DE MYSIS ET DE ZARÂ
ROMAKCB.
Écoutez Fhistoire Du beau Mysis et de Zara :
Jamais leur mémoire Chez les amants ne périra.
Venez tous m'entendre , Vous que Tamour daigne inspirer ;
Quand on est bien tendre On a du plaisir a pleurer.
L* Amour, dès renfàncc , Venoit badiner avec eux ;
n fbrmoit leur danse , Et présidoit à tous leurs jeux :
Mais ce badinage Ne servoit qu'à les enflammer ;
Au matin de Tâge Tous deux déjà savoient aimer.
L'ardente jeunesse Est l'âge brillant des amours ;
DIVERSES. 35i
La plus douce ivresse Marqua la printemps de leurs jours ;
Leur ame ravie Se confbndoit a tout momeat,
Et toute leur vie N^étoit plus qu'un enchantement.
De riants mensonges Les amusoient dans leur sommeil ;
Toujours quelques songes Leur fàisoient craindre le réveil ;
La naissante aurore Voy oit Zara près de Mysis ;
Et la nuit encore Les trouvoit toujours réunis.
Voilà cette plaine Où le matin Zara cbantoit ;
Voila la fontaine Où le soir Mysis Fattendoit.
Ce bocage sombre Vit naître leurs premiers soupirs ;
Ce bois , sous son ombre , Gacba leurs innocents plaisirs.
Qui pouvoit prédire Le changement d*un sort si beau?
L'Amour qui soupire Va donc éteindre son flambeau.
Hélas ! THyménée
AUoit bientôt les couronner :
Heure fortunée . Que vous êtes lente à sonner !
Cétoit donc la veille De ce jour, de cet heureux jour,
Que Mysis s'éveille ; Avec lui s'éveille l'Amour.
Le ciel sans nuage Etoit mille fois plus serein.
Amour, quel présage Peut désormais être certain?
Au fond d'un bocage Zara devoit trouver Mysis :
La belle , peu sage , L'avoit dit au berger Tharsîs ;
Par une imposture Il surprit ce secret &tal :
Cet ami parjure De Mysis étoit le rival.
Pour mieux la surprendre , Tharsîs dans le bois se cacha :
La belle , trop tendre , Crut voir Mysis , et s'approcha.
Le soleil à peine Répandoit un peu.de clarté ,
Et l'ombre incertaine Aidoit a la témérité.
G est donc vous, dît-elle, Vous , mon amant dès le berceau !
Ma flamme fidèle M'animera j usqu'au tombeau .
Oui , je veux t'y suivre ; Rien ne pourra nous séparer :
Pour toi je veux vivre , Avec toi je veux expirer.
Bergère insensée , Mysis t'écoute avec borreur ;
Son ame oflRensée Se livre entière à la fureur :
Un trait vole et frappe ; Quel cri suit ce trait inbumain !
Dieux ! Tbarsis s'écbappe , • Et Zara sent percer son sein.
C'est toi qui me tue ; Mais je pardonne à ta fureur :
Mon ame éperdue T'aime jusque dans ton erreur.
Conserve la vie ; Hélas ! je la perds sans retour;
Tu me l'as ravie , Mais c'est la faute de l'Amour.
D'une voix mourante Zara iàit ainsi ses adieux; Et son ame errante
Beikis. 23
N'anime plus que ses beaux yeux.
O douleur mortelle !
Mysis se frappe au même instant,
Et perce auprès d'elle Un cœur qui fiit toujours constant.
Un tombeau s'élève ; Les Grâces le couvrent de fleurs :
L'Amour, qui l'achève , En partant l'arrose de pleurs.
Ils sont donc ensemble , Ces bergers , ces amants par&its :
Une urne rassemble Leurs cœurs percés des mêmes traits.
Bergères fidèles , Témoins du sort de ces bergers,
Plus vous êtes belles , Et plus vous courez de dangers.
Craignez de vous rendre Au cbarme d'un penchant trop doux :
L'amant le plus tendre Devient bientôt le plus jaloux.