‹ Œuvres du Comte de Adrien de SarrazinChapitre 91 sur 91 · CHAPITRE XXXY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXY

beauté céleste. Le sourire le plus doux s'épanouit sur ses lèvres; la paix brille dans son regard et sur ses traits nobles et touchants ; sa voix est douce et légère comme le zéphyr, lorsqu'il semble craindre, en caressant les fleurs , d'effeuiller leur calice.

Bardouc veut tomber à ses pieds ; elle le retient , et lui dit : « Reconnais en moi la raison, ce guide toujours certain, dont rhomme est si fier, et qu'il suit si mal ; et dans ta petite gazelle , reconnais l'image des passions qui font si' long-temps égaré. Tant qu'elle a régné despotiquement sur ton âme , Tenchanteresse'a fasciné tes yeux , et m'a donné cette apparence ridicule et bizarre , cet air rude , sauvage et pédanlesque. Elle aurait dû perdre son empire en tombant sous la faux du temps; mats non , elle vivait encore dans ta pensée, et je ne devais paraître à tes regards dans toutTéclat de ma gloire et de ma beauté, qu'au moment où la vertu bannirait de ton cœur des regrets inutiles et profanes. Je vais maintenant régner sur toi sans partage; je flatterai tes penchants sans jamais t'égarer ; je te donnerai des espérances sans emprunter un autre langage que celui de la vérité. »

Ainsi parla cette céleste houri. Bardouc , éclairé par ses discours , ne pouvait se lasser de Tentendre. Il connut enfin le bonheur dont sa petite gazelle Tavait si longtemps éloigné. L'homme pourrait-il n'être pas heureux , lorsqu'après avoir perdu ses passions mensongères, il a pour le conduire , le consoler et le défendre , les conseils de la raison et l'amour des vertus ?

« Ah ! s'écrie Bardouc , transporté de joie , divine houri ! sublime émanation de l'être éternel dont la voix toute -puissante a créé le monde I comment ai- je pu si long-temps méconnaître tes charmes ! Que je hais maintenant , que je méprise l'être fantastique et léger qui m'a fait dépenser en illusions une existence que j'aurais dû te consacrer tout entière 1 BaUon , fille du ciel , sois désormais mon seul guide; ne nous séparons plus. Oui : je le

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jure par Mihmnet! jene veuit plus entendre une autre voix que la tienne; je veux t'obéir en toutes choses \ je sttis ton esclave , mais un esclave qui t'aime, qui t*adore... Que mes jours vont être heureux ! quelle douce et riants perspective! je sens une vie nouvelle circuler dans mes veines... Une nouvelle jeunesse fait palpiter mon cœur d'un amour inconnu, d^une espérance... d'une volupté... d'iine... Il veut continueri mais, au milieu de eette délicieuse extase , sa pensée reste immobile , sa langue s'embarrasse , la parole expire sur ses lèvres tremblantes : ses yeux lancent encore une brillante étin* oelle ; c'est la lampe qui va s'éteindre : ses genoux fléchissent ; il tombe; il a cessé de vivre. Cette existence nouvelle ) ces rêves de bonheur, ces projets de sagesse , vont , sans doute , se réaliser dans un monde meilleur; car telle est ici bas la destinée de l'homme, il n'apprécie la raison qu'au moment où il n'a plus besoin de ses conseils.

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