LE SQUALE ROUSSETTE
Squalus Canicula, Guer., Cuv.
Occuroxs-Nous maintenant des squales qui ont une nageoire de l’anus comme ceux que nous venons
1e Noms donnés au mâle et à la femelle.
Chat marin, dans plusieurs départements méridionaux.
Pesce gatto, dans plusieurs endroits de l'Italie.
Haay, sur plusieurs côtes des Indes orientales.
Chien de mer roussette, Broussonnet, Mém. de l’Acad. des Sciences de Paris, pour 1780.
Id. Daubenton , Encyclopédie méthodique.
Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique.
Noms donnés uniquement au mâle.
Roussette tigrée.
Rough-hound etmorgay, en Angleterre.
Squalus catulus, Linnée, édit. de Gmelin. ( Le professeur Gmelin n'est pas éloigné de ÉOreidéree ce squale comme le inâle de la roussette proprement dite. )
« Squalus dorso vario, pinnis ventralibus concretis, » Arted, gen. 69,
syn. 97.
Müller, prodrom. Zoolog. danic. p. 38, n. cn
ES
d'examiner, mais qui ont en même temps derrière chaque œil ün évent dont ces derniers sont dénués, et dont nous avons exposé l'usage en traitant de la
Gronov. mus. 2, n. 199.
Bloch, Histoire naturelle dés poissons , pl. 114.
« Galeus, dorso pulverulento tantillum rubente, » Klein, miss. pisc. 5, p. 10, n. 6.
Galeus stellaris min., Belon, Aquat. p. 74.
Aldrov. pisc. p. 590, f. 2.
Catulus minor, Willughby , Ichthy. p. 64, tab. B, 4, fig. 2.
Id. Ray. pisc. p. 22, n. 15.
Catulus et catulus minor, Salvian. Aquat. 157 b, et 168 a, lib. 52; et 158 b, Hib. 8, 15 et 29.
Lesser dog-fish, Pennant, Brit. Zool., 5, p. 90, n. 9.
Gunner, Act. nidros. 2, p. 255, tab. 1, a.
Noins donnés uniquement à la femelle.
Scorzone , à Rome.
Bounce , en Angleterre.
Squalus catulus, Linnée, édition de Gmelin.
« Squalus varius inermis, pinna ani media inter anum caudamque » pinnatam, » Artedi, gen. 68, syn. 97.
« Galeus capite rostroque brevissimis, etc. » Klein, miss. pisc. 5,
Squalus conductus, Osbeck, Ichthyol. 70.
Salvian Aquat. p. 157.
Aldrov. pisc. p. 890.
Jonston, pisc. p. 25, tab. 8, fig. 1.
Catulus major vulgaris, Willughby, Ichth. p. 62.
Id. Ray. pisc. p. 22.
Roussette, canicula Aristotelis, Rondelet, première partie, liv. 15, chap. 6.
Gesn. Aquat. p. 168.
Greater dog-fish, Pennant, Brit. Zool. 5, p. 88, n. 8.
Aristot. 1. 6,c. 10 et 11.
Raussette, Valmont de Bomare, Dictionnaire d'histoire naturelle.
Roussette, dessins sur vélin, de la collection du Muséum d'histoire naturelle.
DES POISSONS. 979 raie batis. Le premier animal qui se présente à notre étude , dans le sous-genre dont nous allons parler, est la roussette.
On a observé, et M. Broussonnet a particulièrement remarqué, que dans les squales en général, ainsi que dans plusieurs autres animaux carnassiers , et surtout parmi les oiseaux de proie , la femelle est plus grande que le mâle. Nous retrouverons cette même différence de grandeur dans plusieurs autres genres où espèces de POISSONS ; et peut-être cette supériorité de volume que les femelles des poissons ont sur leurs mâles, n’a-t-elle lieu que dans les espèces où les œufs parviennent, dans le ventre de la mère, à un accroissement très considérable, ou s’y développent en très grand nombre. Maïs, quoi qu’il en soit, c’est principalement dans l'espèce du squale roussette que se montre cette inégalité de dimensions entre le mâle et la femelle. Elle y est même assez grande pour que plusieurs auteurs anciens et plusieurs naturalistes modernes les aient considérés comme formant deux espèces distinctes, dont on a nommé une le grand Chat de mer, où Chien marin (Canicula vel Catulus major), et Vautre le petit Chat de mer, ou petit Chien marin (Canicula vel Catulus minor).
Ces auteurs se sont d’ailleurs déterminés à établir cette séparation, parce que le mâle et la femelle du squale roussette ne se ressemblent pas dans la position de leurs nageoires ventrales, ni dans la disposition de leurs couleurs. Mais, lorsqu'on aura pris la peine d'examiner un assez grand nombre de roussettes mâles et femelles, de peser les observations des navigateurs, et de comparer les descriptions des na-
turalistes, on adoptera facilement avec nous l'opinion de M. Broussonnet, qui ne regarde les différences qui séparent le grand et le petit chat de mer, que comine le signe de deux sexes, et non pas de deux espèces distinctes. Le grand chat de mer, ou la canicule marine, est la roussette femelle, et le petit chat maria est la roussette mâle.
La roussette femelle l’emporte donc sur le mâle par l'étendue de ses dimensions. Cependant, comme les attributs caractéristiques de l'espèce résident toujours par excellence dans les mâles, nous allons commencer par décrire le mâle de la roussette.
La tête est grande, le museau plus transparent que dans quelques autres squalest, l'iris blanc, et ia prunelle noire. Les narines sont recouvertes, à la volonté de l'animal, par une membrane qui se termine en languette déliée et vermiculaire. Les dents sont dentelées, et garnies, aux deux bouts de la base de la partie émaillée , d’une peinte ou d’un appendice dentelé; ce qui donne à chaque dent trois pointes principales. Elles forment ordinairement quaire rangées, et celles du milieu de chaque rang sont les plus longues. Les nageoires ventrales se touchent de très près, et sont, pour ainsi dire, réunies; la place qu’elles occupent est d'ailleurs plus rapprochée de la tête que celle de la première nageoire dorsale. La seconde nageoire du dos est située au dessus de celle de l'anus; la nageoire caudale est étroite et échancrée; et la longueur de la queue surpasse celle du corps proprement dit.
1. Voyez au sajet de la iransparence des poissons, le Discours sur la nature de ces animaux.
La partie supérieure de l’animal est d’un gris brunâtre, mêlé de nuances rousses ou rouges, et parsemé de taches plus ou moins grandes, dont les unes sont blanchâtres, et les autres d’une couleur très foncée.
Ce mâle a communément deux ou trois pieds de longueur.
Voici maintenant les différences que présente la femelle.
Premièrement, sa longueur est ordinairement de trois à quatre pieds.
Secondement , la tête est plus petite à proportion du volume du corps.
Troisièmement, les nageoires ventrales ne sont pas réunies.
Et quatrièmement, les couleurs de la partie supérieure du corps ne sont pas toujours distribuées comme celles du mâle : les taches que cette partie présente ressemblent quelquefois davantage à celles que l’on voit sur la peau d’un léopard ; et ces taches sont souvent rousses où noires, mêlées à d’autres taches cendrées.
Telles sont les formes et les nuances qu’offrent le mâle et la femelle.
Mais ne considérons plus que l'espèce, etindiquons ses habitudes.
La roussette est très vorace : elle se nourrit principalement de poissons, et en détruit un grand nombre ; elle se jette même sur les pêcheurs et sur ceux qui se baignent dans les eaux de la mer. Mais, comme elle est moins grande et plus foible que plusieurs au-
tres squales, elle n’attaque pas le plus souvent ses ennemis à force ouverte; elle a besoin de recourir à la ruse; et elle se tient presque toujours dans la vase, où elle se cache etse met en embuscade comme les raies pour surprendre sa proie : aussi est-il très rare de pècher des individus de cette espèce qui ne soient couverts de fange.
La chair de la roussette est dure, et répand une odeur forte qui approche de celle du musc. On en mange rarement ; et lorsqu'on veut s’en nourrir, on la fait macérer pendant quelque temps dans l’eau. Mais sa peau séchée est trèsrépandue dans lecommerce:; elle y est connue sous le nom de peau de Roussette, peau de Chien de mer, peau de chagrin. Les petits tubercules dont elle est revêtue la rendent très propre à polir des corps très durs, du bois, de l’ivoire et même du fer; et, comme celle du requin, elle est employée non seulement à faire des liens, mais encore à couvrir des malles, et, après avoir été peinte en vert ou en d’autres couleurs, à garnir des étuis sous le nom de galuchat. Il ne faut cependant pas confondre ce galuchat commun avec celui que l’on obtient en préparant la peau de la raie sephen, duquel les grains ou tübercules sont plus gros. et dont mous avons parlé dans l’article de cette raie. Ce second galuchat, plus beau et plus recherché, est aussi plus rare , la sephen n'ayant été pèchée que dans un petit nombre de mers, et le squale roussette habitant non seulement dans la Méditerranée, mais encore dans toute l’étendue de l'Océan, depuis un cercle polaire jusqu’à l’autre, et depuis les Indes occidentales jusqu'aux grandes
DES POISSONS. 379 Indes, d’où un individu de cette espèce a élé envoyé dans le temps à La Haye sous le nom de Haay.
On retire par la cuisson une assez grande quantité d'huile du foie de la roussette. Mais il paroît qu’il est très dangereux de se nourrir de ce viscère, que les pêcheurs ont ordinairement le soin de rejeter, avant de vendre l’animal. Le séjour de la roussette dans la fange, l'infériorité de sa force et la violence de son appétit, peuvent l’obliger à se contenter souvent d'une proie très corrompue, d'aliments fétides, et même de mollusques ou d’autres vers marins plus ou moins venimeux, qui allèrent ses humeurs, vicient particulièrement sa bile, donnent à son foie une qralité très malfaisante, et rendroient aussi plus ou moins funeste, dans plusieurs circonstances, l’usage intétérieur d’autres parties de cet animal?, Mais, quoi qu'il en soit, nous croyons devoir rapporter ici les observations faites par M, Sauvages, habile médecin de Montpellier, sur les eflets d’un foie de roussette pris intérieurement. Un savetier de Bias auprès d'Agde, nommé Gervais, mangea d’un foie de ce squale , avec sa femme et deux enfants, dont l’un étoit âgé de quinze ans, et l’autre de dix. En moins d’une demi-heure, ils tombèrent tous les quatre dans un grand assoupissement, se jetèrent sur de la paille, et
1. Cet individu desséché fait partie de ia collection cédée à la France par la Hollande. ei
2. Nous ne saurions trop recommander de vider avec la plus grande attention les poissons dont on veut manger, lorsqu'ils se sont nourris d'aliments corrompus ou de vers marins.
8. Dissertation sur les animaux venimeux, couronnée par l’Académie de Rouen, en 1745.
ce ne fut que le troisième jour qu'ils revinrent à eux assez parfaitement pour connoître leur état. Ils furent’ alors plus ou moins réveillés, suivant qu'ils avoient pris une quantité moins grande ou plus considérable de foie. La femme, qui en avoit mangé le plus, fut cependant la première rétablie. Elle eut, en sortant de son sommeil, le visage très rouge ; et elle ressentit le lendemain une démangeaison universelle, qui ne passa que lorsque tout son épiderme se fut séparé du corps en lames plus ou moins grandes, excepté sur la tête, où cette exfoliation eut lieu par petites parties, et n'entraîna pas la chute des cheveux. Son mari et ses enfants éprouvèrent les mêmes effets.
La roussette est très féconde ; elle s’accouple plusieurs fois; elle a plusieurs portées chaque année, et, suivant la plupart des observateurs, chaque portée est de neuf à treize petits : on a mème écrit qu’il y avoit quelquefois des portées de dix-neuf jeunes squales : mais peut-être a-t-on appliqué faussement à la roussette ce qui paroît vrai du Rochier, avec lequel elle a de très grands rapports, etauquel le nom de Roussette a été aussi donné.
Les œufs qui éclosent dans le ventre de la mère, au moins Île plus souvent, sont semblables à ceux du requin : on les a également comparés à des sortes de coussins, de poches, de bourses; et ces coques membraneuses sont également terminées, dans leurs quatre angles, par un filament délié, et treize ou quatorze fois plus long que l'œuf proprement dit. Plusieurs auteurs anciens ont cru, d’après Aristote,
DES POISSONS. 901 que ces filaments si allongés étoient creux, et formoient de petits tuyaux; mais dans quelque état qu’on observe ces sortes de cordons, on les trouve toujours sans aucune espèce de cavité.
Lorsque les roussettes mâles sont accouplées avec leurs femelles, elles les retiennent avec des crochets ou des appendices mobiles placés auprès de l'anus, comme les mâles des autres squales et des raies se tiennent collés contre leurs femelles : mais l’organisation intérieure de ces appendices est plus simple que celles des parties analogues de la batis; on n’y voit que trois cartilages, dont deux ont une très grande dureté.
La roussette étant répandue dans toutes les mers, sa dépouille a dû se trouver et se trouve en effet fossile dans un grand nombre de contrées. Ses dents sont surtout très abondantes dans plusieurs endroits; en en voit dans presque toutes les collections : elles y ont porté long-temps le nom de Glossopètres, ou de Langues pétrifiées, donné à celles du requin; et ayant une forme plus allongée que ces dernières, elles ont même dû être prises moins difficilement pour des langues converties en pierres. Parmi celles que renferme le Muséum d'histoire naturelle, il y en a de très grandes. Nous avons mesuré la plus grande de toutes, et nous nous sommes assurés que l’un des deux côtés les plus longs de la portion émaillée de cette dent triangulaire avoit, par le moyen de ses petites sinuosités, une longueur de soixante-dix-huit