‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 158 sur 658 · LE BLBHN1E TORSK · texte numérisé non relu

LE BLBHN1E TORSK

T Le corps très-allongé ; les nageoires du dos , de la queue et de l'anus, distinctes l'une de l'autre ; celle du dos très-longue et très-basse; neuf ou dix taches rondes, placées chacune à demi sur la base de la nageoire dorsale, et à demi sur le dos du blennie.

(Les nageoires jugulaires presque aussi longues que les pectorales ; une / grande quantité de j points autour des yeux, ( sur la nuque, et sur les V opercules.

^ Quelques dents placées

» vers le bout du museau,

i plus cro§hues et plus

longues que les autres,

/Des taehes transversales; < trois rayons à chaque * nageoire jugulaire.

/Un oarbillon à la mâchoire inférieure : les nageoires jugulaires charnues et divisées chacune en cuatre lobes.

193 LE totnsWÏÈW JÈÏÉVRE

LE BLENNIE LIÈVRE '.

L'homme d'état ne considérera pas avec autant d'intérêt les blennies que les gades ; il ne les verra pas aussi nombreux , aussi grands ,' aussi bons à manger, aussi sal ubies , * aussi recherchés que ces derniers faire naître , comme ces mêmes gadcs, des légions de pécheurs, les attirer aux extrémités de l'Océan, les contraindre à braver les tempêtes, les glaces, les brumes, et les changer bientôt en navigateurs intrépides, en ouvriers industrieux, en marins habiles et expérimentés : mais le physicien étudiera avec curiosité tous les détails des habitudes des blennies; il voudra les suivre dans les différens climats qu'ils habitent; il désirera de connoître toutes les manières dont ils viennent à la lumière, se développent, croissent, attaquent leur proie ou l'attendent en embuscade, se dérobent à leurs ennemis par la ruse , ou leur échappent par leur agilité. Nous ne décrirons cependant d'une manière étendue que les formes et les mœurs des espèces remarquables par ces mêmes mœurs ou par ces mêmes formes ; nous n'engagerons à jeter qu'un coup d'œil sur les autres. Où il n'y a que peu de différences à noter, et , ce qui est la même chose, peu de rapports à saisir, avec des objets déjà bien observés, il ne faut qu'un petit nombre de considérations pour parvenir a voir clairement le sujet de son examen.

Le blennic lièvre est une de ces espèces sur lesquelles nous appellerons pendant peu de temps l'attention des naturalistes. 11 se trouve dans la Méditerranée ; sa longueur ordinaire est de deux décimètres.

Ses écailles sont très -petites, enduites d'une humeur visqueuse ; et c'est de cette liqueur gluante dont sa surface est arrosée que vient le nom de blennius en latin , et de blennic ou de blenne en français, qui lui a été donné ainsi qu'aux autres poissons de son genre tous plus ou moins imprégnés d'une substance oléagineuse, le mot SAevvo; en grec signifiant mucosité.

Sa couleur générale est verdâtre , avec des bandes transversales et irréguliéres d'une nuance de vert plus voisine de celle de l'olive ; ce verdâtre est, sur plusieurs

i. Lebre de mare, dans p'usicurs départcraens méridionaux de France ; mesoro , dans quelques contrées d'Italie; btttter/ly Jîs/tj «a Angleterre.

individus, remplacé par du bleu, particulièrement sur le dos. La première nageoire dorsale est ou bleue comme le dos, ou olivâtre avec de petites taches bleues et des points blancs ; et indépendamment de ces points et de ces petites gouttes bleues, elle est ornée d'une tache grande, ronde, noire, ou d'un bleu très-foncé, entourée d'un liséré blanc , imitant une prunelle entourée de son iris, représentant vaguement un œil ; et voilà pourquoi le blennie lièvre a été appelé œillet; et voilà pourquoi aussi il a été nommé poisson papillon (butterfly fis h en anglais).

Sa tête est grosse ; ses yeux sont saillans ; son iris brille de l'éclat de l'or. L'ouverture de sa bouche est grande ; ses mâchoires, toutes les deux également avancées7, sont armées d'un seul rang de dents étroites et trés-rapprochées. Un appendice s'élève au-dessus de chaque œil; la forme de ces appendices , qui ressemblent un peu à deux petites oreilles redressées, réunie avec la conformation générale du museau, ayant fait trouver par des marins peu difficiles plusieurs rapports entre la tête du lièvre et celle du blennie que nous décrivons, ils ont proclamé ce dernier lièvre marin, et d'habiles naturalistes ont cru ne devoir pas rejeter cette expression.

La langue est large et courte. II n'y a qu'une pièce à chaque opercule branchial; l'anus est plus près de la tête que de la nageoire caudale, et la ligne latérale plus voisine du dos que du ventre '.

On compte sur ce blennie deux nageoires dorsales ; mais ordinairement elles sont si rapprochées l'une de l'autre, que souvent on a cru n'en voir qu'une seule.

Pour ajouter au parallèle entre le poisson dont nous traitons et le vrai lièvre de nos champs, on a dit que sa chair étoit bonne à manger. Elles n'est pas, en effet, désagréable au goût ; mais on y attache peu de prix. Au reste , c'est à cet animal qu'il faut appliquer ce que Pline rapporte de la vertu que l'on attribuoit de son temps aux cendres des blennies, pour la guérison ou le soulagement, des maux causés par la présence d'un calcul dans la vessie.

. A la première nageoire du dos.

à la seconde

a chacune des pectorales. . • à chacune des jugulaires. . • à celle de l'anps. - . . • à celle de la queue , qui est arrondie. • • • • # •

H rayoni.

LE BLENNIE PHYClf.

itt

LE BLENNIE PHYCIS '.

Ce poisson est un des plus grands biennies : il parvient quelquefois jusqu'à la longueur de cinq ou six décimètres. Un petit appendice s'élève au-dessus de l'ouverture de chaque narine; et sa mâchoire inférieure est garnie d'un barbillon. Ce dernier filament, ces deux nageoires dorsales et son volume , le font ressembler beaucoup à un gade ; mais la forme de ses nageoires jugulaires, qui ne présentent que deux rayons, le place et le retient parmi les vrais blennies.

Les couleurs du pbycis sont sujettes à varier, suivant les saisons. Dans le printemps , il, a la tête d'Un rouge plus ou moins foncé ; presque toujours son dos est d'an brun plus ou moins noirâtre : ses nageoires pectorales sont rouges , et un cercle noir entoure son anus s.

On trouve ce blennie dans la Méditerranée3.

BLENNIE MÉDITERRANÉEN.

Cette espèce a été jusqu'à présent comprise parmi les gades sous le nom de méditerranéen ou de menoptére : mais elle n'a que deux rayons à chacune de ses nageoires jugulaires, et dès-lors nous avons dû l'inscrire parmi les blennies. Nous l'y avons placée dans le second sous-genre, parce qu'elle a des barbillons sur la tête , et que son dos n'est garni que d'une seule nageoire.

Elle tire son nom de la mer qu'elle habite. Elle vit dans les mêmes eaux salées que le gade capelan, le gade mustelle et le gade merlus, avec lesquels elle a beaucoup de rapports. Indépendamment des

i. Mole j dans quelques départe mens méridionaux de France; molere, en Espagne; phico , en Italie.

2. Quinze appendices intestinaux sont dispolés autour du pylore.

3. A la membrane branchiale. • 7 rayons. à la première dorsale. . » .10

a la seconde . • . - . • . .61 a chacune des pectorales . . . l5 à chacune des jugulaires. . . ?

a celle de l'anus 57

à celle de la queue, qui est arrondie . . . .... 10

LacÉPÈUK. II.

deux filamens situés sur m mâchoire d'en haut, il y en a un attaché à la mâchoire inférieure f.

LE BLENNIE GATTORUGINE.

Le gattorugine habite dans l'Océan atlantique et dans la Méditerranée. Il n'a guère plus de deux décimètres de longueur : aussi ne se nourrit-il que de petits vers marins, de petits crustacées, et de très-jeunes poissons. Sa chair est assez agréable au goût. Ses couleurs ne déplaisent pas. On voit sur sa partie supérieure des raies brunes , avec des taches , dont les unes sont d'une nuance claire , et les autres d'une teinte foncée. Les nageoires sont jaunâtres. Il n'y en a qu'une sur le dos, dont les rayons sont aiguillonnés s , et les derniers très-longs. La tête est petite ; les yeux sont saillans et trés-rapprochés du sommet de la tête ; l'iris est rougeâtre. Deux appendices palmés paroissent auprès de l'organe de la vue, et deux autres semblables sur la nuque. Les mâchoires, également avancées l'une et l'autre , sont garnies d'un rang de dents aiguës , déliées , blanches et flexibles. La langue est courte; le palais lisse ; l'opercule branchial composé d'une seule lame ; l'anus assez voisin de la gorge , et la ligne latérale droite , ainsi que rapprochée du dos.

LE BLENNIE SOURCILLEUX.

Les mers de l'Inde sont le séjour habituel de ce blennie *. Gomme presque tous les poissons des contrées équa tonales, il a des couleurs agréables et vives : un jaune plus on moins foncé , plus ou moins voisin du brillant de l'or, ou de l'éclat de l'argent, et relevé par de belles taches rou-

i. A la nageoire du dos. . . . 54rayons. a chacune des pectorales . . 15 a chacune des jugulaires. . . 2

2. 16 rayons non articulés et 14 articulés à la nageoire dorsale.

14 rayons a chacune des pectorales. ',

2 rayons a chacune des jugulaires.

23 rayons a celle de l'anus.

13 rayons à celle de la queue. L.j

3. A la nageoire du dos. . . * 44 rayons* à chacune des pectorales. . . 14 a chacune des jugulaires. . . 2

a celle de l'anus *S

a celle de la queue. . . 12

LE BLENNIE SOURCILLEUX.

geS, régne sur tout son corps. Il se nourrit de jeunes crabes et de petits animaux à coquille ; et dès-lors nous ne devons pas être surpris, d'après ce que nous avons déjà indiqué plusieurs fois, que le sourcilleux présente des nuances riches et bien contrastées. Plusieurs causes se réunissent pour produire sur ses tègumens ces teintes distinguées : la chaleur du climat qu'il habite, l'abondance de la lumière qui inonde - la surface des mers dans lesquelles il vit, et la nature de l'aliment qu'il préfère , et qui nous a paru être un des principes de la brillante coloration des poissons. Mais quoique ce blennie, exposé aux rayons du soleil, puisse paroître quelquefois parsemé, pour ainsi dire, de rubis, de diamans et de topazes, il est encore moins remarquable par sa parure que par ses habitudes. Ses petits sortent de l'œuf dans le ventre de la mère, et viennent au jour tout formés. Il n'est pas le seul de son genre dont les œufs éclosent ainsi dans l'intérieur de la femelle : ce phénomène a été particulièrement observé dans le blennie que les naturalistes ont nommé pendant long- temps le vivipare. Nous reviendrons sur ce fait , en traitant , dans un moment, de ce dernier poisson. Considérons néanmoins déjà que le sourcilleux, que sa manière de venir à la lumière lie, par une habitude peu commune parmi les poissons, avec l'anguille, avec les silures, et peut-être avec le gade lote, a , comme tous ces osseux , le corps très-allongé , recouvert d'écaillés très-menues, et enduit d'une mucosité très-abondante.

Au reste , sa tête est étroite ; ses yeux sont saillans, ronds, placés sur les côtés, et surmontés chacun d'un appendice palmé et divisé en trois, qui lui a fait donner le nom qu'il porte. L'ouverture de la bouche est grande; la langue courte; le palais lisse ; la mâchoire d'en haut aussi avancée que l'inférieure, et hérissée .d'un rang extérieur de grosses dents , et de plusieurs rangées de dents intérieures plus petites et très-pointues ; l'opercule branchial composé d'une seule lame, ainsi que dans presque tous les blennies ; la ligne latérale courbe ; l'anus large comme celui d'un grand nombre de poissons qui se nourrissent d'animaux à têt ou à coquille, et d'ailleurs plus voisin de la gorge que de la nageoire caudale. Tous les rayons de la nageoire du dos sont des aiguillons, excepté les cinq ou six derniers.

LE BLENNIE CORNU, LE BLENNIE TENTA Ci: LE,

LE BLENNIE SUJÉFIEN , ET LE BLENNIE IASCÉ.

Le cornu présente un appendice long , effilé, non palmé, placé au-dessus de chaque œil ; une multitude de tubercules à peine visibles , et disséminées sur le devant ainsi que sur les cotés de la tète ;. une dent plus longue que les autres de chaque côté de la mâchoire inférieure ; une peau -visqueuse , parsemée de points ou de petites taches roussâtres *. Il vit dans les mers de l'Inde, et a été décrit, pour la première fois , par l'immortel Linné.

Le tentacule, que Ton pêche dans la Méditerranée, ressemble beaucoup au cornu ; il est allongé , visqueux , orné d'an appendice non palmé au-dessus de chaque œil , coloré par points ou par petites taches très nombreuses. Mais , indépendamment que ces points sont d'une teinte trèsbrune , on voit sur la nageoire dorsale une grande tache ronde qui imite un œil , ou , pour mieux dire , une prunelle entourée de son iris. De plus, le dessous de la tête montre trois ou quatre bandes transversales et blanches; l'iris est argenté avec des points rouges ; des bandes blanches et brunes s'étendent sur la nageoire de l'anus ; les dents sont trés-peu inégales ; et enfin , en passant sous silence d'autres dissemblances moins faciles à saisir avec précision, le tentacule paroît différer du cornu par sa taille, ne parvenant guère qu'à une longueur moindre d'un décimètre. Au reste , peut-être , malgré ce que nous venons d'exposer, et l'autorité de plusieurs grands naturalistes, ne faudroit-il regarder le tentacule que comme une variété du cornu , produite par la différence des eaux de la Méditerranée â celles des mers de l'Inde. Quoi qu'il en soit, c'est Brunnich qui a fait connoître le tentacule, en décrivant les poisaons des environs de Marseille 2.

i. À la nageoire dorsale du blennie

cornu 34 rayon*

à chacune des pectorales. . . 15

à chacune des jugulaires. . . 2

à celle de l'anus 26

à celle de la queue. . . , • 12 - 2. A la nageoire du dos du len-

Uculé $4

LE BLENNlfi CORNU.

Le sujéfien a un appendice non palmé au-dessus de chaque œil , comme le cornu et le tentacule; mais cet appendice est très-petit* Nous lui avons donné le nom de sujéfien , parce que le naturaliste Sujef en a publié la description. Il parvient à la longueur de plus d'un décimètre. Son corps est menu ; l'ouverture de sa bouche, placée au-dessous du museau ; chacune de ses mâchoires garnie d'une rangée de dents très-courtes, égaies et très-serrées; son opercule branchial composé de deux pièces ; sa nageoire dorsale précédée d'une petite élévation ou loupe graisseuse, et réunie à celle de la queue, qui est arrondie i.

Les mers de l'Inde, qui sont l'habitation ordinaire du cornu, nourrissent aussi le . fascé. Ce dernier blennie est enduit d'une mucosité très-gluante. Sa partie supérieure est d'un bleu tirant sur le brun ; sa partie inférieure jaunâtre : quatre ou cinq bandes brunes et -transversales relèvent ce fond ; les intervalles qui séparent ces fasces sont rayés de brunâtre ; d'autres bandes ou des taches brunes paraissent sur plusieurs nageoires; celle de la queue, qui d'ailleurs est arrondie , montre une cou- . leur grise 2.

Deux appendices non palmés s'élèvent entre les yeux ; la tête , brune par-dessus et jaunâtre par-dessous , est assez petite ; l'ouverture branchiale très-grande; celle de l'anus un peu rapprochée de la gorge , et la ligne latérale peu éloignée du dos.

LE BLENNIE COQUILLADE.

On pêche ce poisson dans l'Océan d'Europe , ainsi que dans la Méditerranée. Il n'a pas ordinairement deux décimètres de longueur. Sur sa tète paroît un appendice

a chacune des pectorales. . . 14 rayons. h chacune des jugulaires. . . 2

à celle de l'anus 25

- a celle tle la queue H

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