‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 51 sur 658 · LE SYNGNATHE ) ^ ^ j · texte numérisé non relu

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SYNGNATHE TROMPETTE'.

De toutes les manières dont Jes poissons viennent au jour, il n'en est point de plus digne d'attention que celle que Ton observe dans la famille des syngnathes, de ces cartilagineux trés-allongés, dont le* nageoires sont très-petites, et qui par ces deux traits ressemblent beaucoup aux serpens les plus déliés. En effet, non-seulement les femelles des syngnathes ne déposent pas leurs œufs, comme celles du plus grand nombre de poissons, sur des bancs de sable, sur des rochers, sur des côtes plus ou moins favorables au développement des fœtus ; non-

i. Gagnole, dans plusieurs départemens méridionaux.

seulement elles ne les abandonnent point sur des rivages ; mais oh diroit que, modèles de la véritable tendresse maternelle, elles consentent à perdre la vie pour la don ner aux petits êtres qui leur devront leur existence. On croiroit même qu'elles s'exposent à périr au milieu de douleurs cruelles, pour sauver les jeunes produits de leur propre substance. Jamais l'imagination poétique, qui a voulu quelquefois élever l'instinct des animaux , animer leur sensibilité, ennoblir leurs affections, embellir leurs qualités, et les rapprocher de celles de l'homme, autant qu'une philosophie trop sévère et trop prompte dans ses jugemens a cherché à les dégrader et à les repousser loin d'elle, n'a pu être si facilement séduite lorsqu'elle a erré au milieu des divers groupes d'animaux dont nous avons entrepris d'écrire l'histoire, et même de tous reux que Ton a placés, avec raison, plus prêt

LE SYNGNATHE TROMPETTE.

de l'homme, ce fils privilégié de la Nature , qu'elle ne l'auroit été par le tableau des soins des syngnathes mères, et de toutes les circonstances qui accompagnent le développement de leurs foibles embryons : jamais elle ne seseroit plu à parer de plus de charmes les résultais de l'organisation des êtres virons et sensibles. Et combien de fois les syngnathes mères n'auroient-elles pas été célébrées dans ces ouvrages charmans, heureux fruits d'une invention brillante et d'un sentiment touchant, que la sagesse reçoit des mains de la poésie pour le bonheur du monde, si le génie qui préside aux sciences naturelles avoit plutôt révélé à celui des beaux arts le secret des phénomènes dérobés à presque torfs les yeux, et par les eaux des mers dans lesquelles ils s'opèrent, et par la petitesse des êtres qui les produisent.'

Mais au travers de ces voiles précieux et transparens dont l'imagination du poète les au roi t enveloppés , qu'auroit vu le physicien ? Que peut remarquer dans la reproduction des syngnathes l'observateur le plus froid et le plus exact? Quels sont ces faits à la vue desquels la poésie auroit bientôt allumé son flambeau? Oublions les douces images qu'elle auroit fait naître, et ne nous occupons que des devoirs d'un historien fidèle.

On a pensé que les syngnathes étoient hermaphrodites : un savant naturaliste , le professeur Pallas, l'a écrit; et ses soupçons à ce sujet ont été fondés sur ce que dans tous les individus de ce genre qu'il a disséqués, il a trouvé des ovaires et des œufs. Peut-être dans cette feuille, ainsi que dans plusieurs autres de la classe des poissons, le nombre des femelles l'emporte-t-il de beaucoup sur celui des mâles. Mais, quoi qu'il en soit, les observations d'autres habiles physiciens, et particulièrement celles d'Artedi, qui a vu des syngnathes mâles , ne permettent pas de regarder comme hermaphrodites les cartilagineux dont nous traitons dans cet article ; et nous sommes dispensés d'admettre une exception qui auroit été unique non-seulement parmi les poissons, mais même parmi tous les animaux à sang rouge.

Les jeunes syngnathes sortent des œufs dans lesquels Us ont été renfermés, pendant que ces mêmes œufs sont encore attachés au corps de la femelle. L'intérieur de ces petites enveloppes a donc dû être fécondé avant leur séparation du corps de la mère. Il en est donc des syngnathes comme LAcipàPB, IL

des raies et des squales t le mâle est obligé de chercher sa femelle , de s'en approcher, de demeurer auprès d'elle au moins pendant quelques momens, de faire arriver jusqu'à elle sa liqueur séminale. Il y a donc un véritable accouplement du mâle et de la femelle dans la famille que nous examinons; et la force qui les entraîne l'un vers l'autre est d'autant plus remarquable, qu'elle peut faire supposer l'existence d'une sorte d'affection mutuelle , très-passagère à la vérité , mais cependant assez vive , et que ce sentiment, quelque peu durable qu'il soit , doit influer beaucoup sur les habitudes de Tanimal , et par conséquent sur l'instinct qui est le résultat de ces habitudes.

Lorsque la liqueur séminale du mâle est parvenue jusqu'aux œufs de la femelle , ils reçoivent de ce fluide vivifiant une action analogue à celle que l'on voit dans tous les œufs fécondés, soit dans le ventre, soit hors du corps des mères, à quelque espèce d'animal qu'il faille d'ailleurs les rapporter. L'œuf, imprégné de la liqueur du mâle , s'anime , se développe , grossit , et le jeune embryon croit, prend des forces, et se nourrit de la matière alimentaire renfermée avec lui dans sa petite coque. Cependant le nombre des œufs que contiennent les ovaires est beaucoup plus grand , à proportion de leur volume, et de la capacité du ventre qui les renferme , dans les syngnathes , que dans les raies ou dans les squales. Lorsque ces œufs ont acquis un certain degré de développement, ils sont trop pressés dans l'espace qu'ils occupent, ils en compriment trop les parois sensibles et élastiques, pour n'être pas repoussés hors de l'intérieur du vendre , avant le moment où les fœtus doivent éclore. Mais ce n'est pas seulement alors par l'anus qu'ils s'échappent ; ils sortent par une fente longitudinale qufr se fait dans le corps, ou, pour mieux dire , dans la queue de la femelle, auprès de l'anus , et entre cette ouverture et la nageoire caudale. Cette fente non-seulement sépare des parties molles de la femelle, mais encore elle désunit des pièces un pei dures et solides. Ces pièces sont plusieurs portions de l'enveloppe presque osseuse dans laquelle les syngnathes sont engagés en entier. Ces poissons sont, en effet, revêtus d'une longue cuirasse qui s'étend depuis la tête jusqu'à l'extrémité de la queue. Cette cuirasse est composée d'un très-grand nombre d'anneaux placés à la suite l'un de l'autre, et dont chacun est articulé avec celui qui le précède et celui qui le suit. Ces

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anneaux ne sont pas circulaires, mais à plusieurs côtés ; et comme les faces analogues de ces anneaux se correspondent d'un • bout à l'autre de ranimai , l'ensemble de la cuirasse, ou , pour mieux dire , du trèslong étui qu'ils forment, ressemble à un prisme à plusieurs pans. Le nombre de ces pans varie suivant les espèces, ainsi que celai des anneaux qui recouvrent le corps et la queue proprement dite*

En même temps que la «orte de gaine qui renferme le poisson présente plusieurs faces disposées dans le sens de la longueur du syngnathe, elle doit offrir aussi, aux endroits où ces pans se touchent, des arêtes ou lignes saillantes et longitudinales, en nombre égal à celui des côtés longitudinaux de cet étui prismatique. Une de ces arêtes est placée, au moins le plus souvent, au milieu de la partie inférieure du corps et de la queue , dont elle parcourt la longueur. C'est une portion de cette arête qui , au-delà de l'anus, se change en fente allongée, pour laisser passer les œufs ; cette fente se prolonge plus ou moins suivant les individus, et suivant l'effort occasioné parle nombre des œufs, soit vers le bout de la queue , soit vers l'autre extrémité du syngnathe.

Cependant les deux pans les plus infériers du fourreau prismatique non-seulement se sépaient à l'endroit de cette fente, mais Us s'enfoncent, vers l'intérieur du corps de l'anima) , dans le bord longitudinal qui louche la fente, et se relèvent dans l'autre, de manière qu'au lieu d'une arête saillante, on voit un petit canal qui s'étend souvent vers la tête et vers le bout de la queue du syngnathe , bien au-delà de la place où la division a lieu. En effet, une "dépression semblable à celle que nous exposons s'opère alors au-delà de la fente , tant vers le bout de la queue que vers la tète , quoique les deux pans longitudinaux les plus inférieurs n'y soient pas détachés l'un de l'autre, et qu'ils s'inclinent uniquement l'un sur l'autre d'une manière très-différente de celle qu'ils présentoient avant la production de la séparation.

Lorsqu'une arête saillante ne règne pas longitudinalement dans le milieu de la parlie inférieure de l'animal , le pan qui occupe cette partie inférieure se partage en deux , et les deux lames allongées qui résultent de cette fracture, ainsi que les pans collatéraux , s'inclinent de manière à produire un canal analogue à celui que nous Tenons de décrire.

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