‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 4)Chapitre 163 sur 198 · Bloch, pl · texte numérisé non relu

Bloch, pl

Scorpéne crapaud. Daubenton , Encyclopédie méthodique.

Id. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique.

« Perca alepidota, dorso monopterygio, capite cavernato tuber- » culato, etc.» Gronov. Zooph., p. 88, n. 292, tab. 11, 19, 15, fig. à.

« Ikan swangi bezar, de groote tovervisch. » Valent., Ind. 5, P- 299: fig. 170.

«“ Ikan swangi touwa, » Renard, Poiss. 1, pl. 59, fig. 199.

uaisons par lesquelles la nature a donné naissance au genre que nous examinons. Mais si en faconnant les scorpènes la nature a donné un exemple remarquable de l’infinie variété que ses ouvrages peuvent présenter, elle a montré d’une manière bien plus frappante combien sa manière de procéder est toujours supérieure à celle de l’art; elle a imprimé d’une manière éclatante sur ces scorpènes, comme sur tant d’autres produits de sa puissance créatrice , le sceau de sa prééminence sur l'intelligence humaine : et cette considération n'est-elle pas d’une haute importance pour le philosophe ? le génie de l’homme rapproche ou sépare, réunit où divise, anéantit, pour ainsi dire, où reproduit tout ce qu'il conçoit : mais de quelque manière qu'il place à côté les uns des autres ces êtres qu'il transporte à son gré, il ne peut pas les lier complètement par cette série infinie de nuances insensibles, analogues et intermédiaires, qui ne dépendent que de la nature; le grand art des transitions appartient par excellence à cette nature féconde et merveilleuse. Lors même qu'elle associe les formes que la première vue considère comme les plus disparates, soit qu’elle en revète ces monstruosités passasères auxqueiles elle refuse le droit de se reproduire, soit qu’elle les applique à des sujets constants qui se multiplient etse perpétuentsans manifester de changement sensible, elle les coordonne , les groupe et les modifie d’une telle manière, qu'elles montrent facilement à une attention un peu soutenue une sorte d’air général de famille, et que d’habiles dégradations ne laissent que des rapports qui s’altirent, à la place de noimbreuses disconvenances qui se repousseroient.

DES POISSONS. y

La scorpène horrible offre une preuve de cette manière d'opérer qui est un des grands secrets de la nalure. On s’en convaincra aisément, en examinant la description el la figure de cet animal remarquabie.

Sa tête est très grande et très inégale dans sa surface : creusée par de profonds sinus , relevée en d’autres endroits par des protubérances très saillantes, hérissée d’aiguillons, elle est d’ailleurs parsemée, sur les côtés, de tubercules ou de callosités un peu arrondies et cependant irrégulières et très inégales en grosseur. Deux des plus grands enfoncements qu'elle présente, sont séparés, par une cloison très inclinée, en deux creux inégaux et irréguliers , et sont placés au dessous des yeux, qui d’ailleurs sont très petits, et situés chacun dans une proéminence très relevée et un peu arrondie par le haut; sur la nuque s'élèvent deux autres protubérances comprimées dans leur partie supérieure , anguleuses, et qui montrent sur leur côté extérieur une cavité assez profonde; et ces deux éminences réunies avec celles des yeux, forment sur la grande tête de t'horribie, quatre sortes de cornes très irrégulières, très frappantes, el, pour ainsi dire, hideuses.

Les deux mâchoires sont articulées de manière que lorsque la bouche est fermée , elles s'élèvent presque verticalement, au lieu de s'étendre horizontalement : la mâchoire inférieure ne peut ciore la bouche qu’en se relevant comme un battant ou comme une sorte de pont-levis, et en dépassant même quelquefois en arrière la ligne verticale, afin de s'appliquer plus exactement contre la mâchoire supérieure ; et quand elle est dans cette position, et qu'on la regarde par-

devant, elle ressemble assez à un fer-à-cheval : ces deux mâchoires sont garnies d'un grand nombre de très petites dents, ainsi que le gosier. Le palais et la langue sont lisses; cette dernière est, de plus, large, arrondie, et assez libre. On la découvre aisément, pour peu que la scorpène rabatte sa mâchoire inférieure et ouvre sa grande gueule ; l’orifice branchial est aussi très large.

Les trois ou quatre premiers rayons de la nageoire au dos, très gros, très difformes, très séparés l’un de l’autre, très inégaux, très irréguliers , très dénués d’une véritable membrane, ressemblent moins à des piquants de nageoire qu’à des tubérosités branchues, dont le sommet néanmoins laisse dépasser la pointe de l’aiguillon ! ; la ligne latérale suit la courbure du dos.

Le corps et la queue sont garnis de tubercules calleux semblables à ceux qui sont répandus sur la tête ; et l’on en voit d’analogues, mais plus petits, non seulement sur les nageoires pectorales, qui sont très longues, mais encore sur la membrane qui réunit les rayons de la nageoire dorsale.

La nageoire de la queue est arrondie et rayée; la couleur générale de l’animal est variée de brun et de blanc ; et c’est dans les Indes orientales que l’on rencontre cette espèce, qui se nourrit de crabes et de

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