R£NT
Non, seigneur ; mais vou.s avez dans la physionomie quelque chose qui me donne envie de vous avoir pour maître.
LEAR
Qu'est-ce que c'est?
KENT
Le cachet de l'autorité.
LEAR
Quels services peux-tu rendre ?
KEXT.
Je puis garder fidèlement un secret, monter à cheval, courir, gâter une bonne histoire en la racontant, et délivrer sans façon un message facile ; je suis bon pour tout ce dont un homme ordinaire est capable, et ma meilleure qualité, c'est la diligence.
LEAR
Quel est ton âge?
' Allusion 'a une cxprifssion proverbiale sous le règne i'Klisabelli: « Cest un honnêle homme; il ne mange
ptts d<- poisson le vendredi; » c 'esl-'j-<Iire ; « // n'est poiitl papisle » (Kolr du Inldncleii, .)
Je ne suis ni assez jeune pour m'amourachcr d'une femme à cause de son chant, ni assez vieux pour raffoler d'elle sans raison: j'ai quarante-huit années sur la télé. ^
LEAR
Suis-moi; je te prends â mon service; si tu ne me déplais pas plus après diner qucmainienaui, nous ne nous quitterons pas de sitôt. — Le dincr I holà! le diner I — Où est mon follet? mon bouffon ? Qu'on aille chercher mon bouffun.
Entre L'INTENDANT.
L ISTENDANT
Avec votre permission, —
Que dit ce drôle ? rappelez ce bélitre. — (Un chevalier sort.) Où est mon fou? holà! — Est-ce que tout le monde dort? — (Le chevalier rentre.) Eh bien, où est ce butor?
LE CBEVALIER.
Sire, il dit que votre fille est indisposée.
LEAR
Pourquoi le coquin n'est-il pas revenu sur ses pas quand je l'ai appelé?
LE CUEVALIER.
Sire, il m'a déclaré tout net que cela ne lui convenait pas.
LEAR
Que cela ne lui convenait pas?
LE CHEVALIER
Sire, je ne sais ce qui se passe; mais, autant que j'en puis juger, votre majesié n'est pas traiice avec le même respect et la même affection qu'autrefois; on remarque un grand refroidissement non seulement parmi les gens du palais, mais dans le duc lui-même et dans votre fille.
LEAR
Ah ! lu crois?
LE CHEVALIER
Je prie votre majesié de vouloir bien m'excuscr si je me trompe ; mais mon dévouement ne saurait garder le silence quand je crois m'apercevoir qu'on ne se conduit pasavec votre majestécomme on le devrait.
LEAR
Tu me remets en mémoire une observation que j'avais faite moi-même ; j'ai remarqué depuis peu beaucoup d'indifférence et de froideur; maisj'aimais mieux en accuserma susceptibilité jalouse que d'y voir le résultat d'une malveillance préméditée; il faut que j'examine la chose de plus près. — Mais où est mou fou? voilà deux jours que je ne l'ai vu.
LE CHEVALIER
Depuis que notre jeune maîtresse est partie pour la France, le fou a donné des signes d'une
prof.inrlc nlfllclion.
MAGASilN THEATIVAl, ETIVANCER.
Ne parlons pas de cela; je m'en étais aperçu. — {A l'un de ses chevaliers.) y oas, allez diie à ma fille que je veux lui parler. — {A «n autre.) Vous, allez me chercher mon fou.
Les deux Cbeviuers sortent.
fifiitcc L'INTENDANT.
LEAR, continuant.
\h ; vous voilà, monsieur le drôle? Approchez I Que suis-je à vos yeux ?
l'intendant Le père de ma maîtresse.
LEAR
Le père de ta maîtresse I bélitret butor! animal !
l'intendant.
Je ne suis rien de tout cela, seigneur ; permettez-moi de vous le dire.
LEAR
Tu oses me regarder en face, insolent 1
11 le frappe.
l'intendant.
Je ne souffrirai pas qu'on me frappe, seigneur . KENT, lui donnant le croc en jambe, el le faisant tomber.
M qu'on te donne le croc en jambe, méchant jouirur de ballon.
LEAR
Ami, je te remercie ; tu me sers bien, et je t'aimerai.
KENT, à l'Intendant.
Allons, lève-toi et décampe ; je t'apprendrai à ttînir ta plare ; va-t'en, va-t'en; si tu veux prendre de nouveau la mesure de la solte personne, tu n'as qu'à rester; mais tu feras mieux de partir; crois-moi, c'est le parti le plus sage.
Il le pousse dehors.
LEAR
Mon bon ami, je le suis bien obligé; voilà pour payer ce service.
Il Junneile l'arsenl i Kent.
Entre LE BOUFFON.
LE BOUFFON
Il faui aussi que je le récompense. — {A Kent, i!i lui prisentuni son bonnet.) Tiens, voilà mon bonnet de fou.
Eh bien, mon enfant, comment te portes-tu?
LE BOUFFON, a Kent.
Mon cher, je te conseille de prendre mon bonnet.
LEAK.
Pourquoi «loDC, mon enfant?
LE BOUFFON, à Kent.
Parce que tu te mets au service d'un homme tombé dans la disgrâce, je t'avertis que si tu ne sais pas sourire selon que soufUe le vent, tu auras bientôt attrapé un rhume ; tiens, prends mon bonnet. Cethomme queiu vois s'est aliéné pour jamais deux de ses filles, et a rendu malgré lui service à la troisième; si tu t'attaches à ses pas, il faut que tu portes mon boauet. — Comment va mon oncle? Que n'ai-je deux bonnets et deux filles!
Pourquoi, mon enfant?
LE BOUFFON
S'il m'arrivait de leur donner tout mon bien, je garderais pour moi les deux bonnets de fou: tiens, prends toujours le mien; tu en demanderas un second à tes filles.
LEAR
Mon cher, gare les étrivières!
LE BOUFFON
La vérité est un chien qu'un renvoie du chenil; on vous la chasse à coups de fouet, pendant que la chienne favorite étale au coin du feu sa puante personne.
LEAK.
Voilà un trait pénétrant et qui s'adresse à moi,
LE BOUFFON
Si tu veux, je te dirai un couplet.
LEAR
Voyons.
LE BOUFFON
Écoute bien, mon oncle.
.Avoir autant qu'il se pourra Plus d'étoffe que d'apparence , Moins de babil que de science , Prêter moins qu'en sa bourse on n'a; A£n de faire feu qui dure
Sav
agers
Apprendre be.
Prude
tjo
Lai
ssersa bouteille et
sablont
Al
maison s
tenir c
oi ;
Me
cbers am
s, voili
de quo
Se
irer d'affa
reenc
> mond
KENT
Tout cela et rien c'est la même chose, fou.
LE BOUFFON
En ce cas, c'est comme l'éloquence d'un avo cat sans honoraires ; tu ne m'as rien donné eu retour; ne pourrais-tu, mon oncle, tirer quelqu.; parti de rien?
LEAK.
Non, mon enfant, on ne peut rien faire de rien.
LE BOUFFON, à KcM.
Dis-lui, je te prie, que c'est justement à quoi se monte le revenu de ses terres; dis-le-lui, toi, car il n'en voudrait pas croire un fou.
LIIK,
Tu es un fou méchant I
LE BOUFFOn.
Sais-tu, mon cher, quelle est la différence entre un fou méchant et un fou bon diable?
LEAR
Non, mon enfant; apprends-moi cela
LE BOtjrroN.
Celui dont l'insolence Te conseilleaujourd'bui D'abdiquer ta puissance.
Qu'il vienne ici.
Ou prends sa place à lui.
Par un contraste aimable, Aussitôt l'on verra,
(Se désignant du doigt.) Ici, le fou bon diable,
(Montrant Lear.) El le fou mëchaot, — là.
LEAR
Est-ce que tu m'appelles fou, mon enfant?
LE BOUFFON
Tu as abdiqué tous les autres titres que tu tenais (le ta naissance.
KENT
Voilà un gaillard qui n'est pas si fou qu'il le parait, monseigneur.
Non, ma foi; c'est un mélierdont les seigneurs et les grands ne veulent pas me laisser le privi- .ége. Si j'avais le monopole de la l'olie, ils voudraient en avoir leur pari; il n'est pas jusqu'aux dames qui ne me disputent mon rôle et n'empiètent sur mes aitributions. — Mon oncle, donnemoi un œuf, et je le donnerai deux couronnes",
LEAR
Quelles sont ces deux couronnes que tu me donneras?
LE BOUFFON
Je prendrai un œuf que je couperai parle milieu, puis je mangerai le jaune et je le donnerai le blanc, ou les deux couronnes de l'œuf. Quand lu as partagé en deux moitiés ta couronne, et que tu les as données l'une et l'autre, c'est comme si, dans un chemin plein de boue, tu avais porté ton àne sur ton dos. Il y avait bien peu de cervelle sous la couronne chauve qui recouvre ton crâne, lorsque tu as fait l'abandon de ta couronne d'or. Si ce que je dis maintenant est d'un fou, qu'on donne les étrivières au premier qui sera de cet avis.
I.'anne'e aux fous ne fut jamais plus dure; Les sages les onl remplaces ; De leur esprit embarrassés, Ils font, n.a loi, sotte figure.
LEAR
Depuis quand es-tu si en train de chanter, mon enfant?
LE BOCFFUN.
Depuis que de tes lilles tu as fait les mères;
' En Anglelerre, unécu docinqschclliiigss'jppelleuue couronne. (Note du traducteur.)
car, le jour où, leur mettant les verges dans la main, tu t'es humblement soumis à leur correction, ce jour là
Elles ont pleuré d'allégresse; Kt moi, le cœur gros de tristesse.
De douleur, bêlas I j'ai chante', En voyant ce roi si vanté Mettre sa raison en goguette, Et jouer ^ cligne-musette.
Je t'en prie, mon oncle, donne i ton fou un maître qui lui enseigne à mentir; je voudrais apprendre à mentir.
LEAR
Si tu mens, mon cher, nous te ferons fouetter.
LE BOUFFON
Il existe entre toi et tes filles une conformité merveilleuse: elles veulent mefaire fouetter quand je dis la vérité, toi, quand je mens; et parfois aussi or. me fouette quand je ne dis rien Je préférerais toute autre destinée à celle de fou, et cependant, je ne voudrais pas de la tienne, mon oncle, tu as rogné ton intelligence par les deux bouts, sans rien laisser au milieu : voici venir l'une des rognures.
Entre GONERIL.
Eh bien, ma fille, pourquoi ce visage sombre? Je te trouve depuis quelque temps l'air singulièrement morose.
Tu étais un heureux mortel, quand il pouvait t'étre indifférent qu'elle fùi gaie ou trisie; maintenant, tu n'es plus qu'un zéro sans valeur ; je suis plus que toi : je suis un fou, tu n'es rien. — (A Goneril.) Oui, allons, je vais me taire. Je lis cet ordre sur votre visage, sans que vous ayez besoin de parler. Bouche close I
Celui qui, gaspillant sa vie, ^'a garde ni croule ni mie, Je vous le dis, un jour viendra Que de la faim il souifrira.
(Montrant Lear.) Cet homme-lâ n'est plus qu'une cosse vide.
GONERIL
Seigneur, non seulement votre fou, à qui loui est permis, mais tous ceux qui font partie de votre suite insolente, ne cessent de soulever des discordes et des querelles, et se livrent à de coupables et intolérables désordres; seigneur, je croyais qu'il suffirait de vous faire connaître cet état de choses pour qu'il y fût mis un lerme ; mais si j'en juge par votre langage et vos acte» récens, j'ai tout lieu de craindre i|ue vous n'encouragiez ces méfaits et ne les couvriez de votre protecllou. Si cela était, vous n'échapperiez pas i notre juste réprobation, et le remède ne se lerait pasalieodre, remède dont l'application, dans l'état régulier de
IMAGASIP^ THEATKAL ETRANGER.
voire intelligence, serait injurieuse et offensante, mais qui, justifiée parla nécessité, ne serait plus qu'une mesure de prudence.
LE BOUFFON
Car vous savez, mon oncle,
Le moineau tantdonoa la becque'e aux coucous, Qu'à la fin sous les coups De l'ingrate couvce 11 eut la cervelle enlevée.
Si bien que la chandelle s'est éteinte, et que nous sommes restés dans les ténèbres.
LEAR
Étes-vous ma fille?
GONSRIL.
Je désirerais que vous voulussiez bien faire usage de la provision de bon sens dont je vous sais suffisamment pourvu, et vous défaire de ces bizarres humeurs, qui, depuis peu, vous rendent méconnaissable.
LE BOUFFON
Un âne ne saurait-il distinguer quand c'est la charrue qui tire les bœufs?
LEAK.
Quelqu'un me reconnait-il ici? Je ne suis pas Léar. Est-ce ainsi que Lear marche? est-ce ainsi qu'il parle? où sont ses yeux? Il faut ou que sa raison soit affaiblie, ou que ses sens soient frappés d'incapacité complète. Moi éveillé: cela n'est pas. Qui peut me dire qui je suis?
LE BOUFFON
L'ombre de Lear.
LEAB.
Je voudrais le savoir; car si j'en juge par ces 'nsignes de la souveraineté, si je m'en rapporte au témoignage de ma raison, je crois avoir des filles ; et cependant c'est une erreur.
Tes filles feront de toi un père obéissant.
LEAIt.
■Votre nom, belle dame!
GONEIUL.
Cet ébahissement, seigneur, est du même calibre que vos autres boutades récentes. 'Veuillez, je vous prie, nie bien comprendre : vous êtes vieux et vénérable, vous devriez aussi être sage : vous conservez ici à votre suite cent chevaliers ou écuyers qui ont porté si loin leurs désordres, leurs débauches et leur impudence, que notre cour, souillée par leur présence impure, ressemble à une biitelleric plongée dans une immense orgie; la crapule et le libertinage en font une taverne et une maison de prostitution plutôt que la résidence d'un roi. Les choses en sont arrivées à un tel degré d'infamie, qu'une prompte réforme est urgente : je vous invile donc, si vous ne voulez que je prenne ce qu'on m'aura refusé, à réformer une partie de votre suite; cl que ceux que vous conserverez à votre service soient des gens qui conviennent à votre âge , qui sachent se connaître, et vous respecter.
Enfer et ténèbres 1 —Qu'on selle mes chevaux, qu'on rassemble ma suite. — Dégénérée bâtarde! je ne t'importunerai pas; il me reste une fille.
CONEBIL.
Vous frappez mes gens, et votre soldatesque effrénée prétend donner des ordres à ses supérieurs.
LEAB.
Malheur à qui se repent trop tard !
Entre LE DUC D'ALBANIE.
LEAR, continuani, au duc d'Albanie.
Ah! vous voilà, seigneur! est-ce votre volonté qu'il en soit ainsi? parlez, seigneur. — Qu'on prépare mes chevaux. — Ingratitude, furie au cœur de marbre, plus hideuse quand tu te montres dans un enfant, que les monstres de la mer.
ALBANIE
De grâce, seigneur, modérez-vous.
LEAR, à Goneril.
Abominable harpie 1 tu mens. Les gens de ma suite sont des hommes choisis et bien élevés, qui savent remplir tous leurs devoirs, et dont la conduite est irréprochable. -Oh! comment une faute légère de Cordélie a-t-elle pu me paraître impardonnable au point de déplacer mes affections de leur siège habituel , comme aurait pu faire un levier, pour exiler de mon cœur la tendresse d'un père, et lui substituer le fiel de la haine? [Se frappant le front.) 0 Lear, Lear, Lear! frappe cette porte qui a laissé entrer ta démence et sortir ton bon sens \-{Àsa suite.) Allez , mes gens, allez 1
ALBANIE
Seigneur, j'ignore le motif de votre colère, et j'en suis totalement innocent.
LEAB.
C'est possible, seigneur. — Entends-moi, nature , entends-moi; exauce mon vœu, divinité chérie ! si tu te proposais de rendre cette créature féconde, suspends tes desseins ! mets la stérilité dans ses flancs, neutralise en elle les organes de la maternité, et que de son corps flétri il no naisse jamais un enfant qui l'honore! S'il lui arrive d'être mère, que le fils qu'elle mettra au jour, pétri de fiel et de perversité, devienne le tourment de sa vie ! qu'il sillonne dérides son jeune front, qu'il imprime sur ses joues creusées la trace de ses pleurs incessans, qu'il rie des douleurs de sa mère, et paie en mépris ses bienfaits, afin qu'elle apprenne par sa propre expérience que la morsure d'un serpentent moins cruelle que la douleur d'avoir un enfant ingrat! — Partons,
partons! ,,
■^ I! sort.
AI BANIE.
Dieux que nous adorons, d'où provient tout ceci?
GONERIL
Ne vous tourmentez pas pour en savoir davan-
LE ROI LEAll.
Uge, et laissez bre carrière aux boutades d'un vieillard insensé.
Quoil cinquante de mes chevaliers supprimés à la fois! au bout de quinze jours!
;IIBANIE.
Qu'y a-t-il, seigneur?
LEAR
Je vais vous le dire. — (A Gonerit.) Malédiction I je rougis de ma faiblesse. Faut-il que tu aies la puissance d'émouvoir à ce point ma fermeté d'homme, et de faire couler ces larmes brûlantes qui m'échappent malgré moi, et dont tu es indigne?— Que les brouillards infects et les vents homicides fondent sur toi ! que les flèches incurables de la malédiction d'un père te percent de part en part ! — 0 mes yeux , qu'un sot attendrissement vient mouiller , qu'il vous arrive encore de verser des larmes pour un pareil objet, et je vous arrache de mes propres mains, et vous envoie, vous et vos pleurs, humecter la terre endurcie. — Voilà donc où j'en suis réduit? Ah I n'importe! il me reste encore une fille. Celle-là, j'en suis sur, est bonne et compatissante; quand elle apprendra ta conduite, elle déchirera de ses , ongles ton visage inhumain. Tu me verras reparaître sous mon aspect d'autrefois, toi qui t'imagines que je l'ai dépouillé pour toujours.
Leak sort avec sa suite; Kent l' accompagne,
G0NEHIL.
L'avez-vous entendu?
ALBANIE
Malgré tout l'amour que je vous porte, Goneril, je ne saurais être injuste au point, —
GONERIL
De gf.îcel soyez tranquille. — Holà, Oswald! — [Au Bouffon.) Toi, drôle, coquin plus rusé que tu n'es fou, suis ton maître.
LE BOl'FFON.
Mon oncle Lear, mon oncle Lear, attends-moi, emmène ton fou avec toi.
Un renard pris au picge, une fille semblable. Auraient leçu bientôt une liarl pour cadeau, Si pour payer la corde secourable il ne fallait que mon chapeau.
Voilà un homme bien conseillé, ma foi! — Cent chevaliers! — Est-il politique, est-il prudent de lui laisser conserver auprès de lui cent chevaliers armésde pied en cap, afin qu'au moindre caprice, à la moindre lubie, au plus léger motif de plainte, à la première chose qui lui déplaira, il puisse abriter derrière eux sa vieillesse imbécile, et tenir nos vies à sa merci. — Holà I Oswald !
AIBINIE.
Vous poussez, je crois, vos craintes trop loin.
GONERIL
Cela est plus prudent qu'un excc* de ;éi(:;i!
J'aime mieux tcarlnr le.^ dangers que je crains, que d'avoir à craindre ti>ujour.s. Je connais le fond de sa pensée; ce qu'il vli^nt de dire là, je l'ai déjà mandé à ma sœur ; si elle lui donne asile à lui et à SCS cent chevaliers, après que je lui en ai montré tous les inconvéniens, —
Entre L'INTENDANT.
GONERIL, conltnuant .
Eh bien, Oswald, ;is-tu écrit à ma sœur la lettre en question?
l'intendant.
Oui, madame.
GONERIL
Prends avec toi une escorte, et monte sur-lechamp à cheval : informe ma sœur dans le plus grand détail de mes motifs de crainte, et appuieles de toutes les raisons que lu pourras trouver. Pars, et presse ton retour.
L'Intendant son.
GONERIL, continuant.
Non, non, seigneur, celle excessive douceur qui marque votre conduite, je ne la désapprouve pas; cependant, permettez-moi de vous le dire, votre défaut de prudence est beaucoup plus blâmable que votre inoffensible douceur ne mérite d'éloges.
ALBANIE
Jusqu'où s'étend la portée de votre vue, c'est ce que j'ignore; souvent nous gâtons ce qui est bien en voulant l'améliorer.
GONERIL
Cependant,—
ALBANIE
Soit! attendons l'événement.
Ilssorlenl.