‹ Œuvres du comte de Lacèpède ... dirigéeChapitre 57 sur 180 · LA VIPÈRE D’ÉGYPTE · texte numérisé non relu

LA VIPÈRE D’ÉGYPTE

Fijx'ra {Ediultm trgyptiàca, Mern; Côlubcr.fripcipf Hassclfi.i A s pis Ctevpatra ■ , Laur. ; CoL.œgyptùicusj Lacep. ; tipmi t*gyptiay Latr.j Ftp. œgyptiara , J)amL % •

T. ods ceux qui ont donné des lamies? an récit dé la mort funeste d’utie reine célébré par- sa beauté, sés richesses, son amour et son infortune, liront peot-ètrc avec quelque plaisir ce que nous allons écrire du serpent dont elle choisit he poison •pour terminer ses malheurs. Le nom dé Cléopâtre est devenu trop fameux, pour que J’ifitérét qu’il inspire i\e se répande pas stir tons les objets qui peuvent rappeler Je souvenir de cette grande souveraine de l’Égypte, que ses charmes et sa puissance^ ne. purent garantir -des plus cruels revers} et le simple reptile qui lui dônna la mort pourra paraître digne dfe quelque attention à ceux même qui ne recherchent qu’avec peu d’empressement les détails de l’histoire naturelle. C’est M. Hassol-

quist qpi a fait connaître cette vipère, qu’il a

(i) L'Atpic des anciens au tenrs. • »’

L. Vipm i'tgJfU,. M. Daubent on , . Encyclopédie inelbodjquc.

Coluhtr yiptra . Lino., ampli il>. Scip.

HuMtqniat, Act. Up«l l7&o,'p. ; et il in: jn Palrstinam , i i \

* A tpi-i CUopatrtr. a3i, Lanrenti Spécimen medienm.

aP'

décrite dans son voyage en Égypte; elle a la tête relçvée en l>os§e des deux côtés,. derrière les yeux ; sa longueur est peu considérable; les écailles qui recouvrent le dessus de son corps sont très -petites';- Son dos est d’un blanc livide, et présente des tâches rousses ; les .grandes plaques qui revêtent le dessous de son corps,- sont au nombre dé cchtNlix huit , et le dessous de la queue est garni de vingt -deux paires de petites plaques.

Les anciens ont écrit que son poison, quoique mortel, ne gansait aucune douleur; que. les forces de ceux qu’elle, avait mordus s’affaiblissaient. insensiblement, qu’ils tombaient dans une douce langueur et dans uue sorte d’agréable repos", auquel succédait un sommeil tranquille- qui se terminait par la mop-t; et voilà pourquoi ou a cru que la reine d’Égypte , rte pouvant plus supporter la vie après la mort d’Autoine et la victoire d’Auguste, avait préféré de mourir par l’effet du venin de celte vipère. Quoi --qu’il en soit des suites plus otf moins douloureuses de sa morsure, il parait que son poison est des plus actifs. C’est ce serpent dont ou enpploie diverses préparations en Egypte, comme nous employons en fyirope celles de la vipère commune; c’est celui qu’on y vend dans les boutiques, et dont on se sert pour les remèdes . connus sous , les noms de Sel de vipère, de Chqir de vipère desséchée, etc. Suivant M. Hasselquist; on envoie tous les ans à Venise

LacrHdi. Tom« IV.

178 * HISTbIRIf R ATUHCLLE

une grande quantité dé vipères égÿptietmes,'pour la composition de la thériaque; et', dés 'le temps de Lucain, ou en faisait venir a Rome pour lu préparation du même rémèüe. C’est cet usage; continué jusqu’à nos jours* quj nous À fait regarder la vipère d’Égypte coiiïitfe cèlje dont Cléopâtre s’était servie; toutes ses descriptions sont d’ailleurs très -conformes à celle que nous tron- .voiis de -l’aspic de Cléopâtre , daUs les, anciens auteurs; et particulièrement dans. Lucain; et voilà’ 'pourquoi nous avons- préféré, à" çe sujet,

' l'opinion M. ÏÆltceiiti'(i),. et d’autrés naturalistes, à celle de M. Lin née ; qui a crn <|ue le $çrpent dont le- poison a donné là mort à fe'reîné d’Égypte, était célni qu’il a nommé T Ammodyte, et dont nous allons nous occuper*^.’

11 paraît que c’est aussi à celte vipère qu’il feiit rapporter ce qUe Pline a .ditde'f*aspic (3), et la belle peinture qu’a faite ce grarwl écrivain de l'attachement de çé reptile pour sa femelle, -du courage avec lequel il* lâ déîehd lorsiju’elfé est attaquées et «le lâ fureur avec faqueJJe-il poursuit ceuâ qHt- Pont Vnisel» mort: . . * -T

> ,« • * » f *»;• ** 1 * *■"• r la . * ■ »»■**• - a

(1) Voyez IVnd roi t déjà t*k<*. , V* *

Aménité* académiques ^ Stockholm, Vl( p. tio.

. (3) PUw,Ji».viq.

v DES SERPENTS.

’ *.* -4 r#. * *•'.•* ’*. \±0* 'sr " • •

. L’AMMODYTE.w

f'tpfrn (EcHiâna, i Ammodytes, Mcrr.; ÇoV. Ammmlytrs, Linn., Lacçp. , Shaw. ; Ciperà Mnsis et f'ip. illyrica, Laur. ; Vip. Ammodytes r DskkI. , Cnv.; Col.. Charasii , Shaw^ Col>ra Ammodytes, rY\ll.

Les a

ES anctens, «t surtout ks auteurs • dti rfloyen

•(ijFtî* nehriàs.'

Ce rc /trias. *v’ . • * *\m , . •'* # a

Ojrnchnasy . ^ •

,1 filions. • , . . **

* Vipère cornue (Tllty rîe. • ; .. • . 1 .

Aspide de/- cornet' ‘ , • ' * r. *.*

. Ammodyte , M. Panbenlun, Encyclopédie uniboditpju. %

6’. Ammodytes, Linnsras , aniphib. Secpent. • ,

• Am moi] y le, M.'Valmout dcjtomare, Dicl. tl'Histoire natarrllr Druinus , Belon, ao3. - * v #«' # * ' , • **

Ammodytes , Aldrovandr , Serp. 169. x*

Ammodyte, M«lhJolc, com. sur Dioscoride f p. yéo. %-

Ammdutus , Avicenne. ' • * •

Ammodytr , Olâus magna*. *• •* * * •

Ammodytes , Gesnee, Ub. V, de Serp. nalurtt , fol.jl.

V Ammodytes , Solinas. *•

Ammodytes 9 Af-tiu*, Kb* XIII, cap. a5.

Ammodytes, Eastfy Touvvards k nat tirai Hplory of Serpenta , \A Char). Owen, l,«»nd.t Ij4*, p. 53.

Ammodytes , Bai , SyoopS.% f. *87. „ Aitiîuodyies ita dietusqood

• aienaui subcat. Viper* pcnrimâem este aiunt , cubitali lonpitudinr ,

• colore areoAcco, capite viperiuo anipiiotc , maxilli* latiorilmv, joau-

l£o MISTOIRK WATtlItftl.LK

âge, ont beaucoup parlé de ce serpent très-venimeux, qui habite plusieurs contrées orientales, et que J’qn trouve dans plusieurs endroits «je l’Italie, ainsi que de l'illyrie, autrement Esclavonie. Son 110m lui vient de l’habitude qu’il a de se cacher dans lç .sable , dont la couleur est àpeu-près celle de son dos, varié' d'ailleurs par un grand nombre de taches noires, disposées souvent de manière à représenter une bande longitudinale et dentelée , ce qui donne aux couleurs de l’ammodyte une très- grande ressemblance avec celles de la vipère commune, dont il se rapproche aussi beaucoup par sa conformation; mais sa tête est ordinairement plus large, à proportion du corps, que' celle de notre vipère? et d'ailleurs il est fort aisé de Ie.distinguer de toutes les autres couleuvres connues, parçe qu’il a sur le bout du museau, une petite éminence, une sorte de corné, haute communément de deux lignés, mobile en ârrigre, d’une substance charnue, couverte de très-petites écailles, et.de chaque, côte de laquelle on voit deux tubercules nu pou saillants, placés aux orifices des narines; aussi at-jl été’ noUimé, dans plfisiéurs contrées , sispw cornu. Sa morsure est,. en effet, aussi dangereuse que celle du serpent venimeux nommé Aspic par

■ perioce parle toMri tniim-Biiam <|tiuiucljni ticuta* verucc fiftnlem ge-

• reiw» t un<Jè Serpent» cornu fut» vulgù -dkilur. In Lybiâ, iqqec lllyrico

• et llali;i , (loiniblUi iiuprim»» (rdrilibtiiip>rifjliic. •* *

les anciens; et l’on a vu • des gens mord ns par ce serpent, mourir trois heures après (i); d’autres Ont véçu cependant jusqu’au troisième jour, et d’autres même jusqu'au septième. Les remèdes qu'on a indiqués contée le venin de l’Ammodyte, sont à-peu-près les mêmes que Ç£ux auxquels on a eu recours contre la morsure des autres serpents venimeux (a). On à employé l’application des ventouses, les incisions aux environs de la plaie, la compression des- parties supérieures à l’endroit mordu, l’agrandissement de la blessure, les boissons qu’on fait avaler contre le^ poisons pris intérieurement, les emplâtres dont on' se sert pour prévenir ou arrêter la putréfaction des chairs, etc: (3). Ce reptile est couvert, sous le ventre, de cent quarautcrdeux grandes plaques, -et sous la queue, «le trente-deux paires de petites; le dessus

(t) Matin oie.

(?) Voyez , dans l'article de la Vipère cômmutre entrait des expérience» 'de M. l’abbé Fontana, oo jnjet du poiaon 3e Ce serpent.

(3) « Proprie autern eis .mxijjttlur mentacuiti , aqua raulsa polala , « castoreuni , çÿssia et prterulsi.e succus ônpi aqo#. panda’ ftiam in potu

• tberiaca , en ricin quoqne plagæ jniponendâ. tltenduiii et cmplasfris « attractorüs : postes yero cataplasmata ; *quæ a4 noina» sivc ' ulcéra

- serpent ia corjdw-uni, iinponenda. - Artius. . • f#i

« Çuratio autera eofnm e»t en ratio coin munis : et est cjus propriuiu

- Jare in polo castoreuis , et clnnamontnm , et radicefn ce» tan rca* , de « quocufnqde istorum fuerit , etrt , cnfti rino. Et cofafert eis radix aristo- « lochm*, ei proprié longé juvpmenturn "maximum'. Et similiter radix ■ assoa*ir,*ct micCus rjua proprtè , et «radix genliame. Et conferunt eis « ex emplastris nud Jeoo rtn m et exsiccatnm ,.et tritum : et radiers gra-

- natorûm : et ^militer ccrftaurcar) el sérum - lin! r% loptucft*, ét serti en

- lia mu- 1 , et volubilis', et ruta sÿfveflris : et conferunt ci* eufplastra

• appropriata ulceribns putridis. » Avicenne.

I H'J HISTOIRE HATI’RELLF

desa tète est garni de petites écailles ovales, nnies et presque semblables à celles du dos. La queue est très-courte, à proportion du corps,. qui n’jk ordinairement qu’un demi-pied de long. ,

L’ammodyte se nourrit souvent de lézards et d’autres animaux aussi gros que lui, mais qu’il peut avaler aveé facilité, à causé de l’extension dont son corps est susceptible.' •

Il parait que c’est à cette espèce, au développement de laquelle un climat très-chaud peqt être très-né.ceSsaire , qu’il faut rapporter les serpents cornus de . la . Côte-d’Or, dout a parlé Bosman, quoique ces derniers soient beaucoup plus grands que l’ammodyte d’Esc.lavo/iie. Ce voyageur vit, au fort hollandais d’Axim , la dépouille d'un individu de cette espèce de serpents cornus; ce reptile était de la grosseur dri bras,' long tle cinq pieils, et rayé ou tachet^ de noir, de brun, de blanc et de jaune, d’tuie manière très- agréable à l’œil. Suivant Bosman r ces serpents ont pour arme offensive, une fort petite corne, ou plutôt unê dent qiÿ sort delai mâchoire supérieure-, aupéès du nez; elle est blanche* dure et très-pointue. Il arrive souvent aux nègres; qui vont nli- pieds dans les chàmps, de marcher impiménoeqt sur ces imv maux," car cés reptiles avalent leur proie avec tant d’avidité, et tombent ensuite dans un 'sommeil si profond, qu’il faut, un bruit astfez fort, et même un mouvement assez grand pour les réveillerai).

(i) llosiiiiin , J7I

-■• LE CÉRASTE.

Pipera {Erhi<lmù Cemstcf , Mcrr. ; Cal. Cérastes, Hassclq., Linn , Lacep., Shaw. ; Col. etynutus , Hassclq.; Vipera Ce~ raslcff Latr., Uatul.,- Pipera corauta , Dautl. ; Aspis Çeras- . tes, F itz. . • » • ' . ■ .

I»»i noix

On a don Hé ce nym â un seçpent 'veutjaneirx tî'A râblé, d'Afrique', et particulièrement d'Egypte, qui a été envoyé au Cabinet du' Roi sous Te nom (1 v Vipère cornue ; il est frès-remarquable et trèsaisé a distinguer par deux espèces de petites cf>r± nés. qui. s’é levé nt. auxlessiis de ses yeux. Ç’èst a pparemmen t cette, eonfyr mat ion qui, jointe à sa qualité vénéneuse,. èt peut-être à* ses liàbitiulçs naturelles, l’auront fait observer avec attention par les premiers Égyptiens, et les auront déteV- ^ % 1 ’ . ’ ■ : ■ — 77» — . ’ .• ; — — 77 — T *

(«) Kifaaw , «b' grec. Àlp et Aëg , en Égypte. ,

• Cera.lt,. ■ ?;* *

Ce ris (al b. *r - ’.j. ’,*•

; L* ÇènMc* M; DapWcntoiii Jincyclûp^dhhiûêibodiqw;. ,

'Col ubtr Cérastes', Lion. , «rnphib. Arpent.

Bclttft f iiin. a®3. «• ’ • # * ‘ •

Çohiber cornùtns » ffaaselqaist/Uer 3i5 ri* 5|. \ •

Le Céfacte , M. ValjnQM dr Bontare, Dict. «i’Hist. tufur. •/, * Cérastes , Ha», Syuopsin S«rpecp^r f eçfcri» t p. a8?. ■ , .*•

• Cérastes y Gesner , de Serpentai» nataca., toi. 38. • ...

Cor as les , . Kim; Touward* a lulural* Hiitory u( Serpçoti , by Charl. < tares. Lnndua , r7.lV, p.. 5 4 . pl> 1 • *

■ 34 HISTOIRE NATORtUF.

minés à faire placer de préférence son image parmi leurs diverses figures hiéroglyphiques. .On le trouve gravé sur les monuments de la phlsJiauto antiquité, que le temps laisse encore subsister sur cette fameuse terre d’Égypte. On le voit représenté sur les obélisques, sur les colonnes des temples, au pied des statues, sur les tnurs des palais, et jusque sur les momies (i). Un double intérêt anime donc la curiosité, relativement au céraste; une connaissance exacte de ses propriétés et de ses moeurs, non seulement doit être recherchée parle naturaliste, majs servirait peut-être àt découvrir en partie le sens de cette langue religieuse et politique v qui nous transmettrait les antiques événements et les antiques opinions des célèbres et belles contrées de l’Orient. Si l’on ne peut pas encore exposer toutes les habitudes naturelles du céraste , faisons donc connaître exactement sa forme, et décrivons-je avec soin d’après les. individus que nous avons examinés.

Les opinions des naturalistes', anciens et modernes, ont fort varié sur la nature ainsi que sur le nombre des cornes qui distinguent le céraste; les uns ont dit qu’il eu avftirdéux, d’autr»v> quatre, et d’autres huit , qu’ils ont comparées aux espèces

de petites cymes, ou pour mieux dire, aux Xen-

— — - « — : : •. i — : — ii « - * «

(i}I)rux très- grandes pirrn-s apportées *d' Alexandrie à Londres, placée» dans L\ cour do Mnurath , et qui paraissent avoir fait partie d'une (frimlr corniche d'un magnifique palais , présentent plusieurs liguée» de céraates lcrsditen gravées. lettre de M. Kl lis , Tran». pliil.% an. 1766.

• .Des S ER P ENA S. l85

tncules des limaçons et d’autres animaux de la classe des vers (i). Quelques auteurs les ont regardées comme des dents attachées à la mâchoire supérieur^; quelques autres ont écrit que le céraste Devait point de cornes, que celles quon avait vues sur la tète de quelques individus, n’étaient point naturelles » mais l’ouvrage îles Arabes, qui placèrent avec art des ergots sur le crâne du reptile, pour le rendre extraordinaire et le faire vendre plus cher. H se peut que l’on ait quelquefois attaché, à de vrais cérastes, de petites cornes

artificielles ; U sé peut vaussi que ces serpents , ayant été fort recherchés, on ait vendu pour des cérastes des reptiles d’une autre espèce qui leur auront à-pen-près ressemblé par la couleur, et auxquels on aura appliqué de fausses cornes. Mais le vrai serpent céraste a réellemèut au-dessus, de chaque œil, -un petit corp}> pointu et allongé, auquel le nom de corné me paraît mieux côuvenir qu’aucun autre. M. I-innée a donné (a) le nom de depts molles à ces' petits .corps placés’âu-dessus des yeux du serpent que iious décrivons ; mais cé nom de dent ne itous paraît pouvoir appartenir qu’â Ce qui tient aux. .mâchoires supérieures ou inférieures des animaux; et après avoir examiné les Cornes du céraste, en avoir coupé nue en plusieurs parties, et en avoir aiusi suivi la prolon-

(lVPÙ<M«t ftutin. ! • . ...

(a) Sysleiua uaturai , cdiiio Mil.

iSG III8TOIKE NATURELLE

gatinn jusqu’à la télé, nous nous sommes assurés que , bien loin de tenir à la mâchoire supérieure , ces cornes ne sont attachées à aucun os; aussi sonNelles mobiles à la volonté de L’animal.

Chacune de ces cornes est placée précisément au-dessus de l'oeil, et comme enchâssée parmi les petites écailles qui formeiu la partie supérieure de l’orbite; sa racine est erttoqrée «l’écailles phis petites que celles du dos, «t elle représente une petite pyramide carrée dont chaque face serait sillonnée par une rainure longitudinale .et trèssensible < j }. Elle est composée de couches placées au-dessus les nues dés autres;. et qui se recoilvrent entièrement. $ous avons enlevé facilement -la couche extérieure, tpi i s’en est séparée en forme dépit lenne, en présentant toujours quatre Cotés et quatre rainures , ainsi que la couche inférieure, «pie nous avons mise par-là à découvert. Cette maniéré, de- s’-exfolier est semblable à celle /J es écailles., dont l'épiderme ou'la couche supérieure^ se sépare également avec , facilité après quelque altération, -Aussi regardonsuioii* la matière de ces eûmes comme de mémç nature que ceUe «les écailles; et ce qui le -cqulirroe.» «est que noys avons vu ces petites éminences tenir à la peau de

• (l) Beloii ■' compare l« forme de coS eqii notices â ce lie d'un grfin d’orge, fit c'est apparemment cette ressemblance avec une graille dont % nourrissent quelques espèces d'oilcanx , qui a fait jiertèer'que le rérafte se .cachait mus des. feuilles et ne bissait parai Ire que ses cornes 9 qui qervaieut d'appàt *pour les petits oiseaux qu’il dévorait. Voyez Pline et Soltn.

DES SERPENfcS-. ; '^7

l;t même maniéré que les écailles y sont attachées. Au Veste, ces 'cornes mobiles sont Un peç courl>ées, et avaient à-peu-près deux lignes eje longueur dans les, individus que nous avons décrits.

La tête des cérastes est aplatie, le museau gros et- court, l’iris des yeux d’un vert-jaunâtre, et la pVurtelle, lorsqu’elle est contractée, forme une fente perpendiculaire à la longueur du corps; le derrière delà ttte est rétréci et moins large que la -partie' du corps itfaquelle elle lient; le dessus en est garni.tFécaiHes égales en grandeur à celles du dos, ou même.quelquefois plus petites que ces dernières, -qui sont ovales- et relevées par une arête saillaiité. . . • > , •/

' Nous avons compté, sur deux individus de cette espèce, ceut quar^te-se]U grandes plaques -sous le ventre » et soixantç-trois paires de petites pla? ques sous la queue; Suivant M. Linuée, un serpent de la même espèce avait- cent cinquante grandes plaques et vingt-cinq priées de petites. Ilasselquist a compté sur un autre individu cinquante paires de petpes -plaques, et cent cinquante grandes. Voilà donc une nouvelle preuve de ce que nous av<>iis dit touchant là' variation 4u nombre de6 grandes et des petites plaques dans la même espèce île serpent; mais comme il -ne faut négliger aucun caractère dans un or; Ire d’animaux dont les espèces sont, ten général, tces^difficiles à. distin^ gué* les imes.des autre!», uous oroyous toujours nécessaire' de -joindre le nombre <les grandes et

1 88 histoire raturel'le

dès petites plaques , au» autres signes de la différence <Jes diverses espèces de reptiles.

,La couleur générale du dos est' jaunâtre et re- x levée par des taches irrégulières plus ou moins foncées, qui représentent de petites bandes transversales; celle du dessous du corps est plus claire.

Les individus que nous avons mesurés avaient plus de deu»' pieds (Je long; ils. présentaient la grandeur ordinaire, de cette tspèce de serpents. La queue n’avait pas cinq ponces; elle est ordinairement très-courte en proportion du corps, dans te céraste, ainsi que dans la -vipère Commune- '• •* ' J\- * ' •*. *

Le céraste supporte la faim ét la soif pendant beaucoup plus de temps que la plupart des autres serpents; niais il eût si- goulu, qu’il se jette avec , avidité sur les petits oiseaux et les autres animaux- dont il fait sa proie ; et comme, suivant Btelon , sa peau peut se prêter tà une très-grande distension, et son volume augmenter par-là du double, il n’est pas surprenant qifit avalé une quantité d’aliments si Considérable que, sa digestion devenant très-difficile; il tombe flans une sorte de torpeur et dans un sommeil profond , pendant lequel il est fort aisé de le tuer.

La plupart «les auteurs anciens ou du moyeu âge, ont pensé’ qu'il était >id des serpents -qui peuvent le. plus aisément retourner en. divers sens, et ils out écrit qu'au lieu de s’avapcer en droite ligne , il n’allait jamais que* par des circuits

plus ou moins tortueux, et toujours y on t-iis ajouté, en faisant entendre une sorte de petit bruit et .de sifflement par le- choc de ses dures écailles (i).

^ÏVÏais, de quelque manière et avec quelque vitesse qu’il rampe, il lui est difficile d'échapper aux aigles et aux grands oiseaux de proie qui fondeut sur lur avec rapidité, et que les Égyptiens adoraient, suivant Riodore de Sicile, parce qu’ils les délivraient de plusieurs bêtes venimeuses, et particulièrement des cérastes. Ces serpents cependant ont toujours été regardés1 comihe très*rusés, tant pour échapper à, leurs ennemis , que pour se saisir «le leur proie; ou .les a même nommés- insidieux, et l’on,H préieudn qu’ils se cachaient dans les trous voisins des grands chemins,.et parti eulièreuieut dans. les ornières, pour.se jeter à l’ improviste sur les voyageurs. ,

C’est principalement avec cette espèce de serpepts que les Libyens, connus sous le: nom de Psyllesi, .prétendaient aVoir le droit de jouer impunémeut, ot dont ils assuraient qu’ils maitùsaient, à leur vqlonté, et la-foreè-et le poison: Les cérastes, ainsi que tous les, reptiles,, peuvent vivre très-loug-temps sans manger; plusieurs auteurs Pont écrit; et on- a même heaufcoup^ exagéré ce fait, puisqu'on a cru qu’ilg pouvaient vivre cinq ans sans prendre aucune nourriture (a). • • •

(l) Lucuin, liv. ï\. Nicandre , in Tbcriaefs. Actius , Qyllius , Isidore t êlc. ' . . * t \

(a) - M. Gabtrdi, apothicaire de Veniae , qui avait demeure long-

Belon assure que les' petits cérastes éelosent dans le ventre «le leur ipére, ainsi que ceux «le notre vipère commune (f ); mais nous' croyons devoir citer un fait qui parait contredire cette assertion, et que Gesner rapporte dans Son li vré de la Nature des serpents, d'après un- rie ses corres pondants qui en avait été témoin à Venise (a), lin noble Vénitien conserva pendant quelque temps, et auprès du feu, trois serpents qu'011 lui avait apportés 'du pays -y>u l’on trouée les cérastes; l’un femelle, et truis-fois plus grand que les autres, avait trois pieds de long ,• presque la grosseur du bras, la tète comprimée et large de -deux «loigts, l:iris noir , les écailles du «los cendrées et noirâtres dans leur partie-su périeure , la queue un peu rousse et terminée en pointe; et «nié corne de snbstance écailleuse au-dessus de chaque oeil. Gesnér le regarda comme de l’espèce «les c«Va6tes , «laijt il nous parait , en effet, avoir eu les principaux caractères; H pondit «laits le sable quatre ou cinq œtifs à-p«mpres de Ja gcosseqr de ceux de pigeon. ''Les rapports de conformation , «le qualité; vénéneuse et

— .at .. — . . . : — i -

• temps «o Caire, me montra deux de ce* * vipère* ( deux cérastes ).; qu’il V avait gardées cinq en* «buts une.huuteMJe bien byucbce , unt aucune

• nourriture ; il jr avait, seulement au fond dé la -bouteille un peu de table

• fin/ dans lequel elles *e lotira icift ; lorsque je les vis, elles \ ruaient de

• changer de peau ,.et paraissaient aussi vigoureuses ei aussi vive* quêtai «.elles avaient été priaes tqut nouvellement. a Shaw. Voyage daua plu aieur» provinces -de la Raitiaric et du Levant, tom. I! , cbaj». 5 /

(1) Toyaa Bélorf et Rai, k l'endroit drjb cité. •' „ . • /

(a) Celtier , fol. 38. * ' * •* • . *

UES SERPENTS. igi

d’habitudes qui lient le céraste av'fec la vipère commune, ainsi qu’avec un grand nombre -d'atitrês vipères. dont lit manière île venir au jour est. bien connue , nous feraient adopter dd préférence l'opinion fondée sur l’autorité de Béton, qui a beaucoup voyagé dans le pays habité par les cérastes; mais comme il pourrait se faire que les deux manières de venir à la lumière fussent réunies dans quelques espèces de serperits, ainsi quelles le sont dans quelques-espèces de quadrupèdes Ovipares, et qu’il -serait bon de bien <déterminer si tous les aiijmaux armés de crochets venimeux, éclosent dans le v.éntrp de leur mère, et même sont les seuls qui lie pondent pas, nous invitons les voyageurs qui pourront observer sans dauger les cérastes, à s’assurer de la manière dont naissent leurs petits. •* . • |

Hérodote a parlé de serpents consacrés par les habitants de Thébés à Jupiter, ou pour mieux dire, à la divinité égyptienne qui répondait- au Jupiter des ’Gre.es; 6» .les bnf errait, après leur mort, dans le temple de ce dieu : et, suivant le père de J’Histoire, lis avaient deltx cornes, mais ne faisaient aucun mal à personnê. Si Hérodote n’a point été trompé, bn devrait les regarder comme d’une espèce différente dé celle du céraste; mais il est .assez vraisemblable- qu’on l’avait jmieux informé tfe la conformation que dès qualités de ces serpents, cpi’ils étaient venimeux comme, le céraste, qu’ils appartenaient à la même espèce, çt

que la force de leur poison , qui avait dû, paraître aux anciens donner la mort presque aussi promptement que la foudre du maître des dieux, avait peut-être été un motif de plus pour les consacrer à la divinité que l’on croyait voir lancer le ton-

nerre.

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LE SERPENT A LÏJNETTES(,)V

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