‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 317 sur 633 · I^F0LK · texte numérisé non relu

I^F0LK

La prophétie commence à se réaliser ; car la France vient de faire une brèche au traité, et a mis l'embargo sur les marchandises de nos négocians à Bordeaux.

ABEP.CA\ENNÏ.

Est-ce pour cela qu'on a refusé audience à l'ambassadeur?

NORFOLK

C'est pour cela même.

ADF.r.GAVP.SNY.

Voilà une jolie paix, ma foi, et qui nous a coûte beaiiciiup trop cher!

BUCKIt<GBAH.

Toute cette affaire a été conduite par nolio vénérable cardinal.

NORFOLK

(lue votre seigneurie me permette de le lui dire, le public a remarqué la mésintelligence particulière qui s'est élevée entre vous et le cardinal. J'a un conseil â vous donner, et j'espère que vous

ao5

MAGASIN TIIF.ÂTRAL ETRANGER.

voudrez bien raccueillir comme venant d'un cœur â qui votre gloire et votre sûreté sont chères; ne voyez pas seulement la malveillance Ju cardinal, voyez aussi sa puissance; considérez en outre que ce que sa haine a la volonté de laire, sa puissance lui en fournit les moyens. Vous connaissez son caractère vindicatif; moi, je sais que son cpéo est tranchante; elle est longue, elle atteint de loin, et où elle ne peut arriver, il la lance. Uecueillez mon conseil, vons le trouverez salutaire. Mais voiri venir l'ècucil que je vous avertis d'éviter.

};iure LE CARDINAL WOLSEY ; on porte la bourse devant lui; plcsifubs Gaudes ei DEUX SECRÉ- TAIUES rnccompiijiicHi. le Cardinal, en passant, ietle un regard dédaigneux sur Buckiu- (jIkiih, qui le lui rend.

HÏOl.SEY.

I/inlendant du duc de liuckingham? Ah! où Cït sa déposition V

PUEMIER SECRÉTAIRE.

La voici, mylord.

WOI.SEY.

Cst-il prêt à comparaître en personne?

PREMIliR SECRÈTAIBE.

Oui, mylord.

WOLSF.Y.

C'est bien ; nous eu saurons davantage, et BiicUingliam rabattra de son orgueil.

WoLSEV son avec sa suite.

DUCKINCHAM.

Ce chien de bouclier* a la dent venimeuse, ei je ne suis pas assez fort pour le muscler; en conséquence, il vaut mieux ne pas l'éveiller. La science d'un gueux a le pas sur le sang d'un noble.

KORFOLK.

Eh quoi! vous êtes courroucé T Demandez a Dieu de la modéiaiion; c'est le seul remède que votre maladie exige.

BUCRINGUaM.

J'ai lu sur son vidage quelque projet funeste contre moi; il a laisse tomber sur moi un regard de mépris comme sur la créature la plus abjecte. En ce moment, il me frappe de quelque coup pei lide; il est allé chez le roi; je vais l'y suivie et l'obligera baisser les yeux.

NOKFUI.K.

P>estez, inyloid;que votre raison, discutant avec votre colère, examine ce que vous allez faire. Quand on veut gravir une montagne escarpée, il faut commencer par marcher lentement ; la colère est pareille à un cheval fougueux; si on lui lAche la bride, son trop dardeur l'a bientôt épuisé. Il nest personne en Angleterre dont je reçusse un

Lr

r.liii.i, WmU.j ouil tîls J'uu boucher. (JVu/c ,hi

Irnductcur.)

conseil plus volontiers que de vous : soyez pour vous ce que vous seriez pour votre ami.

DUCKISCUAM.

Je vais trouver le roi ; je veux que devant lui la bouche d'un gentilhomme rabatte l'insolence de ce roturier d'Ipswich, ou je proclamerai & liante voix que tous les hommes sont égaux.

NORFOLK

Consultez la prudence; n'allumez pas pour votre ennemi une fournaise si chaude qu'elle vous brûle vous-même. Un excès de vitesse peut nous faire dépasser le but et nous empêcher d'atteindre l'objet après lequel nous courons. Ne savez-vous pas que le feu qui lait déborder le liquide, tout en paraissant l'augmenter, le diminue par le fait? Soyez prudent. Je vous le répète, il n'y a personne en Angleterre plus en état de bien vous diriger que vous-même, si vous voulez bien permettre à la sève de la raison d'éteindre ou du moins de calmer le feu de la passion.

BUCKINOHAM.

Mylord, je vous suis reconnaissant, et je suivrai vo5 conseils : mais ce mortel orgueilleux, — et ce n'est pas la haine, mais le zèle d'une vertueuse indignation qui m'anime contre lui, — j'ai acquis des preuves aussi claires que le cristal des ruisseaux en juillet, alors qu'on peut distinguer au fond de l'eau chaque grain de sable; j'ai, dis-je, acquis la preuve que c'est un homme coriompu et un traître.

norfolï;.

Ne dites pas un naître.

BUCKINCIIAU.

Je le dirai au mi, et je le soutiendrai avec la fermeté d'un roc. Écoiuez-moi, ce pieux renard ou ce loup, car il est l'un et l'autre, aussi féroce que subtil, aussi enclin à concevoir le mal que capable de l'exécuter, son cœur et sa place exerçant l'un sur l'autre une influence délétère; c'est uniquement dans le but de faire étalage de sa grandeur en France aussi bien qu'ici, qu'il a suggéré au roi notre niaitre l'idée de cette entrevue qui a englouti tant de trésors, de ce traité coilleux et fragile comme un verre que l'on casae en le rinçant.

MOtlFOLK.

C'est, ma foi, vrai.

BCCKINCHAM.

Permettez, mylord. Ce rusé cardinal a dressé' les articles du traité comine il lui a plu, et il- ont été ratifiés conformément à sa volonté suprême. Il est bien vrai que ce traité est aussi inutile quo' le serait une béquille à un mort ; mais c'est notra comte cardinal qui l'a fait, et tout est pour le' mieux; c'est rou\rage du grand Wolscy, qui ne saurait mal Ijire. Or, voilà ce qui s'en est suivi, ce que je considère comme frisant de très-près la haute trahison. L'empereurCharlcs, sous prétexte devoir la reine, sa tante, — c'est le prétexte qu'il, a pris, mais il est certain qu'il n'est venu que pour s'entendre secrètement avec Wolsey, — a i.iii une visite dans ce pays : il craignait que l'a-

Il e:\ri viir.

mitié établie enlre les rois de France et d'Angleterre, à la suite de leur entrevue, ne lui rausJt quelque préjudice; car cette alliance était menaçante pour lui. Le voilà donc qui entame avec le cardinal des négociations secrètes; en cela je ne crois pas me tromper ; j'ai la conviction que l'empereur a payé avant de promettre; aussi sa demande lui a-l-elle été accordée avant même qu'il l'eût formulée. — La voie ainsi préparée et pavée avec de l'or, l'empereur exprima le désir qu'il voulut bien modifier les vues du roi et faire ro'npre la susdite paix. Il faut que le roi sache, — et bientôt il le saura par moi, — que le cardinal trafique de son honneur comme il lui plaît, et à son profil particulier.

nOBFOLK.

Je SUIS fâché d'appiendre cela de lui, et je souhaiterais qu'il y eût erreur dans l'opinion que vous m'exprimez sur son compte.

BCCKINGn.lï.

Ce que je vous dis est vrai jusqu'à la dernière syllabe: je vous le représente tel qu'il est en effet, tel que les preuves le montreront.

Enlre DRANDON, précédé d'un SERGENT D'AR- MES et de deux ou trois Gardes.

BRANDON

Sergent, faites votre devoir.

LE SEBGENT.

Mylord, duc de Buckingham, comte d'Hereford, de SlalTord et de Northampton, je vous arrête pour crime de haute trahison, au nom de notre souverain roi.

BDCEINGHAU, à Norfolk.

Vous le voyez, mylord, me voilà pris dans les filets. Je périrai victime de perfides menées.

BRANDON

Je suis fàcbé de vous voir privé de votre liberté, et d'être témoin de ce qui vous arrive; c'est la volonté de sa majesté que vous alliez à la Tour.

BCGKINCHAU.

Il ne me servira de rien d'attester mon innocence; car j'ai contre moi un grief qui noircit mes actes les plus purs. La volonté de Dieu soit faite en ceci comme en toute chose! — J'obéis. — IU\lurd Abergavcnny, adieu.

Br.ANDON.

Il faut qu'il vous accompagne. — ! lord Âbergavenny, ) Le roi ordonne que vous alliez à la Tour pour y attendre sa volonté ultérieure.

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