Bélon
2, Séba, vol. I,
M. Bomare, article du Caméléon.
5. « Ceux qui ont l'œil bon découvrent des Taïtah, Bouiah ou ca- » méléons sur toutes les haïes. La langue du caméléon est longue de » quatre pouces , elle a la figure d’un pilon ; cet animal la lance avec
DU CAMÉLÉON. 925 l'île de Ceylan, dans celle d'Amboine , etc. La destinée de cet animal paroît avoir été d’intéresser de toutes les manières. Objet, dans les pays anciennement policés, de contes ridicules, de fables agréables, de superstitions absurdes et burlesques, il jouit de beaucoup de vénération sur les bords du Sénégal et de la Gambie. La religion des nègres du cap de Monté leur défend de tuer les caméléons, et les oblige à les secourir, lorsque ces petits animaux, tremblants le long des rochers dont ils cherchent à descendre, s’attachent avec peine par leurs ongles, se retiennent avec la queue, et s’'épuisent, pour ainsi dire , en vains efforts; mais quand ces animaux sont morts, ces mêmes nègres font sécher leur chair et la mangent.
Il y a au Cabinet du Roï, deux caméléons, l’un du Sénégal , et l’autre du cap de Bonne-Espérance, qui n’ont pas sur le derrière de la tête cette élévation triangulaire, cette sorte de casque, qui distingue non seulement les caméléons d'Égypte et des grandes Indes, mais encore ceux du Mexique : les caméléons diffèrent aussi quelquefois les uns des autres, par le plus ou le moins de prolongation de la petite dentelure qui s'étend le long du dos et du dessous du corps; on a, d’après cela, voulu séparer les uns des autres, comme autant d'espèces distinctes, les camé-
» une rapidité surprenante, sur les mouches ou autres insectes qu'il » y accroche avec une espèce de glu qui sort à point nommé du bout » de sa langue. Les Maures et les Arabes, après en avoir séché la peau, » la portent au cou, dans la persuasion que cet amulette les garantit » contre les influences d'un œil malin, » Voyage de Shaw, dans plusieurs provinces de la Barbarie et du Levant, à La Haye, 1745, vo- Jume Ï, page 955.
léons d'Égypte , ceux d'Arabie, ceux du Mexique!, ceux de Ceylan, ceux du capde Bonne-Espérance, etc. ; mais ces légères différences, qui ne changent rien aux caractères d’après lesquels il est aisé de reconnoître les caméléons , non plus qu’à leurs habitudes, ne doivent pas nous empècher de regarder l'espèce du caméléon comme la mème dans les diverses conirées qu’il fréquente, quoiqu'elle soit quelquefois un peu altérée par l'influence du climat, ou par d’autres circonstances, et qu'elle se montre. avec quelque variété dans sa forme ou dans sa grandeur, suivant l’âge et le sexe des individus.
M. Parsons a donné dans les Transactions philosophiques la figure et la description d’un caméléon qui avoit été apporté à un de ses amis, parmi d’autres objets d'histoire naturelle , et dont il ignoroit le pays natal?. Cet animal re différoit d’une manière remarquable des autres caméléons, tant de l’ancien que du Nouveau-Monde, que par la forme du casque que nous avons décrit. Cette partie saillante ne s'étendoit pas seulement sur le derrière de la tête dans le caméléon de M. Parsons, mais elle se divisoit par devant en deux protubérances crénelées qui s’élevoient obliquement et s’avançoient jusqu'au dessus des narines. Ce ne sera qu'après de nouvelles observations sur des individus semblables, que l’on pourra déterminer si le caméléon très bien décrit par M. Parsons, appartenoit à une race constante, ou ne formoit qu’une variété individuelle.
1. Voyez Belon et Jo. Faber Lynceus, dans son exposition des ani-
maux de la Nouvelle-Espagne.
>. Transactions philosophiques. année 1768, tome LVIIT, p. 19°.