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CARACTÈRES, / Moins de douze paires 4* la plaque de
lames a la tête.
/Plus 1 de 1 la
L'ÉCHÉNÉIS RÉMORA
L'histoire phénomène que la philosophie ne dédaignera pas.
1, liémore , sucet , arrile-n*ft pilote remetigo. Sucking fish , en Angleterre ; sugger, dans plu-
Depvrîs le temps «HAristote jusqu'à nos jours , cet animal a été l'objet d'une attention constante ; on l'a examiné dans ses
b de ce poisson présente un uon contante ; on î a examine dans sei relatif à l'espèce humaine , et bonnes, observé dans ses habitudes , con
» . . . ai ri A rA flan* tlt tkfTatm . /\r» v\a a'flrl wx»«> j«s>a.
sidéré dans ses effets : on ne s'est pas con-
sieurs endroits de la Belgique et de la Holland«| piexe pogador, pieece pioltho, en Portugal.
L'ÉCHÉNÉIS RÉMORA.
tenté de lai attribuer des propriétés merveilleuses, des facultés absurdes, des forces ridicules ; on Ta regardé comme un exemple frappant des qualités occultes départies par la Nature à ses diverses productions ; il a paru une preuve convaincante de l'existence de ces qualités secrètes dans leur origine et inconnues dans leur essence. 11 a égaré avec honneur dans les tableaux des poètes, dans les comparaisons des orateurs, dans les récits des voyageurs , dans les descriptions des naturalistes; et cependant à Ïieine , dans le moment où nous écrivons , 'image de ses traits, de ses mœurs , de ses effets, à-l-elle été tracée avec quelque fidélité. Ecoutons, par exemple, au sujet de ce rémora , l'un des plus beaux génies de l'antiquité.
«Lf échénéis, dit Pline, est un petit •poisson accoutumé à vivre au milieu dés
• rochers : on croit que, lorsqu'il s'attache »à la caréné des vaisseaux , il en retarde la
- «marche ; et de là vient le- nom qu'il porte,
• et qui est formé de deux mots grecs dont •l'un signifie je retiens, et l'autre, navire.
• Il sert à composer des poisons capables
• d'amortir et d'éteindre les feux de l'a-
• mour, Doué d'une puissance bien plus
• étonnante, agissant par une faculté motrale, il arrête l'action de la justice et la
• marche des tribunaux: compensant ce- » pendant ces qualités funestes par des propriétés utiles, il délivre les femmes enceintes des accidens qui pourroient trop » hâter là naissance de leurs enfans ; et lors-
• qu'on le conserve dans du se), son approche seul suffit pour retirer du fond des •puits les plus profonds l'or qui peut y être
• tombé.»
Mais le naturaliste romain ajoute, avant la fin de la célèbre histoire qu'il a écrite , une peinture bien plus étonnante des attributs dn rémora; et voyons comment il s'exprime au commencement de son trentedeuxième livre.
« Nous voici parvenus au plus haut des
• forces de la Nature, au sommet de tous •les exemples de son pouvoir. Une im- •mense manifestation de sa puissance oc- » culte se présente d'elle-même ; ne cher- •ehons rien au-delà, n'en espérons pas ftft'ègafo ni de semblable : ici la Nature se •surmonte elle-même, et le déclare par *$és effets nombreux. Qu'y a-t-il de plus •violent que la mer, les vents, les tour-
• Mitons et les tempêtes ? Quels plus grands **ùxitia*res le génîe de l'homme s'est -U •donnés que les voiles et les rames? Ajou-
tez la force inexprimable des flux alternatifs, qui font un fleuve de tout l'Océan, Toutes ces puissances et toutes celles qui pourroient se réunir à leurs efforts sont enchaînées par un seul et très-petit poisson qu'on nomme échénéis. Que les vents se précipitent, que les tempêtes bouleversent les flots, il commande à leurs fureurs, il brise leurs efforts, il contraint de rester immobiles des vaisseaux que n'auroit pu retenir aucune chaîne, aucune ancre précipitée dans la mer, et assez pesante pour ne pouvoir pas en être retirée. Il donne ainsi un frein à la violence, il dompte la rage des élémens, sans travail, sans peine ( sans chercher à retenir, et seulement en * adhérant: il lui suffit, pour surmonter tant d'impétuosité, de défendre aux navires d'avancer. Cependant les floues armées pour la guerre se chargent de tours et de remparts oui s'élèvent pour que Ton combatte au millieu des mers comme du haut des murs. O vanité humaine! un poisson très-petit retient leurs éperons armés de fer et de bronze , et les tient enchaînées. 1 On rapporte que, lors de la bataille d'Actium, ce fut un échénéis qui, arrêtant le navire d'Antoine au moment où il alloit parcourir les rangs de ses vaisseaux et exhorter les siens, donna à la flotte de César la supériorité de la vitesse et l'avantage d'une attaque impétueuse.
Plus récemment, le bâtiment monté par Caïus, lors de son retour d' Andoura à Antium, s'arrêta sous l'effort d'un échénéis : et alors le rémora fut un augure; car à peine cet empereur fut-il rentré dans nome , qu'il périt sous les traits de ses propres soldats. Au reste, son étonnement ne fut pas long, lorsqu'il vit que, de toute sa flotte, son quinquéréme seul n'avançoit pas ; ceux qui s'élancèrent du vaisseau pour en rechercher la cause trouvèrent l' échénéis adhérant au gouvernail, et le montrèrent au prince, indigné qu'un tel animal eût pu l'emporter sur quatre cents rameurs , et très- surpris que ce poisson, qui dans la mer avoit pu retenir son navire , n'eût plus de puissance jeté dans le vaisseau. Nous avons déjà rapporté plusieurs opinions, continue Pline, au sujet du pouvoir de cet échénéis que quelques Latins ont nommé rémora. Quant a nous, nous ne doutons pas que tous les genres deshsbitans de la mer n'aient une faculté semblable. L'exemple célèbre et consacré dans le temple de Guide ne permet pas de refuser la même puissance à des conques
I/ÉCUÉxN&S RÉMORA.
> marines. Et de quelque manière que tout
• ces effets aient lien, ajoute plus bas l'éloquent naturaliste que nous citons, quel
7 «est celui qui, après cet exemple de la fa- » culte de retenir des navires, pourra douter
• du pouvoir qu'exerce la Nature par tant » d'effets spontanés et de phénomènes extra-
• ordinaires ? »
Combien de fables et d'erreurs accumulées dans ces passages, qui d'ailleurs sont des chefs-d'œuvre de style ! Accréditées par un des Romains dont on a le plus admiré la supériorité de l'esprit, la variété des connoissances et la beauté du talent, elles ont été presque universellement accueillies
Îjendant un grand nombre de siècles. Mais 'on n'attend pas de nous une mythologie ; c'est l'histoire de la Nature que nous devons tâcher d'écrire. Cherchons donc uniquement à faire conoottre les véritables formes et les habitudes du rémora. Nous allons réunir, pour y parvenir, les observations que nous avons faites sur un grand nombre d'individus conservés dans des collections, avec celles dont des individus vivans avoient été l'objet , et que Commerson a consignées dans les manuscrits qui nous ont été confiés dans le temps par Buffon.
La longueur total de l'animal égale trèsrarement trois décimètres. Sa couleur est brune et sans tache ; et, ce qu'il faut remarquer avec soin, la teinte en est la. même sur la partie inférieure et sur la partie su- ' périeure de l'animal. Ce fait est une nouvelle preuve de ce que nous avons dit au sujet des couleurs des poissons, dans notre Discours sur la nature de ces animaux : en effet, nous allons voir, vers la fin de cet article, que, par une suite des habitudes du rémora, et de la manière dont cet échénéis s'attache aux rochers, aux vaisseaux ou aux grands poissons, son ventre doit être aussi souvent exposé que son dos aux rayons de la lumière.
Les nageoires présentent quelques nuances de bleuâtre. L'iris est brun, et montre d'ailleurs un cercle doré.
Une variété que l'on rencontre assez fréquemment, suivant Commerson, et que l'on voit souvent attachée au même poisson, et, par exemple, au même squale que les individus bruns, est distinguée par sa couleur blanchâtre.
Le corps et la queue sont couverts d'une peau molle et visqueuse, sur laquelle on ne peut apercevoir aucune parcelle écailleuse qu'après la mort de l'animal, et lorsque les tégomens août desséchés ; et l'en-
semble formé par la queue et le corps proprement dit est d'ailleurs très-allongé et presque conique.
La tête est très- volumineuse, très-aplatie et chargée dans sa partie supérieure d'une sorte de bouclier ou de grande plaque.
Cette plaque est allongée, ovale, amincie et membraneuse dans ses bords. Son disque est garni ou plutôt armé de petites lames placées transversalement et attachées des deux côtés d'une arête ou saillie longi- - tudinaleqoi partage le disque en deux. Ces » lames transversales et arrangées ainsi par paires sont ordinairement au nombre de | \ trente-six, ou de dix-huit paires : leur longueur diminue d'autant plus qu'elle» sont situées plus près de l'une ou de l'autre des deux extrémités du bouclier ovale. De plus , ces lames sont solides , osseuses, presque parallèles les unes aux autres, trèsaplaties, couchées obliquement, susceptibles d'être un peu relevées, hérissées, comme une scié, de très-petites dents , et retenues par une sorte de clou articulé.
Le museau est très-arrondi , et la mâchoire inférieure beaucoup plus avancée que celle d'en-haut, qui d'ailleurs est simple, et ne peut pas s'allonger à la volonté de l'animal ; l'une et l'autre ressemblent à une lime , à cause d'un grand nombre de rangs de dents très-petites qui y sont attachées.
D'autres dents également très petites sont placées autour du gosier, sur une éminence osseuse; faite en forme d'un fer à-cheval et attachée au palais , et sur la langue, qui est courte, large, arrondie par-devant, dure, à demi-cartilagineuse, et retenue eu dessous par un frein assez court.
Au reste, l'intérieur de la bouche est d'un incarnat communément très-vif , et l'ouverture de cet organe a beaucoup de rapports , par sa forme et par sa grandeur
Eroportionnelle , avec l'ouverture de la ouche de la lophie baudroie.
L'orifice des narines est double de chaque côté.
Les yeux, placés sur les côtés de la tête, et séparés par toute la largeur du bouclier, ne spnt ni voilés ni très -saillans.
Deux lames composent chaque opercule des branchies , et une peau légère le recouvre.
La membrane branchiale est soutenue par neuf rayons.
Les branchies sont au nombre de quatre de chaque côté , et la partie concave de leurs arcs est denticulée.
L'ÉCHÉNÉIS RÉMORA.
Les nageoires thoracines offrent la même longueur, mais non pas la même largeur, que les pectorales : elles comprennent chacune six rayons ; le plus extérieur cependant touche de si près le rayon voisin, qu'il est très-difficile de l'apercevoir.
La nageoire du dos et celle de l'anus présentent à peu près la même figure , la même étendue et le même décaissement en hauteur, à mesure qu'elles sont plus près de celle de la queue, qui est fourchue1.
L'orifice de l'anus consiste dans une fente dont les bords sont blanchâtres.
La ligne latérale, est composée d'une série de points saitlans ; elle part de la base des nageoires pectorales, s'élève vers le dos , descend auprès du milieu du corps , et tend ensuite directement vers la nageoire de la queue.
Telle est la figure du rémora , tracée d'après le vivant par Commerson , et dont j'ai pu vérifier les traits principaux , en examinant un grand nombre d'individus de cette espèce conservés avec soin dans diverses collections.
Ce poisson présente les mêmes formes dans les diverses parties, non-seulement de la Méditerranée , mais encore de l'Océan, soit qu'on l'observe à des latitudes élevées, on dans les portions de cet Océan comprises . entre les deux tropiques.
11 s'attache souvent aux cétacées et aux poissons d'une très-grande taille , tels que les squales, et particulièrement le squale requin. 11 y adhère très-fortement par le moyen des lames de son bouclier, dont les petites dents lui servent, comme autant de crochets, à se tenir cramponné. Ces dents., qui hérissent le bord de toutes les lames, sont si nombreuses, et multiplient à un tel degré les points de contact et d'adhésion du rémora, que toute la force d'un homme ti ès-vigoureux ne peut pas suffire pour arracher ce petit poisson du côté du squale sur lequel il s'est accroché, tant qu'on veut l'en séparer dans un sens opposé à la direction des lames. Ce n'est que lorsqu'on cherche à suivre cette direction et à s'aider de l'inclinaison de ces mêmes lames qu'on parvient aisément à détacher l'échénéis du