cause.' Les prières des saints et les ombres des victime^ élèvent autour de nous un invincible rempart. Richard excepté, ceux contre qui nous allons combattre nous souhaitent la victoire plutôt qu'au chef dont ils suivent l'étendard. Car ce chef, qu'est-il autre chose qu'un tyran sanguinaire, uc homicide élevé par le meurtre, et dont le sang cimenté la puissance ; un homme à qui aucui moyen n'a coùlê pour arriver où il est, elqui ensuite a égorgé ceux qui avaient servi d'instrunientl| à son élévaiion; une pierre vile et grossière quil doit tout son lustre à l'éclat que l'ait rejaillir sut elle le trône d'.\ng!eterre, auquel elle s'est illégi.^ timement enchâssée ; un homme qui de tout terapi a été l'ennemi de Dieu? Si donc vous combatte l'ennemi de Dieu, vous êtes les soldats de Dieu^ qui, dans sa justice, vous couvrira de son bouclier, si vous laites d'héroïques efl'orts pour renversci un tyran. Le tyran une fois renversé, vous dormir rez en paix; si vous faites la guerre aux ennemis de votre patrie, le bonheur de votre pairie vous paiera de vos peines ; si vous combattez pour défendre vos femmes, vos femmes, à votre retourj viendront au-devant de vous accueillir les vainJ queurs; si vous mettez vos enfans à l'abri du glaive, la reconnaissance des cnfans de vos enfans entourera vos vieux jours. Ainsi donc, au nom de Dieu et à tous ces titres, en avant vos étendards, et tirez avec joie vos épées! Pour moi, si j'échoue, la récompense de mon audacieuse entreprise sera mon froid cadavre gisant sur la froide surlacc de la terre. Mais si je réussis, le dernier d'entre vous aura sa part du gain de la victoire. Sonne/, ijuiiipetles; battez, tambours, hardiment et avec jjie Dieu et saint George 1 Richemond et victoire!

Ilss'el..isnent.

Reviennent LE ROI RICHARD et RATCLIFF j le roi est à la lêie de ses troupes et accompagnt des Officiers de sa suite,

LE ROI niCUARD.

Que disait Nortbumberland au sujet de Richemond?

RATCLIFF.

Qu'il n'a pasélé élevé dans le métier desarmes.

LE ROI RICUARD.

Il a dit viai. Et que disait à cela lord Surreyt

RATCLIFF.

11 a répondu, en souriant, quec'était tantniCUS pour nous.

RICHARD III

lE ROI BlCnARD.

II avaitraison ; c'est la vérité. {L'horloge sonne.) Juelle heure est-il? — Donne-moi un calendrier. Qui a vu le soleil aujourd'hui ?

RATCLIFF.

Ce n'est pas moi, sire.

LE ROI KICHAIID.

C'est qu'alors il dédaigne de luire; car, selon e calendrier, voilà déjà une heure qu'il devrait jrillerà l'Orient. Ce jour sera un jour néfaste pour juelqu'un! Ratcliff, —

BATCtlFF.

Sire?

LE BOI RICnARD.

Le soleil refuse de se montrer aujourd'hui ; le ;icl montre à notre armée un front sombre et couroucé. Point de soleil aujourd'hui! Eh 1 que m'importe à moi plus qu'à Richemondî Le même ciel lui est menaçant pour moi, l'est également peut

Arrive NORFOLK.

NORFOLK

Aux armes, sire, aux armesl l'ennemi s'avance fièrement dans la plaine.

LE ROI RICBARD.

Allons, alerte, alerte ! —Caparaçonnez mon cheil; — qu'on appelle lord Stanley; qu'on lui dise d'amener ses troupes. Je veux conduire en personne mes soldats dans la plaine, et voici quel sera mon ordre de bataille : mon avant-garde se déploiera toute sur une ligne, composée moitié de cavalerie et moitié d'infanterie, et au centre seront placés nos archers; cette cavalerie et cette infanterie seront commandées par Jean, due de Norîolk, et Thomas, comte de Surrey. Leur position ainsi assignée, nous les suivrons avec le corps de bataille, qui sera flanqué sur ses ailes par le gros de notre cavalerie. Après cela, que saint George nous soit en aide ! — Qu'en dis-tu, Norfolk?

MORFOLK.

Ce sont d'excellentes dispositions, mon belliqueux souverain. J'ai trouvé ce papier ce matin dans ma tente.

Il lui remet un papier.

LE not RICHARD Usant,

« Jean de Norfjik. i Car ton maître est vt

nte pas victoire ; omme un mulet c

i foire.»

C'est un stratagème de l'ennemi. — Que chacun de vous, messieurs, aille occuper son poste: que nos âmes ne se laissent pas effrayer par des rêves stupides. La conscience est un mot à l'usage des làrlies, et inventé pour en imposer aux forts. Qu'un bras vigoureux soit noire conscience; que nos épées soient notre loi. Marchons, abordons bravement reonemi ; jetons-nous dans la mêlée,

et nous donnant la main, à défaut du ciel, allons tous ensemble en enfer. — Que vous dirai-je de plus? Rappelez-vous quels sont ceux que vous allez combattre ; — un ramas de vagabonds, de misérables, de bandits, l'écume de la Bretagne, lâches et vils manans, fléau de leur patrie, qui les rejette de son sein et les pousse à des entreprises désespérées, à une mort certaine. Vous dormez en pais, ils viennent troubler votre repos: vous possédez des terres, vous avez en partage des épouses charmantes; ils viennent vous exproprier des unes, et vous ravir les antres. Et quel est celui qui les conduit? un misérable, long-temps hébergé en Bretagne aux frais de notre mère! une soupe au lait, un homme qui n'a jamais dans sa vie bravé le froid au point seulement d'avoir de la neige par-dessus ses souliers I Renvoyez-moi à coups de gaules ces coquins au-delà des mers; chassez-moi ces orgueilleux manans de France, ces mendiaus affamés, las de vivre, qui, s'ils n'avaient rêvé ce bel exploit, pauvres diables, n'auraient eu d'autre ressource que de se pendre. Si nous devons être vaincus, soyons-le du moins par des hommes, et non par ces bâtards de Bretons, que nos pères ont chez eux conspués, battus, et houspillés, et à qui, l'histoire en fait foi, ils ont laissé pour adieux le déshonneur et l'opprobre. Et ces gens-là posséderaient nos terres ! ils coucheraient avec nos femmes! ils défloreraient nos filles! — Écoutez, j'entends leurs lambours. Au combat, gentilshommes d'Angleterre! au combat, brave milice! Archers, visez à la tête, donnez de l'éperon à vos coursiers, et galopez dans le sang; effrayez le firmament des éclats de vos lances I

Arrive UN MESSAGER.

LE ROI RICHARD, Continuant, Que dit lord Sianl jv ? Va-t-il amener ses troupes 7

LE MESSAGER

Sire, il refuse de marcher.

LE ROI RICBIRD.

A bas la tête de son fils Georgel

nORFOLE.

Sire, l'ennemi a passé le marais : remettez après la bataille la mort de George Stanley.

LE ROI RICHARD

Je sens dans ma poitrine mille cœurs gros de courage. En avant nos étendards ! marchons à l'ennemi; que notre ancien cri de guerre, snint George', nous inspire la rage de drngons furieux. Allons a eux I la victoire plane sur nos cimiers I

Ils s'éloignent.

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

^*WAfW\VWVV\WWVXVWVV\V

Page 1