SCENE
Un autre appirlement du palais.
Entrent CHARMION*, IRAS, ALEXASe» UR DEVIN.
chaçhion.
Seigneur Alexas, charmant Alexas, incomp». rable Alexas, la perfection persopnifiée, où esl le devin dont vous avez parlé avec tant d'tlost à la reine? Oh! que je voudrais conoaitre cei époux qui, dites-vous, se fera gloire de porter des cornesl
ALEXAS
Devin.
LE DEVIN
Que me voulez-vous 7
CBARUION-
Est-ce là l'homme en question ? — Est - ce toi qui connais l'avenir?
LE DEVIN
Dans ce livre immense des secreU de la nature je puis lire quelque peu.
ALEXAS , à Charmion.
Montrez-lui votre main.
Entre ÉNOBARBUS.
ËHORARSVS.
Apportez vite le desseft; et du vin en abo^ dance pour boire à la samé de Uécpàtre.
• Il y a dans le texte ChtirmUin; aous avons cru ■^crire le nom île ce personnage , comme l'a fait U Corneille dans ta uagédicdePompcc. (tfoU dw < leur.)
ANTOINE lîT CLEOJ -/nii:.
CBARHiiH j 111 devin.
Mon arai , donnft-moi unf; heureuse destinée.
L8 DEVIS
Je ne la fa^s pas , je la prédis.
CBARMlU^.
Hé bien, tâche de m'en prédire une bonne.
Vous serez béâueoBt) pins b6)l6 éncofeqiie vous n'êtes.
CBIRUIOM.
Sous le rapport de retabonpoint , sans doute?
iini.
Non, il vent difé ((Ué Tons inelireidu fard quand TOns serez tieillê.
CBiRMIO».
Que les rides m'en préservent !
ALÈXAS.
Ne contrariez pas sa prescience. Soyez attentive.
chârmioH.
Chut I
LE DÈVlN.
Vous aimerez plus que vous ne serez aimée.
CHARHION.
Je préférerais m'échauffer le sang à force de boire.
ALEXAS
Ëcoutez-le donc.
CHAIIMIU:*.
Voyous, annonce-moi quelque fortune bien attrayante! comme d'épouser trois rois dans la même matinée, et de porter leur deuil à tous trois; ou d'avoii' à cinquante ans un enfant auquel Uérode de Judée viendra renire hommage; trouve moyen de me marier à Octave César, et de me faire marcher l'égale de ma maîtresse.
LÉ tlËTlS.
Vous survivrez à la maîtresse que vous servez.
CHARMiO.N.
O excellent 1 j'aime mieux une longue vie que des figues.
LE DEVI>-
Vous avez vu luire des jours plus heureux que ceux qui vous attendent.
CHARHION.
A ce compte, il y a toute apparence que mes enfans ne feront pas grand bruit dans le monde. Dis-moi» je te prie, combien de garçons et de filles je dois avoir t
LE DEVIN
Si chacun de vos désirs était prolifique, et chacune de vos pensées, féconde, vous en auriez un million.
CBARUION.
Tais-toi , imbécile I en ta qualité de sorcier je te pardonne.
ALEXAS
Vous pensez qu'il n'y a que vos draps qui soient dans la confidence de vos désirs.
CHARMIOn.
Voyons , dis à lias sa bonne aventure.
XLCXAS.
Nous voulons t,us conuaiire notre destinée.
ÉXOBARBCS.
La mienne, et celle de bien d'autres, sera d'aller nous coucher ivres ce soir.
IRAS, préseniant sa main.
Voila, dans tous les cas, une m»ia qui annonce de la chasteté.
CHARMIO:*.
Oui, comme les débordemens du Nil présagent la famine.
IRAS
Taisez-vous, folle que vous êtes ; vons n'entendez rien à la bonne aventure.
CHARUION.
Si lamoiteurdelamain n'est pas un présagede fécondité, je ne m'y connais pas. — Dis-lui seulement sa bonne aventure pour les jours ouvrables.
LE DEVIN
Vos destinées sont pareilles.
IRAS
Mais en quoi , en quoi ? Donne-moi des détails.
LE DEVIN
J'ai dit.
IRAS
Eb quoi 1 n'ai-je pas en bonheur un pouce de plus qu'elle ?
CHARMIO^.
Si tu avais en bonheur un pouce de plus que moi, en quoi le placerais-tu?
IRAS
Ce ne serait pas dans les bonne» grâces de mon mari.
CBARUION.
Que le ciel corrige nos mauvaises pensées '. A ton four, Alexas. — {Au devin.) Allons, dis-lui sa bonne aventtife. — Oh I qu'il épouse une femme impotente: Bonne Isis",je le le demande à genoux! que celle-là meure, et alors, donue-lui-en une seconde pire que la première ; et après cellelà une pire encore, jusqu'à ce que la pire de toutes conduise en riant à sa dernière demeure son mari cinquante fois eocuBé! Bienfaisante Isis, accorde-moi cette grâce, dusses-tu me refuser des choses beaucoup plus importantes; bonne Uis, je t'en conjure J
iKtS.
Ainsi soit-il! Exauce notre prière â tous; car, s'il est douloureux de voir un galant homme marié à une femme inlidèle, il est bi. n plus douloureux encore de voir un mauvais garnementéchapper au cocuage; ainsi, chère Isis, sois équitable, et donne-lui la destinée qui lui convient!
CBARMtON.
Ainsi soit- il !
ALEXAS
S'il dépendaild'elles de faire de moi un cocu, elles le feraient, dussent-elles se prostituer pour obtenir ce résultat.
L'uDC de:
leur. )
egyplio
. ( Soie du traduc
MAGASIN THEATRAL ETRANGER
ÉNOfiÀRBDS.
Chutt voici Antoine!
CBARHION.
Ce n'est pas lui, c'est la reine.
Entre CLÉOPATRE.
CLÉOPATBE.
Avez-vous vu mon seigneur?
ÉKOBARBUS.
Non , madame.
CLÉOPATBE.
N'étail-il pas ici tout-à-l'heureT
CHARMION
Non, madame.
CLÉOrATRE.
Il était d'une humeur gaie, quand tout-à-coup une pensée romaine lui est venue. — Énobarbus I
ÉNOBARBDS.
Madame.
CLÉOPATRE
Va le chercher, et amène-le ici. — Où est Alexas?
ALEXAS
Me voici, madame, i vos ordres. — M«n maître s'approche.
Entre ANTOINE avec sa Suite et UN MESSAGER.
CLÉOPATRE
Je ne veux pas le regarder. Venez avec moi.
Cléopatre, Ënobarbos, Alexas, Iras, Cbarmion et LA SoiTE d'Antoine sortent.
LE UESSAGER.
Fulvia, votre épouse, s'est mise la première en
campagne.
ANTOmE.
Contre mon frère Lucius?
Oui ; mais cette guerre a bientôt pris fin ; la politique les a réconciliés et ils ont réuni leurs forces contre César, qui, dès le premier choc, les a vaincus et chassés de 1 Italie,
ANTOINE
Fort hien. Qu'as-tu de pire encore à m'apprendre?
LE UESSAGER.
Le porteur d'une mauvaise nouvelle déplaît à celui qui l'entend.
ANTOINE
Oui, quand ce dernier est un sot ou un lâche. — Poursuis : ce qui est passé est fini pour moi ; c'est mon habitude. — Celui qui vient me dire la vérité, la mort fùt-elle au bout de son message, je l'écoute avec l'attention bienveillante qu'on prùte i la voix qui nous flatte.
LE MESSAGER
Labiénus, — c'est là une fâcheuse nouvelle, — à la tête de l'armée des Parthes, a conquis l'Asie jusqu'à l'Euphrate; sa bannière victorieuse a tout soumis depuis la Syrie jusqu'à la Ljdie et l'Ionie; tandis que, —
MTOINE.
Tandis qu'Antoine, — poursuis.
LE MESSAGER
0 seigneur!
AMTOIME.
Parle-moi sans détours ; rends-moi dans toute son énergie l'expression du mécontentement puplic; qualifie Cléopatre comme on la désigne dans Rome; reproduis-moi les insultans reproches de Fulvie, et gourmande mes torts avec toute la liberté que peuvent prendre la vérité et la haine. Dans un oisif repos, nos âmes fécondes restent en friche ; la voix qui nous reproche nos torts est le soc bienfaisant qui la remue et la fertilise. Laissemoi un instant.
LE MESSAGER
Je suis à VOS ordres, seigneur.
Il sort.
ANTOINE-
Quelles nouvelles a-t-on reçues de Sicyone? — Vous, répondez.
UN SERVITEUR
Le courrier de Sicyone! — En est-il arrivé un?
DECXIÈME SERVITEUR.
Seigneur, il attend vos ordres.
ANTOINE
Qu'il vienne. — Il faut que je brise ces chaînes égyptiennes, dont l'étreinte st si forte, si je ne veux me perdre dans un complet abrutissement.
Entre UN DEUXIÈME MESSAGER.
ANTOINE, continuant.
Qui es-tu?
DEUXIÈME MESSAGER
Votre épouse Fulvie est morte.
Où est-elle mortet
DEUXIEME MESSAGER
A Sicyone. Cet écrit vous apprendra la durco de sa maladie et d'autres choses plus graves encore qu'il vous importe de connaître.
Il lui remet une lettre.
ANTOINE
Le Messager son.
ANTOINE, continuant.
Une âme énergique à quitté ce monde l c'esl un ivénemenlqu'appclaicntmesvœux.Ce quenoiu avons repoussé avec mépris, nous voudrions le posséder encore ; le bonheur que nous tenons, le temps l'affaiblit dans son cours, cl il finit par être
ANTOINE ET CLÉOPATRE
l'opposé do lui-mûme. F.lle m'est chère à présent qu'elle n'est plus; la main qui la rejetait voudrait maintenant la reprendre. Il faut que je me dérobe au magique pouvoir de cette reine : mon oisiveté couve des milliers de désastres plus grands que ceux que je connais déjà. — Holi 1 — Énobarbusl
Entre ÉNOBARBUS.
ÉKOBAr.BUS.
Que vous plait-il, seigneur?
ANTOINE
Il faut que je quille ce pays sans délai.
ÉNOBARBUS
En ce cas, nous allons tuer toutes ces dames; le moindre déplaisir que nous leur causons leur poile un coup mortel; s'il leur faut subir notre déjiart, leur mort est infaillible.
ANTOINE
Il faut que je parte.
ÉNOBARBUS
Quand la nécessité commande, laissons mourir les femmes: ce serait dommage de les sacrifier pour rien ; mais quand il s'agit de décider entre elles et un grand intérêt, elles ne doivent cire plus rien à nos yeux. Cléopàtre, au premier vent qu'elle aura de cette nouvelle, va mourir aussitôt; je l'ai vu mourir vingt fois pour des motifs beaucoup moins graves : il faut que la mort ait quelque chose de bien attrayant pour elle, si j'en juge par la promptilude qu'elle meta mourir.
ANTOINE
Elle est rusée au delà de toute expression.
ÉNOBABBUS.
Hélas I non, seigneur; ses passions sont formées de ce qu'il y a de plus subtil dans l'amour pur : nous ne pouvons donner le nom de soupirs et de larmes à ses bourrasques et aux Ilots qu'elle répand ; ce sont des orages et des ouragans plus furieux que les almanachs n'en prédisent; ce ne peut être chez elle un artifice; sinon il faut en coDclurc qu'elle peut (aire pleuvoir une averse tout aussi bien que Jupiter.
ANTOINE
riùt aux dieux que je ne l'eusse jamais vue I
ÉNODAitBUS.
0 seigneur, vons auriez alors perdu l'occasion de voir un merveilleux chef-d'œuvre ; et ce bon- Icur-li lie inuiiis oùt laissé dans vos voyages une lidiouse lacune.
ANTOINE
Fulvio est morte.
ÉNOBABBUS.
Seigneur ?
AXTUINE.
Fulvie est morte.
£KO£ai;bus.
Fulvie?
ANTOINE
Morte.
ÉNOBARBUS
Cela étant, seigneur, rendez grâces aux dieux. Quand il plaît à leurs divinités de priver un homme de sa femme, ils lui montrent des motifs de consolations, à savoir que lorsque d'anciens vêtemens sont usés , il reste des tailleurs pour en faire de nouveaux. S'il n'y avait au monde d'autre femme que Fulvie, ce serait une perte fâcheuse , et vous auriez raison de vous désoler : mais cette douleur vous laisse une consolation. Votre vieille jupe fera place à un cotillon neuf, et les larmes qui laveront cette douleur, c'est un ognoa qui doit les provoquer.
ANTOINE
Les affaires qu'elle a suscitées dans l'état ne sauraient comporter mon absence.
ÉNOBARBUS
Les affaires que vous avez entamées ici ne peuvent se passer de vous, surtout celles de Cléopâire pour lesquelles votre présence est indispensable.
ANTOINE
Plus de réponses frivoles. Que nos officiers soient instruits de ma résolution. Je dirai à la reine le motif de notre départ, et j'obtiendrai son conscnlRnient : car ce n'est pas seulement la mort de Fulvie qui m'impose cette nécessité urgente ; les lettres d'un grand noaibre de nos amis les plus dévoués à Rome me pressent de hâter mon retour. Sextus Pompée a jeté le gant à César, et tient la mer sous son empire. Notre peuple inconstant dont l'amour ne se rattache jamais â l'homme méritant, que lorsque son mérite a disparu , commence à reporter sur le fils de Pompée toute la gloire et toute l'importance de son père. Redoutable par son nom et sa puissance, mais plus encore par son activité et son énergie, il se pose comme le premier guerrier de l'époque, et s'il n'est arrêté dans son essor, les destinées du monde sont en péril. L'avenir couve plus d'un germe malfaisant qui, pareil au crin du coursier*, commence à peine à prendre vie, et n'a point encore le venin du serpent. Fais savoir à ceux qui sont sous nos ordres que notre volonté exige notre prompt départ de ces lieux.
LNOBABBUS.
Je vais exécuter vos ordres.
Ils sorlenl.
^^\VVV^W«V\^\\VW^V\^\AVVV%W\VVlWVVV^VVtVWVV\VVVW\\\\W\