‹ Œuvres du cardinal de Bernis ... Collationnées sur les textes des premières éditions, et classées dans un ordre plus méthodiqueChapitre 64 sur 96 · DE MYSIS ET DE ZARÂ · texte numérisé non relu

DE MYSIS ET DE ZARÂ

ROMAKCB.

Écoutez Fhistoire Du beau Mysis et de Zara :

Jamais leur mémoire Chez les amants ne périra.

Venez tous m'entendre , Vous que Tamour daigne inspirer ;

Quand on est bien tendre On a du plaisir a pleurer.

L* Amour, dès renfàncc , Venoit badiner avec eux ;

n fbrmoit leur danse , Et présidoit à tous leurs jeux :

Mais ce badinage Ne servoit qu'à les enflammer ;

Au matin de Tâge Tous deux déjà savoient aimer.

L'ardente jeunesse Est l'âge brillant des amours ;

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La plus douce ivresse Marqua la printemps de leurs jours ;

Leur ame ravie Se confbndoit a tout momeat,

Et toute leur vie N^étoit plus qu'un enchantement.

De riants mensonges Les amusoient dans leur sommeil ;

Toujours quelques songes Leur fàisoient craindre le réveil ;

La naissante aurore Voy oit Zara près de Mysis ;

Et la nuit encore Les trouvoit toujours réunis.

Voilà cette plaine Où le matin Zara cbantoit ;

Voila la fontaine Où le soir Mysis Fattendoit.

Ce bocage sombre Vit naître leurs premiers soupirs ;

Ce bois , sous son ombre , Gacba leurs innocents plaisirs.

Qui pouvoit prédire Le changement d*un sort si beau?

L'Amour qui soupire Va donc éteindre son flambeau.

Hélas ! THyménée

AUoit bientôt les couronner :

Heure fortunée . Que vous êtes lente à sonner !

Cétoit donc la veille De ce jour, de cet heureux jour,

Que Mysis s'éveille ; Avec lui s'éveille l'Amour.

Le ciel sans nuage Etoit mille fois plus serein.

Amour, quel présage Peut désormais être certain?

Au fond d'un bocage Zara devoit trouver Mysis :

La belle , peu sage , L'avoit dit au berger Tharsîs ;

Par une imposture Il surprit ce secret &tal :

Cet ami parjure De Mysis étoit le rival.

Pour mieux la surprendre , Tharsîs dans le bois se cacha :

La belle , trop tendre , Crut voir Mysis , et s'approcha.

Le soleil à peine Répandoit un peu.de clarté ,

Et l'ombre incertaine Aidoit a la témérité.

G est donc vous, dît-elle, Vous , mon amant dès le berceau !

Ma flamme fidèle M'animera j usqu'au tombeau .

Oui , je veux t'y suivre ; Rien ne pourra nous séparer :

Pour toi je veux vivre , Avec toi je veux expirer.

Bergère insensée , Mysis t'écoute avec borreur ;

Son ame oflRensée Se livre entière à la fureur :

Un trait vole et frappe ; Quel cri suit ce trait inbumain !

Dieux ! Tbarsis s'écbappe , • Et Zara sent percer son sein.

C'est toi qui me tue ; Mais je pardonne à ta fureur :

Mon ame éperdue T'aime jusque dans ton erreur.

Conserve la vie ; Hélas ! je la perds sans retour;

Tu me l'as ravie , Mais c'est la faute de l'Amour.

D'une voix mourante Zara iàit ainsi ses adieux; Et son ame errante

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N'anime plus que ses beaux yeux.

O douleur mortelle !

Mysis se frappe au même instant,

Et perce auprès d'elle Un cœur qui fiit toujours constant.

Un tombeau s'élève ; Les Grâces le couvrent de fleurs :

L'Amour, qui l'achève , En partant l'arrose de pleurs.

Ils sont donc ensemble , Ces bergers , ces amants par&its :

Une urne rassemble Leurs cœurs percés des mêmes traits.

Bergères fidèles , Témoins du sort de ces bergers,

Plus vous êtes belles , Et plus vous courez de dangers.

Craignez de vous rendre Au cbarme d'un penchant trop doux :

L'amant le plus tendre Devient bientôt le plus jaloux.

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