‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 81 sur 633 · I.E ROI BEKRI · texte numérisé non relu

I.E ROI BEKRI

Arrête, et reprends haleine un moment : tu as réhabilité ta réputation perdue; et dans le secours opportun que tu vien» de me prêter, tu as montré que tu faisais quoique cas de ma vie.

LE pniNCE HENRI.

0 cietl rombien ils m'ont calomnié, ceux qui ont dit que je soupirais après votre mort! s'il en était ainsi, je n'avais qu'à laisser faire le bras insolent de Douglas déjà levé sur vous ; il aurait GOnsommc votre fin aussi promptement que toutes les potions empoisonnées du monde, et aurait épargné un crime à votre fils.

LE ROI HENRI

Va rejoindre Clifton ; je vole au secours de Nicolas Gawsey.

Le Roi Henri s'éloigne.

Arrive HOTSPUR.

HOTSPDR.

Si je ne me trompe, tu es Henri Monmouth?

LE PRINCE nENRI.

On dirait, à t'entendre , que je suis disposé à renier mon nom.

HOTSPCR.

Mon nom est Henri Percy.

C'est celui d'un vaillant rebelle. Je suis le prince de Galles, et ne crois pas, Percy, que tu resteras plus long-temps mon rival de gloire. Deux étoiles ne peuvent se mouvoir dans la même sphère, et l'Angleterre ne saurait subir un double règne, celui d'Henri Percy et celui du prince de Galles.

HOTSPDR.

Cela ne sera pas non plus, Henri ; car l'heure est venue où l'un de nous doit finir; et plût à Dieu que ton renom guerrier fut maintenant aussi grand que le mien 1

LE PRIHCE HENRI.

Je l'agrandirai avant de me séparer de toi; et tontes les palmes qui fleurissent sur ta tête, je vais les moissonner pour en parer la mienne.

HOTSPOR.

Je ne puis endurer plus long-temps tes bravades, lis combatteat.

Arrive FALSTAFF.

Bravo, Henri! courage, Henri l — Obt t» iD ^

cravo, neiiiii cuuiugi:, ucuin — \/u » v»\ i, .. ^ :>peeil dit que rei

trouveras pas ici un jeu d'écolier, je l'en riponéj), j iu traducteur.)

Arrive DOUGLAS : il attaque FaUlnff, qui »e jette à terre et contrefait lemorl, puis DocGhiiat'elvi' gne; Hotspur eu blesse et tombe.

0 Henri, tu m'as ravi ma jeunesse ; ce que je regrette, c'est moins cette vie fragile que je perds, que ces titres glorieux que tu as conquis sur moi. Voilà ce qui blesse ma pensée plus douloureusement que ton épée n'a déchiré mes chairs. Mais la pensée est l'esclave de la vie, et la vie est le jouet du temps, et le temps lui-même, qui voit devant lui passer l'univers, doit finir un jour. Oh! je pourrais prophétiser l'avenir, si la main pesante et glacée de la mort n'enchaînait ma langue. Non, Percy, tu es poussière, et la pâture —

LE PRINCE HENRI

Des vers, brave Percy. Adieu, cœur magnanime! ambition mal lissue , combien te voilà rétrécie! quand la vie animait ce corps, un royaume était pour lui un espace trop étroit; mais maintenant deux enjambées de la terre la plus vile lui suffisent. Cette terre sur laquelle tu es gisant ne compte pas, parmi les vivans qu'elle porte, de guerrier aussi intrépide que toi. Si tu pouvais entendre mes éloges, je ne te prodiguerais pas ces témoignagesde mon admiration. [Ildélnche son écharpe et lui en couvre la figure.) Permets que mon écharpe couvre tes traits défigurés ; et je m'honore de payer à tes mânes ce tribut légitime de mon affection. Adieu! que ta gloire te suive dans le ciel! que l'humiliation de ta défaite dorme avec toi dans la tombe, mais qu'elle ne soit point rappelée dans ton épitaphe. ( Il aperçoit Falstaff Étendu par terre.) Eh quoi! mon vieux camarade! cette énorme masse de chair n'a-t-elle pu conserver un peu de vieî Pauvre John, adieu! la perte d'un homme meilleur me ferait moins faute. Oh 1 ton absence me laisserait un grand vide, si j'étais fortement épris de ce qui est sans valeur. Dans cette lutte sanglante la mort a immolé de plus nobles victimes, mais elle n'a point abattu de plus grasse proie. — (Se tournant vers le cadavre ^ de Percy.) Sous peu, je te ferai embaumer; jusque là, mou noble Percy, reste étendu dans toii^ sang.

FALSTAFF, sc relevant avec lenteitr.

M'embaumer I Si tu m'embaumes aujourd'hui, je te permets de me saler demain et de me manger ensuite. Par la sangbleu, il était temps de contrefaire le mort, ou cet Écossais brutal m'aurait, donné mon compte.

• Siiakspeare a cru devoir faire périr Hotspur par U i main du prince de Galles ; mais rien dans l'histoire n'ai>> lorise cette supposition. On lit dans Holinshed : «i C« >> jour-là, le roi tua de sa main lrenlc-«il ennemis ; ses, »> soldats, encourage's parson exemple, combattircnl vailn lamment, et luircnl lord Percy , surnomme Hotspur.» Speed dit que Percy fut tuëpar une main inconnue, (tfpl*

HENRI IV

Que di»-jei contrefaire? je mens, tout est réel moi : c'est la mort qui est une illusion, la vie ! une réalité; l'homme qui ne vit pas n'est qu'un sin-ulacre d'homme; mais contrefaire le mort afin de vivre, ce n'est [las contrefaire. c'e5t vivre delà vie réelle, ta prudence tient une place importante dans la valeur : c'est à l'aide de cette portion précieuse que j'ai sauvé ma vie. Diable! j'ai peur de ce salpêtre de Pcrcy, tout mort qu'il est. Si sa mort aussi n'était qu'une feinte, et s'il allait se relever! je crains bien que des deux morts ce ne lût lui qui eût le dessus ; je vais le mettre hors d'i'tat de nuire, et puis je jurerai que je l'ai tué. Pourquoi ne pourrait-il passe relever aussi bien que moi ? Un témoin oculaire pourrait seul me démentir, et personne ne me voit; c'est déridé. Allons, camarade, encore cette blessure dans la cuisse, et viens avec moi.

II porlc h Hotspur iin roup J'r'pce.el le cli:»r°C' sur son dos.

Revient I.E PRINCE IIENRI accompagné du PRINCE JEAN.

LE PRIKCE HENRI.

.Allons, mon frère, tu as bravement étrenné ton épée vierge encore.

IB PKISCE JE*S.

Doucement I Que vois-je li? ne m'aviez-vous nas dit que ce gros homme était tué?

LE PRINCE HENRI

Oui; je l'ai vu mort, étendu sans vie et sanglant sur la poussière. — (Â Fatstaff.) Es-tu

ivant? ou n'est-ce qu'une illusion de mes sens? :c t'en prie, parle; que le témoignage de nos

.reilles confirme celui de nos yeux. Tu n'es pas

e que tu semblés.

FALSTAFP.

Kon, très-certainement; je ne suis pas un homme louble*; mais si je ne suis pas John Falstaff, prenez alors que je ne suis qu'un sot. (Jetant le cadavre à terre.) Voilà Percy; si votre père veut ■ne conférer quelques honneurs, soit ; sinon, qu'il tue lui-même le premier Percy qui se présentera. Je m'attends à être fait comte ou duc, je vous en donne ma parole.

LE PRINCE HENRI

Commenti mais c'est moi-même qui ai tué Percy; et toi, je t'ai vu mort.

PÀLSTAFF.

Vous l'avez tué? Comment peut-on mentir à ce point? je conviens que j'étais étendu à terre, et -ans haleine. Il en était de même de lui; mais nous nous sommes relevés en même temps, et nous «ommes battus une grande heure i. l'borloge de îhrewsbury. Si l'on me croit, à la bonne heure; «inon, que ceux dont le devoir est de récom-

■ C'Mt-i-Jirc, je ne suis pasFalslaff et Percy tout eo -sçmblc , Lien qu'ayant Percy sur mon dos, je paraisse double. {Note du traducteur.)

penser la valeur, aient sur leur conscience ce péché d'ingratitude. Je soutiendrai jusqu'à la mort que je lui ai fait cette blessure dans la cuisse- si l'homme était encore en vie, et qu'il osât me démentir, je lui ferais avaler la moitié de la lame de mon épée.

LE PRINCE JEAN

Voilà la plus étrange histoire que j'aie jamais entendue.

LE PRINCE HENRI

Mon frère, vous saurez que c'est le plus étrange drôle qu'il y ait au monde. — (4 Falstaff.) Allons, porte sur ton dus u noble charge. Pour ce qui est de moi, si un mensonge peut t'étre bon à quelque chose, je l'habillerai des meilleures couleurs que je pourrai trouver. [On entend sonner la retraite.) Les trompettes sonnent la retraite; la victoire est â nous. Viens, mon frère; allons sur le point culminant du champ de bataille, afin de voir quels des nôtres sout vivans, et quels sont morts.

Le prince Henri et le piunce Jean i'i'loigneni.

FALSTAFF, SCUl.

Je vais les suivre pour demander ma récom pense. Celui qui me récompensera, que Dieu le lui rende! Si je deviens grand, je deviendrai moins gras -, car je me purgerai ; je renoncerai à la bouteille et vivrai décemment, comme doit vivre un gentilhomme.

Il s'cloignu en emporlanl le corps d'HoUpur.

Page 1