‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 45 sur 658 · AVEUGLE · texte numérisé non relu

AVEUGLE

L» gastrobranches ressemblent beaucoup aux pétromyzons par la forme cylindrique et trés-alkngée de leur corps, par la flexibilité des différentes portions qui le composent, par la souplesse et la viscosité de la peau qui le revêt, et sur laquelle on ne peut apercevoir, au moins facilement , aucune sorte d'écaillé. Ils se rapprochent encore des pétromyzons par le défaut de nageoires inférieures et même de nageoires pectorales, par la conformation de leur bouche, par la disposition et la nature de leurs dents; et ils ont surtout de trèsgrands rapports avec ces cartilagineux par )a présence d'un évent au-dessus de la fête, et par l'organisation de leurs branchies. Ces organes respiratoires consistent, en effet, ainsi que ceux des pétromyzons, dans des vésicules ou poches, lesquelles d'un côté s'ouvrent à l'extérieur du corps, de l'autre communiquent avec l'intérieur delà bouche, etprésentenrde nombreuses ramifications artérielles et veineuses. JJ est donc tr£s-aisé, au premier coup ô^ceil » de

I. Plusieurs des matériaux nécessaires pour composer les articles relatifs aux gastrobra/iehes, ne m 'étant parvenus qu'après l'impression d'un asse* grand nombre de feuilles de cet ouvrage, je n'ai pu placer qu'ici la description de ces animaux, d<W i'histoiiw aurait du suivre celle des pétn»my*«ps, A+i «este, lie genre des gastrobrancfees «$t io*cr4 à sa yérUable place sur le taUeau des ordres des poissons tant osseaux que cartilagineux; etil le sera de même sur le taUeau général de tous les genres et de toutes les espèces fléeoissons décrits dans otte Histoire naturelle, tableau par lequel *K>tre travail sera termine'.

confondre les gastrobranches avec les pétromyzons, ainsi que l'ont fait d'habiles naturalistes : en les examinant cependant avec attention, on voit facilement les différences qui les séparent de cette famille. Tous les pétromyzons ont sept branchies de chaque côté; le gastrobranche aieugle n'en a que six à droite et si» â gauche, et il est à présumer que le gast. obi anche dombey n'en a pas un plus grand nombre. Dans les pétromyzons, chaque branrhie a une ouverture extérieure qui lui est particulière ; dans le gastrobranche a\eugle, il n'y a que deux ouvertures extérieures pour douze branchies. Les ouvertures branchiales des pétromyzons sont situées sur les côtés et assez près de la tête ; celles des gastrobranches sont placées sous le venue.

Les lèvres des gastrobi anches sont garnies de barbillons ; on o'en voit point sm celles des pétromyzons. Les yeux des péli-omysons sont assez grands ; on n'a pas encore pu reconnoîtied'oigane de Ja vue dansJes gastrobranches, et voilà pourquoi l'espèce dont nous parlons dans cet aiticle a reçu le nom d'aveugle.

On remarquera sans peine que presque tous les traits qui empêchent de réunir les gastrobranches avec les pétromyzons concourent, avec un grand nombre de ceux qui rapprochent ces deux familles, à faire méconnokre la véritable nature des gastrobranches , au point de les retrancher de la classe des poissons, de les placer dans celle * des vers, et de les inscrire particulièrement parmi ceux de ces derniers animaux auxquels le nom d'intestinaux a été donné. Aussi plusieurs naturalistes, et même Linné, ont-ils regardé les gastrobranches aveugles comme formant une famille distincte, qu'ils ont appelée myxine, et qui, placée

LE GASTROBRANCHE AVEUGLE.

•a milieu des vers intestinaux, les repoussoit néanmoins, pour ainsi dire, ne montrait point aux yeux les plus exercés à examiner des vers les rapports nécessaires pour conserver avec convenance la place qu'on loi avoit donnée, dérangeoit en quelque sorte les distributions méthodiques imaginées pour classer les nombreuses tribus d'animaux dénués de sang rouge , et y causoit des disparates d'autant plus frappantes, que ces méthodes plus récentes étoient appuyées sur un plus grand nombre de faits, et par conséquent plus perfectionnées \ Le célèbre ichtyologiste, le docteur Bloch de Berlin , ayant été à même d'observer soigneusement l'organisation de ces gastrobranches, a bientôt vu leur véritable nature ; il les a restitués à la classe des poissons, à laquelle les attache leur organe respiratoire, ainsi que la couleur rouge de leur sang ; il a montré qu'ils appartenoient à un genre voisin, mais distinct, de celui despétromyzons; et il les a fait connoître très en détail dans un mémoire et par une planche enluminée très-exacte, qu'il a communiqués à l'Institut national de France 2. Je ne puis mieux faire que d'extraire de ce mémoire une grande partie de ce qu'il est encore nécessaire de dire du gastrobranche aveugle.

Ce cartilagineux est bleu sur le dos, rougeâtre sur les côtés , et blanc sur le ventre ; quatre barbillons garnissent sa lèvre supérieure , et deux autres barbillons sont placés auprès de la lèvre de dessous. Entre lés quatre barbillons d'en haut , on voit un évent qui communique avec l'intérieur de la bouche , comme celui des pétromyzons ; cet évent est d'ailleurs fermé , à la volonté de l'animal, par une espèce de soupape. Les lèvres sont molles, extensibles, pro-

Ï>res à se coller contre les corps auxquels 'aveugle veut s'attacher; elles donnent une forme presque ronde à l'ouverture de la bouche , qui présente un double rang de dents fortes, dures, plutôt osseuses que cartilagineuses, et retenues, comme celles de la lamproie ,* dans des espèces de capsules membraneuses. On compte neuf dents dans le rang supérieur, et huit dans l'inférieur. Une dent recourbée est de plus placée au-dessus des autres, et sur la ligne que l'on pourroit tirer de l'évent au gosier,

I. Nous poumons citer, parmi ces dernières méthodes, le beau travail fait par M. Cuviersur les animaux dits à sang blanc, et celui de M, Lamarck sur les mêmes animaux.

a. Le premier prairial de l'an 5.

en la faisant passer par-dessus la lèvre supérieure.

On n'aperçoit pas de langue ni de narine , mais on voit au palais, et autour de l'ouverture par laquelle l'évent communique avec la cavité de la bouche . une membrane plissée , que je suis d'autant plus porté à regarder comme l'organe de l'odorat du gastrobranche aveugle, que son organisation est très-analogue à celle de l'intérieur des narines du plus grand nombre de cartilagineux , et que les plus fortes analogies doivent nous faire supposer dans tous les poissons un odorat très-sensible.

Le corps de l'aveugle, assez délié et cylindrique , ne parvient presque jamais à la longueur d'un pied, ou d'environ trois décimètres. Il présente de chaque côté une rangée longitudinale de petites ouvertures, qui laissent échapper un suc très-gluant; une matière semblable découle de presque tous les pores de l'animal : et ces liqueurs non-seulement donnent à la peau de l'aveugle qui en est enduite une sorte de vernis et une grande souplesse ; mais encore , suivant Gunner et d'autres naturalistes, elles rendent visqueux un assez grand volume de l'eau dans laquelle ce gastrobranche est plongé.

Ce cartilagineux n'a d'autres nageoires que celle du dos, celle de la queue et celle de l'anus, qui sont réunies, très-basses, et composées de rayons mous, que l'on ne peut compter à cause de leur petitesse et de l'épaisseur de la peau qui les revêt.

L'ouverture de l'anus est une fente trèsallongée ; et sur le ventre sont placées deux ouvertures, dont chacune communique à six branchies. Une artère particulière qui aboutit à la surface de chacun de ces organes respiratoires s'y distribue , comme dans les autres poissons, en ramifications très-nombreuses, au milieu desquelles sont disséminées d'autres ramifications qui se réunissent pour former une veine.

Le canal intestinal est sans sinuosités.

Les petits éclosent hors du ventre de la mère.

L'aveugle habite principalement dans l'Océan septentrional et européen : il se cache souvent dans la vase ; il pénétre aussi quelquefois dans le corps de grands poissons, se glisse dans leurs intestins, en parcourt les divers replis, les déchire et les dévore; et cette habitude n'avoit pas peu servi à le faire inscrire parmi les vers intestinaux, avec le taenia, et d'autres genres d'animaux dénués de sang rouge.

LE GASTROBRANCIIE DOMBEY.

LR

GASTROÔRANCHE DOMBEY.

Nous donnons ce nom à un cartilagineux dont la peau sèche a été apportée au Muséum national d'histoire naturelle par le voyageur Dombey, et dont aucun naturaliste n'a encore parlé. 11 est évidemment de la même famille que l'aveugle ; mais il appartient à un autre hémisphère , et c'est dans la mer voisine du Chili , et peut-être dans celle qui baigne les rivages des autres contrées de l'Amérique méridionale , qu'on le trouve. 11 a de très-grands rapports de conformation avec l'aveugle , mais il parvient à une longueur et à une grosseur deux fois au moins plus considérables ; il en est d'ailleurs séparé par d'autres différences que nous allons indiquer en le décrivant.

La tête de ce gastrobranche est arrondie et plus grosse que le corps : elle présente quatre barbillons dans sa partie supérieure ; mais l'état d'altération dans lequel étolt

l'individu donné par Domney n'a pas permis de s'assurer s'il y en avoit deux auprès de la lèvre inférieure, comme sur l'aveugle. Les dents sont pointues, comprimées, triangulaires, et disposées sur deux rangs circulaires : l'extérieur est composé de vingt-deux dents, et l'intérieur de quatorze. Une dent plus longue que les autres , et recourbée, est d'ailleurs placée à la partie la plus haute de l'ouverture de la bouche.

L'organe de la vue et celui de l'odorat ne sont pas plus apparens sur le dombey que sur l'aveugle. La couleur du gastrobranche que nous cherchons à faire connoître étoit effacée , ou paroissoit dénaturée , dans la peau que nous avons vue. La queue , dont la longueur n'excède guère le double du diamètre du corps , est arrondie à son extrémité , et terminée par une nageoire qui se réunit à celle de l'anus. Ces deux nageoires sont les seules que présente l'animal ; elles sont très-basses, très-diffieiles à distinguer, et composées de membranes au milieu desquelles on n'a pu que soupçonner des rayons sur l'individu desséché que nous avons examiné.

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