‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 567 sur 633 · LE JEUNE SIWARD · texte numérisé non relu

LE JEUNE SIWARD

Le démon lui-même ne pourrait prononcer un nom plus abominable à mon oreille.

MACBETH

Ni plus terrible.

LE JEUNE SIWAHD.

Tu mens , tyran abhorré; mon épée va te le prouver.

Ilscombatlenl, le jeune Siward est tue'. HACBKTH.

Tu étais ne de la femme ; je me ris des épées, je me moque des armes brandies par des hommes nés d'une femme.

Il s'éloigne.

On entend le bruit du combat. Arrive M&CDUFF.

IIICDUFF.

C'est par ici qu'est le bruit. Tyran, montre ttt face; si tu as succombé sous d'autres coups que les miens, les ombres de ma femme et de mes eofans continueront ik me poursuivre. Je ne puis frapper les misérables dont tu as armé les bras mercenaires : c'est toi qu'il me faut, Macbeth ; siaOD, je remets dans le fourreau mou cpéc inu-

tile. Tu d-evrais être ici; le bruit que j'ai entendu annonçait un guerrier du premier ordre; fais-lemoi rencontrer, Fortune, et je ne te demande plus rien.

Il s'éloigne.

Arrivent MALCOLM et LE VIEUX SIWARD.

SIWARD

Par ici, seigneur; le château s'est rendu sans coup férir; les gens du tyran combattent dans l'un et l'autre parti ; les nobles thanes se conduisent bravement; la victoire n'est pas loin de se déclarer pour vous ; et il ne reste que peu do chose à faire.

HALCOLU.

Nous avons eu affaire à des ennemis dont les coups portaient à faux.

SIWARD

Seigneur, entrons dans le château.

Ils s'éloignent.

Béaient MACBETH.

MACBETH

Pourquoi ferais-je sottement le héros romain, et me donnerais-je moi-même la mort? Tant que j'aurai devant moi des vivans, j'aime mieux frapper sur leur personne que sur la mienne.

Revient MACDUFF.

MACDUFF

Tourne-toi, monstre infernal, tourne-toi.

MACBETH

Tu es de tous les hommes celui que je me suis le plus attaché à éviter ; mais retire-toi; je n'ai déjà que trop de ton sang, qui pèse sur mon ame.

MACDUFF

Je ne puis trouver de paroles : mon épée va te parler pour moi, monstre plus exécrable que la parole ne peut l'exprimer.

Ils combattent.

MACBETH

Tu perds ta peine. U ne t'est pas plus possible do me tirer du sang que d'imprimer sur l'air impalpable le tranchant de ton épée. Va frapper de ton glaive des têtes vulnérables; ma vie est protégée par nn charme contre lequel nul homme né de la femme ne saurait prévaloir.

MACDUFF

N'espère plus dans ce charme. Que l'ange que tu as servi jusqu'i ce jour t'apprenne que Macduff a été arraché avant terme du sein de sa mère.

MACBETH

Maudite soit la bouche qui me dit cola, car elle

MACBETH

vient de paralyser la meilleure partie de mon couragel Qu'on n'ajoute plus foi désormais à ces démons imposteurs qui nous égarent par des paroles à double sens, qui font entendre à notre oreille de flatteuses promesses et trompent notre espoir. — Je ne combattrai pas contre toi,

HACDUFF.

Rends-toi donc, lâche, et vis pour être donné en spectacle à la foule. Nous te ferons peindre sur une enseigne comme un monstre des plus rares , et au-dessous nous écrirons : « Ici on peut » voir le tyran. »

HÀCBBTH.

Hoi, me rendre pour baiser la poussière devant les pas du jeune Malcolm, pour être en butte aux exécrations de la populace ! Quoique la forêt de Birnam soit venue à Dunsinane, et que je t'aie pour adversaire, toi qui n'es pas né d'une femme, je lutterai jusqu'au bout. He voilà couvert de mon bouclier belliqueux. Frappe, Macduff, et damné soit celui qui criera le premier : u C'est assez : » arrête! »

ri: s'eloigneDt en combattant.

Retraite. Fanfares. Reviennent, à la tête de leurs troupes, tambours battans, enseignes déployées, M.\LCOLM, LE VIEUX SIWARD, ROSS,LÉNOX, ANGUS, CATHNESS, MENTETH.

MALCOLM

Veuille le ciel que ceux de nos amis qui nous manquent soient sains et saufs!

SIWIRD.

Nous devons en avoir perdu quelques - uns ; mais si j'en juge par ceux que je vois, nous n'avons pas payé trop cher une si grande victoire

MALCOLM

Il nous manque Macduff et votre noble fils.

KOSS.

Votre fils, seigneur, a payé la dette du guerrier : il n'a vécu que le temps nécessaire pour devenir homme; à peine son courage a-t-il prouvé ses droits à ce titre, au poste où il a combattu de pied ferme, qu'il est mort en homme.

SlWARn.

Il est donc mort ?

BOSS

Oui , et on l'a emporté du champ de bataille ! Vciire douleur ne doit point être mesurée à son mérite: car alors elle serait sans fin.

.SIWAKD.

A-t-il reçu ses blessures par devant I

ROSS

Oui, par devant.

SIWARD

Eh bien donc ! qu'il soit le soldat de Dieu I quand j'aurais autant de fils que j'ai de cheveux, je ne leur souhaiterais pas une plus belle mort. Voilà son glas sonné.

MALCOLM

II mérite plus de regrets et les larmes, et il les aura de moi.

SIWARD

Il n'en mérite pas davantage; on dit qu'il a fait une belle mort, el qu'il a payé sa dette! Ainsi , que Dieu soit avec lui I — Voici venir de nouveaux sujets de consolation.

Revient MACDUFF, portant la tête de Macbeth au bout d'une lance.

MACDCFF.

Salut, roi ! car tu l'es. Vois l'exécrable tête de l'usurpateur: l'Ecosse est libre; je te vois entouré de la fleur de ton royaume ; tous au fond de leur cœur te saluent du même nom que moi ; que leurs voix s'unissent à la mienne, et qu'ils crient avec moi : a Salut, roi d'Ecosse! » loas.

Saint, roi d'Ecosse I

Fanfares.

HALCOLM.

Nous ne laisserons pas s'écouler un long terme avant de compter avec vos dévouemens , et de nous acquitter envers vous. Thanes el seigneurs de mon sang, dès aujourd'hui soyez comtes, les premiers que l'Ecosse ait vus honorés de ce titre. Quant aux autres actes que réclament les circonstances, tels que le rappel de nos amis exilés qui ont fui pour échapper aux pi^^ges d'une tyraunie ombrageuse, el la mise en jugement des cruels ministres de ce bourreau sanguinaire et de son infernale épouse, quia, dit-on, mis fin à ses jours par une mort violente, toutes ces mesures, et toutes celles qu'il sera nécessaire de prendre, avec l'aide de Dieu, nous y procéderons progressivement et en temps et lieu. Sur quoi, nous vous rendons grâces à tous et à chacun , et nous vous invitons à venir à Scône, assister à notre couronnement.

Fanfares. Ils s'éloignent.

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