‹ Œuvres du chevalier de Boufflers --Chapitre 25 sur 26 · LE PAPILLON ET LA CHANDELLE · texte numérisé non relu

LE PAPILLON ET LA CHANDELLE

Mon cher enfant , ton âge m'autorise A te parler du papillon, Mais sans que ta raison pourtant s'en formalise. Car ceci n'est qu'exemple, et non comparaison. Quand le zéphyr a fait taire la bise.

Le papillon , qui ne vit qu'un été , Des grands soins d'ici bas ne s'embarrasse guère; L'affaire de la volupté Est sa plus importante affaire ; Il ne veut rien , rien que jouir , Sans raisonner , sans réfléchir;

BOUFFLEBS. T. II. l8

Chaque instant le conduit à des amours nouvelles Qui n'ont jamais de lendemain :

En une heure il a pu charmer toutes les belles D'un jardin, Sans en rencontrer de cruelles :

Mais d'un pareil bonheur on peut prévoir la fin.

Un soir que retiré dans l'ombre et le silence 11 réparait les faiigues du jour, 11 voit une lueur , et pense Que c'est le flambeau de l'Amour.

11 se lève aussitôt, bat de l'aile, s'avance,

Tourne, retourne, et passe à chaque fois plus près D'un objet si plein d'attraits :

Son éclat i'éblouit, sa chaleur le pénètre, Et, dans l'ivresse du plaisir , A tout prix il prétend connaître

Ce fantôme brillant, qui lui donne la mort.

Mon cher enfant, ceci ressemble fort Aux douces erreurs du bel âge; Plus qu'on ne veut le cœur s'engage :

Quand il n'est plus temps d'y songer, Ce n'est qu'alors qu'on en voit le danger. Mais de tout la raison sait tirer avantage ,

Et reçoit même une leçon

D'un piipiilon.

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