LA RAIE ÉGLANTIER
Raia Eglanteria, Lacxr.
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M. Bosc, connu depuis long-temps par la variété de ses connoissances en histoire naturelle, par son zèle infatigable pour le progres des sciences, et par sa manière habile et fidèle d'observer et de décrire, a eu l'attention de me faire parvenir, de l'Amérique septentrionale, des dessins et des descriptions de plusieurs poissons encore inconnus des naturalistes. Il a bien voulu me faire témoigner en même temps par notré confrère commun, le professeur Alexandre Brongniart, ie désir de voir ce travail publié dans l'Histoire des Poissons. J'ai accepté avec empressement l'offre agréable et utile de M. Bosc. Je ferai donc usage, dans ce volume et dans le suivant, des descriptions qu'il m'a envoyées, ainsi que des dessins qu'il a faits lui-même, et qui ont été gravés avec
1. « Raja eglanteria. — Raja dentibus obtusis, corpore rhombeo , » aculeato, aculeis minutis, cauda bipinnata, spinis numerosis mu- » ricata. — Habitat in mari Americam alluente, » Bosc, manuscrits communiqués.
soin sous mes yeux; et la raie églantier est un de ces poissons dont le public devra la connoissance à ce savant naturaliste.
Le corps de la raie églantier présente à peu près la forme d’un rhomboïde dont toutes les parties sailjantes seroient émoussées; il est parsemé d’épines très courtes, souvent même peu sensibles, excepté sur le milieu du dos, où l’on voit une rangée longitudinale de petits aiguilions qui ont deux ou trois centimètres de longueur.
Les veux sont saillants; l'iris est blanc; le museau obtus; la langue courte, large, lisse; la forme des dents plus ou mains arrondie ; la queue presque aussi longue que le corps, et garnie de plusieurs rangs lonsitudinaux d’épines recourbées de différentes grandeurs, et dont les plus longues forment les trois rangées du milieu et des côtés.
A l'extrémité de cette queue est une petite nageoire, auprès de laqueile on voit, sur la face supérieure de cette même partie de l'animal, une autre nageoire que l'on doit nommer dorsale, d’après tout ce que nous avons déjà dit, quoiqu'eile ne soit pas placée sur le corps proprement dit de la raie églantier.
On compte cinq rayons à chaque nageoire ventrale.
La raie que nous décrivons est d’une couleur brunâtre en dessus, et blanche en dessous. Elle est assez commune dans la baie de Charleston; elle y parvient à un demi-mètre de largeur.
D'après les traits de conformation que nous venons d'exposer, on ne sera pas étonné que sur notre tableau méthodique, nous placions la raie églantier entre la raie tubereulée et la raie bounclée.
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LA RAIE SEPHEN.
Raia Sephen, Forsk., Gmec., Lacer. — Trygon Sephen, Cuv.
Dans cette même mer Rouge où Forskael a trouvé plusieurs variétés de la pastenaque et la raie Iynme, ce voyageur à vu aussi la sephen. Elle a de très grands rapports de conformation avec la raie aîgle, la pastenaque et la lymime ; mais elle en diffère par des caractères assez nombreux pour qu'elle constitue une espèce distincte.
Sa couleur est, sur le corps, d'un cendré brun, et par dessous d’un blanc rougeâtre. Elle parvient à une grandeur très considérable, puisqu'on a vu des individus de cette espèce dont les nageoires pectorales et le corps réunis avoient trente-six décimètres (onze pieds, ou à peu près) de largeur. L’extrémité postérieure des nageoires pectorales est arrondie, et, dans plusieurs des positions où des mouvements de l'animal, cache en partie les nageoires ventrales, qui sont très petites à proportion du volume de la raie.
1. Raie sif, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique.
« R. corpore suborbiculato, cauda duplo longiore subtus alata, su- » pra aculeis duobus longis, utrinque serratis. » Forskael, Faun. arab., p- 27, n°216.
Malgré la grande étendue du corps, la queue est deux fois plus longue que le corps proprement dit, comme celle de fa raie aigle, et est armée de même d’un ou deux aiguillons assez longs, forts, dentelés des deux côtés, et revêtus en partie d’une peau épaisse : mais, au lieu d’être entièrement dénuée de nageoires et de petits piquants, comme la queue de la raie aigle ; au lieu de présenter une nageoire dorsale, comme celle de la pastenaque, ou de montrer sans aucune petite pointe, une sorte de nageoire particulière composée d’une membrane longue et étroite, comme Ja queue de la lymme; elle est garnie, depuis la place des deux grands dards jusqu’à son bout le plus délié, d’une rangée longitndivale de très petits aiguillons qui règne sur sa partie supérieure , et d’une membrane longue, étroite et noire, qui s'étend uniquement le long de sa partie inferieure.
L'un de ses caractères véritablement distinctifs est d’avoir le dessus du corps et la partie supérieure de la queue jusqu’à la base des deux pointes dentelées, couverts de tubercules plats, au milieu desquels on en distingue trois plus grands que les autres, d’une forme hémisphérique, d’une couleur blanchôtre, et formant au milieu du dos un rang longitudinal.
Presque tout le monde connoît cette peau dure, forte et tuberculée, employée dans le commerce sous le nom de Galuchat, que l’on peint communément en vert, et dont on garnit l'extérieur des boîtes et des étuis les plus recherchés. Cette peau a aussi reçu le nom de Peau de Requin; et c’est par cette dénomination qu'on a voulu la distinguer d’une peau cou-
verie de tubercules beaucoup plus petits, beaucoup moins estimée, destinée à revêtir des étuis ou des boîtes moins précieuses, appelée Peau de Chien de mer, et qui appartient en effet au squale ou chien de mer désigné par le nom de Roussette!, Ceux qui ont observé une dépouille de requin savent que le galuchat présente des tubercules plus gros et plus ronds que la peau de ce squale, et ne peut pas être cette dernière peau plus ou moins préparée. C’est donc une fausse dénomination que celle de Peau de Requin donnée au galuchat. Mais j'ai désiré de savoir à quel animal il falloit rapporter cette production, qui forme une branche de commerce plus étendue qu'on ne le pense, et qui nous parvient le plus souvent par la voie de l'Angleterre. J’ai examiné les prétendues peaux de requin déposées dans les magasins où vont se pourvoir les faiseurs d’étuis ét de boîtes; et quoique aucune de ces peaux ne montrât en entier le dessus du corps et des nageoires pectorales, et ne présentât qu'une portion de la partie supérieure de la queue, je me suis assuré sans peine qu'elles étoient les dépouilles de raies sephens. Elles ne consistent que dans la partie supérieure de la tête, du corps, et du commencement de la queue; mais autour de ces portions tuberculées, et les seules employées par les faiseurs d’étuis, il y a assez de peau molle pour qu'on puisse être convaincu qu'elles ne peuvent provenir que d’un poisson cartilagineux, et même d’une raie : et d’ailleurs elles cffrent la même forme, la même grosseur, la même disposition de tubereules, que la sephén; elles présentent également les trais