‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 2)Chapitre 1 sur 188 · AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR

M. LE COMTE DE BurFox travaillant dans ce moment à l’histoire des Gétacés, ainsi qu’à compléter celle des Quadrupèdes vivipares et des Oiseaux, désirant de voir terminer l'Histoire naturelle générale et particulière , et sa santé ne lui permettant pas de s’'occuper de tous les détails de cet ouvrage immense dont son génie a conçu le vaste ensemble d’une manière si sublime, et exécuté les principales parties avec tant de gloire, il a bien voulu me charger de travailler à l’histoire naturelle des Quadrupèdes ovipares et des Serpents, que je publie aujourd’hui.

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EXTRAÏT DES REGISTRES

Du99 MUILLET |907.

Nous avons été nommés commissaires, M. Fougeroux ; M. Broussonnet, et moi, par l'Académie, pour lui faire le rapport d'un ouvrage qui a pour titre : Histoire naturelle des Quadrupèdes ovipares , par M. le comte de Lacépède.

L'auteur présente, à la tête de son ouvrage, une table méthodique de tous les quadrupèdes oviparesdont il traite : il a choisi pour la composer des caractères saillants, que les changements de température, ou divers accidents, ne peuvent faire varier, qui se trouvent dans le mâle comme dans la femelle, dans les jeunes animaux comme dans les adultes, et qu'il a reconnus en examinant et en comparant attentivement un grand nombre d'individus de différentes espèces de quadrupèdes ovipares, et les descriptions d’un grand nombre d'auteurs.

M. le comte de Lacépède a divisé l’ordre entier

DE L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES. 9 des quadrupèdes ovipares en deux grandes classes ; il a placé dans la première tous les quadrupèdes ovipares qui ont une queue , el dans la seconde ceux qui n’en ont point.

I a établi deux genres dans la première classe, celui des Tortues, et celui des Lézards, qui diffèrent l’un de l’autre, en ce que les premiers ont le corps couvert d’une carapace osseuse et solide, que l’on ne trouve sur aucun des seconds.

Le genre des Tortues renfermant des espèces dont la conformation et les habitudes présentent des différences très sensibles, et M. le comte de Lacépède donnant la description de plusieurs espèces nouvelles de ces animaux, il a cru devoir partager ce genre en deux divisions, pour lesquelles il a assigné des caractères constants, aisés à saisir, et d’après lesquels on pourra distinguer les espèces d’une division d'avec celles d’une autre , même en ne voyant que la carapace et le plastron.

Dans la première division, qui comprend les tortues marines, sont placées six espèces, dont deux n’avoient encore été que légèrement indiquées par les voyageurs; M. de Lacépède à cru devoir les appeler l’'Écaille-verte , et la Nasicorne. Dans la seconde division , sont les tortues d’eau douce et de terre, au nombre de dix-huit espèces, dont quatre étoient encore inconnues, et ont été nommées par l’auteur, la Jaune, la Chagrinée, la Roussätre et la Noitrâtre.

Le genre des Lézards étant beaucoup plus nombreux que celui des Tortues, et leur conformation, einsi que leurs habitudes, présentant plus de diffé-

rences, l’auteur a cru devoir former huit divisions dans ce genre. La première comprend le crocodile proprement dit, le crocodile noir, le gavial ou crocodile du Gange, qui étoit à peine connu, et dont M. de Lacépède montre les rapports de grandeur et de conformation avec les autres crocodiles, ainsi que huit autres espèces de lézards. La seconde division renferme l’iguane , le basilic, et trois autres espèces. Dans la troisième division, sont rangés le Lézard gris, le Lézard vert, et six autres espèces de lézards. Dans Ja quatrième, l’on trouve le caméléon et vingl autres espèces dont deux n'étoient point connues des naturalistes. M. de Lacépède leur a conservé les noms de Mabouya et de Roquet, qu’on leur a donnés en Amérique. L'auteur a placé dans la cinquième division trois espèces de lézards, dont une étoit encore inconnue , et a été appelée , par M. de Lacépède, Lezard à tête plate. La sixième division comprend le seps et le chalcide. L'auteur a cru devoir donner ce dernier nom à un lézard remarquable par sa conformation, et qui n’avoit été décrit, ni même indiqué par aucun naturaliste. Dans la septième division est placé le dragon; et enfin les salamandres, au nombre de six, forment la huitième division. M. de Lacépède fait connoître deux espèces de ces salamandres, dont personne n’avoit encore parlé.

M. de Lacépède passe ensuite à la seconde classe des Quadrupèdes ovipares, c’est-à-dire à ceux qui n’ont point de queue. Il les divise en trois genres, pour lesquels il assigne des caractères extérieurs, faciles à reconnoître , constants, et qu'il-a trouvés en

comparant attentivement la conformation de ces animaux avec ce qu'il a pu connoître de la différence de leurs habitudes.

Le premier genre, uniquement composé de grenouilles, en contient douze espèces : le second genre, qui comprend la raine-verte d'Europe , et toutes les autres raines, présente sept espèces ; et dans le troisième genre, qui termine l’histoire des quadrupèdes ovipares, sont placées quatorze espèces de crapauds.

L'auteur ne s’est pas contenté d’avoir observé plusieurs Quadrupèdes ovipares vivants, et d’avoir examiné avec soin plusieurs individus de a plupart des espèces dont il traite; il a recueilli les principales observations des divers auteurs qui ont parlé des quadrupèdes ovipares; il a d’ailleurs fait usage d’un grand nombre de notes manuscrites, qui lui ont été communiquées par plusieurs naturalistes de divers pays, et dont la plupart avoient voyagé dans les contrées où les quadrupèdes ovipares sont le plus communs.

M. le comte de Lacépède fait connoître près de vingt espèces, dont aucun auteur n’avoit fait mention , ou qui n'avoient été ni classées, ni comparées avec soin. Îl présente en tout la description de cent treize espèces de quadrupèdes ovipares.

Mais il paroît s'être attaché principalement à simplifier la science et à diminuer le nombre des espèces arbitraires que l’on avoit admises ; il a cherché avec soin l'influence du climat; de l’âge, du sexe et de la saison sur les diverses espèces, pour ne regarder que comme des variétés les individus dont les différences ne sont pas assez grandes, ou assez permanentes,

pour conslituer une espèce; et il est tel article où l’auteur a rapporté à la même espèce cinq ou six individus, considérés par certains naluralistes comme autant d'espèces distinctes.

Chaque article comprend la liste, non seulement des noms vulgaires attribués à l’animal dans les divers pays, el par les différents voyageurs, maïs encore des noms méthodiques qui lui ont été donnés par les naturalistes. ï

On trouve ; dans l'ouvrage de M. de Lacépède, la mesure et les proportions des diverses parties du corps pour un grand nombre de quadrupèdes ovipares. Il a tâché de plus de joindre à la description de chaque espèce l’histoire de ses habitudes; il traite de l’endroit où on la trouve , du temps de l’accouplement, de celui de la ponte, du nombre et de la forme des œufs, de la durée de l’accroissement, de la longueur de la vie, de la manière de se nourrir , de se défendre, etc.; et, pour faire mieux connoître les quadrupèdes ovipares , il montre les rapports de forme et d’habitudes que les diverses espèces ont les unes avec les autres, et même avec des animaux d’ordres plus ou moins différents. Mais, pour éviter les répétitions, il ne traite d'une manière étendue que des principales espèces de chaque division, et il ne parle que des différences que les autres présentent.

Ce qui concerne chaque genre est précédé de l’exposition des traits généraux qui le caractérisent, et l'ouvrage commence par un discours, où la conforation extérieure , les principaux points de la conformation intérieure, et les habitudes communes à

tous les quadrupèdes ovipares, sont présentés et comparés avec ceux des autres animaux : c'est le résultat général des observations faites ou recueillies par M. de Lacépède, et le tableau de leurs rapports.

À la suite de l’histoire des Quadrupèdes ovipares, M. de Lacépède donne la description de deux animaux, qu'il nomme Reptiles bipèdes, qui n’ont en effet que deux jambes, au lieu de quatre, et que l’auteur croit devoir placer entre les Quadrupèdes ovipares et les Serpents, dont il se propose de présenter incessamment l’histoire à l’Académie. Le premier de ces deux animaux n’a encore été indiqué par aucun auteur; on l’a envoyé du Mexique; le second a été décrit par M. Pallas. M. de Lacépède fait voir qu'on ne peut pas regarder ces animaux comme des monstres, puisqu'ils sont en très grand nombre dans les pays où on les trouve. D'ailleurs l’auteur, en comparant la conformation du reptile bipède, qu'il a reçu du Mexique, avec celle des lézards et des serpents, montre qu’il diffère par la forme de sa queue, ainsi que par l’arrangement et la figure de ses écailles, de tous les lézards, et particulièrement du Seps et du Chalcide, avec lesquels il a le plus de rapports; et par conséquent il ne croit pas devoir le regarder comme un monstre par défaut, ou comme un lézard qui auroit perdu deux de ses jambes. [1 ne croit pas non plus devoir le considérer comme un monstre par excès, Où comme un serpent qui, par une sorte de monstruosité , seroit né avec deux jambes, parce que les jambes du bipède du Mexique , ses pieds, ses doigts, les écailles qui les recouvrent, sesongles, etc.,

présentent la symétrie la plus régulière, et parce que ce bipède diffère de tous les serpents connus par larrangement de ses écailles. M. Pallas a aussi prouvé que le bipède, dont il a donné la description dans les Mémoires de Pétersbourg, ne pouvoit être regardé ni comme un lézard, ni comme un serpent monstrueux.

M. ie comte de Lacépède fait voir, dans l’article où il traite des bipèdes, qu'excepté celui que M. Pallas a décrit, et celui qu'il a reçu du Mexique, tous les reptiles bipèdes , mentionnés jusqu’à présent par les naturalistes, ne sont que des larves de salamandres, ou des lézards, tels que le Seps et le Chalcide, nés nonstrueux, ou privés de deux pattes par quelque accident.

L'auteur a joint à son ouvrage les dessin des principales espèces de chaque division, et surtout de celles qui ne sont pas encore connues, ou qui ne le sont qu'imparfaitement.

Quant à l'existence des reptiles bipèdes, nous ne porterons aucun jugement à ce sujet. Nous croyons que, pour admettre ces animaux comme des espèces constantes, il faudroit avoir des observations et des preuves plus multipliées.

L'ouvrage de M. le comte de Lacépède nous a paru fait avec autant de soin que d'intelligence. Il y a de la clarté et de la précision dans les descriptions ; les caractères des classes, des genres et des espèces, sont bien contrastés ; la partie historique est faite avec discernement. L'auteur n'a pas négligé de rendre son style agréable , pour donner quelque attrait

DE L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES. 19 à des détails fastidieux, et souvent dégoûtants, par la nature de leur objet.

Nous pensons que cette Histoire naturelle des Quadrupèdes ovipares mérite d’être approuvée par l’Académie, et imprimée sous son privilége.

Fait au Louvre, le 25 juillet 1787. DAUBENTON, FoucEroux DE BonNDparoY , BROUSSONNET.

Je certifie le présent extrait conforme à l'original, et au jugement de l’Académie. À Paris, le 29 juillet

Signé : Le marquis DE Conporcer.

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