‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 497 sur 633 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Borne — Une anlicliambre Jans le paliis de César.

Enireni d'un côlé AGRIPPA ; de l'attire ÉKO- BARBUS.

AGRIPPA

Eh bien! les trois collègues sont-ils séparés?

ÉNOBABBCS.

lisent terminé avec Pompée, qui est parti; tous trois sont occupés à sceller le traité; Octavie pleure et regrette de quitter Rome; César est triste ; et depuis le festin de Pompée, Lépide, à ce que dit Menas, a l'humeur sombre et chagrine.

AGRIPPA

C'est un digne homme, que Lépide.

ENOBAKBUS.

Un très-digne homme. Oh ! combien il aime César!

AGRIPPA

Oui, mais combien il adore Marc Antoine!

ÉROBAKBDS.

César ! c'est pour lui le Jupiter des hommes 1

AGRIPPA

Antoine! c'est pour lui un dieu supérieure Jupiter lui-même.

ÉNoBABRUs, conirefaisani Lipide.

Vous parlez de César I lui, le non pareil!

AGRIPPA, lUT le mente ton.

Obi AatoiutI obi pbéoix des bumaiosl

ilfOBARBCS.

Quand on veut louer César, il suffit de dire : César, sans aller plus loin.

AGRIPPA

Par le fait, il leur a prodigué à tous deux d'excellentes louanges.

ÊNOBARBtIS.

C'est César qu'il préfère; cependant il aime beaucoup .Vntoine. Oh ! il n'est point de cœurs, de langues, de métaphores, de scribes, de bardes, de poètes, qui puissent concevoir, exprimer, peindre, écrire, chanter, énumérer toute l'étendue de son affection pour Antoine; mais, pour César,' à genoux, tl genodi, et prosternez-vous d'admiration.

II les aime tous deux ; ils sont les ailes du papillon, il en est la chenille ; si bien que, — ( on entend sonner la trompette. ) C'est le boute-selle.

ËNOBABBCS.

Adieu, noble Agrippa.

AGRIPPA

Bonne chance, brave soldat, et adieu.

Entrent CÉSAR, ANTOINE, LÉPIDE, et OCTAVIE.

AMTOIHB.

Ne va pas plus loin

CÉSAR

Tu m'enlèves une grande portion de moi-même: songe à me bien traiter dans sa personne. — Ma sœur, montre-toi une épouse telle que ma pensée te figure, et justifie la haute opinion que j'ai donnée de toi. — Noble Antoine, que le trésor de vertu mis entre nous comme le ciment de notre affection, pour en maintenir debout l'édifice, ne devienne pas le bélier destiné à le battre en ruinera car mieux eût valu ne point donner à notre amitié ce nouvel auxiliaire, si nous ne devons pas, de part et d'autre, le cultiver avec soin.

Ne m'offense pas par une injuste défiance.

CÉSAR

J'ai dit.

Avec toute la susceptibilité possible, tu ne trouveras pas le moindre motif qui puisse justifier léa craintes que lu parais avoir : sur ce, que les dieux te soient en aide, et disposent les cœurs des Romains à servir tes projets t Nous allons nous séparer ici.

ciSAR.

Adieu, ma sœur bien aimée; sois heureuse; qtlt les élémens te soient propices, et cnlrctieuneAI dans ton ame la santé et la joie; adieu.

OCTAVIE

Mon noble frère !

ANTOINE

Avril est dans ses yeux : c'est un pressentiment d'amour, etsespicurssont la pluie bicnfaisanlo qui l'arrose et le fertilise. Bannissez la tristesse.

ANTOI?jK !.T CLKOPATRE.

OCTAVIB, à César.

Mun frère, aie pour la maison de mon époux des seotimens favorables ; et —

CÉSAR

Quoi, Octavie?

OCTAVIB.

Je vais te le dire tout bas.

Elle

L basse avec s

frère.

ANTOINE

Sa langue refuse d'obéir à son cœur, et son cœur ne peut trouver de voix. C'est le duvet du cygne qui, sur les flots, surnage en équilibre, sans incliner d'un cAlé ni de l'autre.

ÉNOBARBUs, bas à Agrippa.

Se peut-il que César pleure?

AGRIPPA

Un sombre nuage obscurcit son front.

ÉNOBARBUS

Je n'ai pas meilleure opinion de lui pour cela.

AGRIPPA

Pourquoi, Énobarbus? Lorsque Antoine fut en présence du cadavre de Jules César, il rugit presque de douleur; et à Philippes il pleura sur le corps de Brutus.

ÉNOBARBUS

Cette année-là il avait au cerveau une surabondance d'humeurs: il pleurait ceux dont le trépas lui était le plus agréable. Croyez à ces larmes quand vous m'aurez vu pleurer.

CÉSAR

Non, chère Octavie; tu recevras de mes nouvelles; le temps net'cffacera pasde mon souvenir.

ANTOINE

Allons, César, allons; je rivaliserai avec toi de tendresse pour elle. Vois, je t'embrasse, et maintenant je t« quitte, et te laisse à la garde des dieux.

CÉSAR

Adieu I Sois beuieusel

LÉPiDE, à Ânloine.

Que toutes les étoiles du ciel éclairent ta route fortunée !

CÉSAR

Adieu, adieu.

Il embrasse Octavie.

ANTOINE

Adieu.

Page 1