‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 557 sur 633 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Fife. — Un appartement dans le château de Macduâf.

Entrent LADY MACDUFF, LE JEUNE MACDUFF son fils, et ROSS.

LADT HACDDFF.

Qu'avail-il fait qui l'obligeât à fuir de son pays ?

ROSS

Ayez quelque patience, mad.nme.

LADT MACDCFt.

11 n'en a point eu , lui : sa fuite est de la démence. A défaut de nos actes, nos frayeurs fontde nous des traitres.

BOSS

Vous ignorez s'il y a eu de su part sagesse ou frayeur.

LADT HACDDFF.

Sagesse I Laisser sa femme, laisser ses enfans, sa maison, ses titres, dans un lieu d'où lui-même il s'enfuit? Il ne nous aime pas; il est étranger aux affections de la nature ; le ehétif roitelet, le

MACBETH

dIus petit des oiseaux, défetid son nid et sa couvée contre le hibou. Tout est peur, rien n'est amour ni sagesse, dans une fuite aussi peu raisonnable.

ROSS

lUa chère cousine, gardez vos sermons pour vous-même; quant à votre époux, il est noble, sage, judicieux, et sait mieux que personne ce qu'il est convenable de faire. C'est à peine si j'ose en dire davantage; mais ce sont des temps bien cruels que ceux où nous sommes coupables sans nous en douter; où, sans savoir ce que nous avons à craindre, nos craintes nous font ajouter foi à ttaus les bruits; où nous flottons ballottés dans tous les sens sur une mer orageuse et courroucée. Je prends congé de vous ; je ne tarderai pas à revenir. Les choses sont au pis; il faut qu'elles finissent ou qu'elles reviennent à leur premier élut. — {Au jeune lUacduff.) Mon aimable petit cousin, que le ciel vous bénisset

LADT UACDDFF.

Il a un père, et il n'en a pas.

ROSS

Je serais insensé de rester plus long-temps ; ce serait consommer votre perte et la mienne; je vous quitte sans plus tarder.

II sort.

tADÏ MACnnFF.

Mon enfant, ton père est mort; que vas-tu devenir? comment vas-tu faire pour vivre ï

LE JEUNE MACDUFF

Comme les oiseaux, ma mère.

LADT UACDUFF.

Quoi! tu vivras de vers et de mouches?

LE JSBNE MACDOFF.

De ce que je trouverai, comme eux.

LADT UACDCFF.

Pauvre oiseau I Tu ne crains donc ni les filets, ni la glu, ni les trappes, ni le trébuchet 7

LE JEDME HACDUFF.

Pourquoi les craindrais-je, ma mêreî ce n'est pas pour les petits oiseaux que sont tendus ces pièges. Quoi que vous ea disiez , mon père n'est pas mort.

LADT MACDUFF.

Oui, il est mortt Que deviendras -tu sans pèreî

LE JEUItE UACDUFF.

Que deviendrez vous sans mari ?

LADY MACDUFF

Je puis en acheter vingt au marché.

LE JEUNE MACDUFF

Vous ne les achèterez donc que pour les revendre.

LADT MACDUFF.

Tu mets dans ce que tu dis tout ce que tu as d'esprit, et, en vérité, tu en as assez pour ton *ge.

LE JEUNE MACDUFF

Est-ce que mon père était un traître , ma mère 7

LADT MACDUFF.

Oui , c'en était un.

LE JEUNE MACDUFF

Qu'est-ce qu'un traître?

LADY MACDUFF

C'est un homme qui fait des sermens et les viole.

LE JEUNE MACDUFF

Et tous ceux qui font cela sont-ils des traîtres?

LADT MACDUFF.

Quiconque en agit ainsi est un traître, et mérite d'être pendu.

LE JEUNE MACDUFF

Faut-il donc pendre tous ceux qui jurcut et qui mentent 7

LADT MACDUFF.

Tous.

LE JEUNE MACDUFF

Et qui doit les pendre î

LADT UACDUFF.

Les honnêtes gens.

LE JEUNE MACDUFF

En ce cas, les menteurs elles parjures sont des imbéciles ; car il y a dans le monde assez de parjures et de menteurs pour battre les honnêtes gens et les pendre.

LADT MACDUFF.

Que Dieu te soit en aide, petit espiègle I mais comment feras-tu maintenant que tu n'as plus de père?

LE JEUNE MACDUFF

S'il était mort, vous le pleureriez; et si vous ne le pleuriez pas, ce serait signe que j'en aurais bientôt un autre.

LADY MACDUFF

Petit babillard! comme tu jases I

Entre DN MESSAGER.

LE MESSAGER

Que Dieu vous bénisse, noble dame; je vous suis inconnu, quoique je sache parfaitement qui vous êtes et le rang que vous tenez. Je crains qu'un danger immédiat ne vous menace : si vous voulez suivre l'avis d'un humble individu tel que moi, ne restez point ici; partez avec vos enfans. Il me semble bien dur de vous effrayer ainsi; mais ce serait une affreuse cruauté que de vous laisser en proie au péril redoutable qui est prêt à fondre sur vous. Que le ciel vous protège I je n'ose pas rester plus long-temps.

Lï Messager sort. ,

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

LADT HACDDFF.

Où fuirai-je? je n'ai pas fait de mal. Mais j'oubliais que je suis dans ce monde terrestre, où mal faire est souvent un mérite, et où faire le bien est réputé parfois une dangereuse folie. Pourquoi donc, hélast mettre en avant cette excuse de femme, que je n'ai point fait de mal?

Entrent DES ASSASSINS.

LADY UACCtiFF, Continuant.

3uels sont ces visages î

PREUIER ASSASSIN.

Où est votre époux?

lADY MACDDFF.

11 n'est pas, j'espère, en assez mauvais lieu pour y être trouvé par des gens qui te ressemblent. l'assassin.

C'est un traitre.

LE JECNE UACDDFF.

Tu mens, scélérat stupidel l'assassin.

Comment, avorton! graine de traître I 11 le poignarde.

LE JETINE UACDUFF.

Il m'a tué, ma mère : de grâce, sauvez-vous.

11 meurt ; lady Macduff s'enfuit en criant : Au menrl^eî etpo

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