PHILON
En vérité, ce fol amour de notre général dépssse toute mesure. Ses yeux guerriers qui naguère, devant ses légions rangéescn bataille, étin- Celaient comme le dieu Mars sous son armure, esclaves maintenant d'un visage basané, ne sauraient en détacher leurs serviles regards : ce cœur belliqueux, que ne pouvaient contenir, dans la chaleur des combats, les boucles de sa cuirasse, a perdu sa trempe vigoureuse; et maintenant, une
Égyptienne s'en sert comme d'un éventail pour calmer ses lascives ardeurs. Tenez, les voilà qui viennent.
Fanfares. Entrent ANTOINE et CLÉOPATRE, accompagnés de leur Scite ; des Eosocdes agitent des éventails devant la reine.
PHlLOn, continuant.
Examinez-les attentivement, et dans l'une des trois colonnes qui soutiennent le monde vousno verrez plus que le jouet d'une courtisane. Regardez et voyez.
CLÉOPATRE , ù Antoine.
Si c'est là de l'amour, dis-moi à quel degré.
ANTOINE
C'est un bien pauvre amour que celui dont on peut faire l'évaluation précise.
CIÊOPATRE.
Je Meux fixer la limite jusqu'où l'amour peut s'étendre.
ANTOINE
En ce cas, il te faut découvrir de nouveaux cieux et une terre nouvelle.
Entre UN SERVITEUR.
LE SERVITEUR
Des nouvelles de Rome, mon seigneur.
ANTOINE
Tu m'importunes ; — Sois bref.
Entends-les. AnZZe\ Fulvia est peut-être courroucée ; ou qui sait si l'imberbe César, te taisant signifier ses ordres souverains, ne t'envoie pas dire: -«fais ceci, ou cela; subjugue ce royaume; affranchis cet autre ; obéis, ou nous consommons ta ruine? »
ANTOINE
Quoi donc, mom amour?