‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 2)Chapitre 164 sur 188 · DU STELLION · texte numérisé non relu

DU STELLION

si ses proportions déplaisent, ses couleurs charment ordinairement la vue. Il présente le plus souvent un doux mélange de blanc, de noir, de gris, et quelquefois de vert, dont il est comme marbré.

Il habite l'Afrique , et il n’y est pas confiné dans les régions les plus chaudes, puisqu'il est également au cap de Bonne-Espérance et en Égypte 1, On le rencontre aussi dans les contrées orientales et dans les îles de l’Archipel , ainsi qu’en Judée et en Syrie, où il paroïît, d’après Belon, qu'il devient très grand?. M. François Cetti dit qu’il est assez commun en Sardaigne, et qu'il y habite dans les maisons; on l'y nomme T'arentole , ainsi que dans plusieurs provinces d'Italie’; et c’est une nouvelle preuve de l'emploi qu'on a fait pour plusieurs espèces de lézards de ce nom de Tarentole ; donné, ainsi que nous l’avonsdit, à une variété du lézard vert. Mais c’est surtout aux environs du Nil, que les stellions sont en grand nombre. On en trouve beaucoup autour des pyramides et des anciens tombeaux qui subsistent encore sur l'antique terre d'Égypte. Ils s'y logent dans les intervalles que laissent les différents lits de pierres, et ils s’y nourrissent de mouches et d'insectes ailés.

On diroit que ces pyramides, ces élernels monuments de la puissance et de la vanité humaines, ont

1. L'individu que nous avons décrit a été apporté d'Égypte, au Cabinet du Roi.

2. « Il y a une manière de lézards noirs , nommés stellions, quasi » aussi gros qu'est une petite belette, leur ventre fort enflé et la tête » grosse , desquels le pays de Judée et de Syrie est bien garni. » Belon, Observations, etc. Édit. de Paris, 1554, livre II, chap. 79, page 159.

3. Histoire naturelle des amphibies et des poissons de la Sardaigne, Sassari, 1 777, pag * 20.

été destinées à présenter des objets extraordinaires ea plus d’un genre ; c'est en effet dans ces vastes mausolées qu’on va recueillir avec soin les excréments du petit lézard dont nous traitons dans cet article. Les anciens , qui en faisoient usage ainsi que les Orientaux modernes, leur donnoient le nom de Crocodilea À, apparemment parce qu'ils pensoient qu'ils venoient du crocodile?; et peut-être ces excréments n’auroient-ils pas été aussi recherchés, si l’on avoit su que l’animal quiles produit n’étoit ni le plus grand ni le plus petit des lézards, tant il est vrai que les extrèmes en imposent presque toujours à ceux dont les regards ne peuvent pas embrasser la chaîne entière des objets.

Les modernes, mieux instruits, ont rapporté ces excréments au stellion , à un lézard qui n’a rien de très remarquable; mais déjà le sort de cette matière abjecte étoit décidé , et sa vaieur vraie ou fausse étoit établie. Les Turcs en ont fait une grande consommation , ils s’en fardoient le visage ; et il faut que les stellions aient été bien nombreux en Égypte, puisque pendant long-temps on trouvoit presque partout, et ea très grande abondance, cette matière que l’on nommoit Stercus lacerti, ainsi que Crocodilea.

1. « Nous trouvions aussi des stellions, desquels les Arabes recueil- » lent les excréments, qu'ils portent vendre au Caire, nommés en grec » Crocodilea. De là , les marchands nous les apportent vendre. » Belon. livre IL, chap. 68, page 152.

Page 1