Scomler germo
« Scomber (germo) pinnis pectoralibus ultra anum productis, pinnulis dorsalibus novem, ventralibusque totidem. » Manuscrits de Commerson, déjà cités.
Germon, par plusieurs navigateurs françois.
Longue oreille, par d’autres navigateurs.
DES POISSUNS. 85 culière, et nous allons tâcher de la faire connoître sous ses véritables traits, en présentant avec soin les belles observations manuscrites que Commerson nous a laissées au sujet de cet aniinal.
Le germon, dont ja grandeur approche de celle des thons, a communément plus d’un mètre de lonsueur; et son poids, presque loujours au dessus d’un myriagramme, s’élend quelquefois jusqu'à trois. Sa couleur est d’un bleu noirâtre sur le dos, d’un bleu très pur et très beau sur le haut des côtés, d’un bieu argenté sur le bas de ces mêmes côtés, et d’une teinte argentée sans mélange sur sa partie inférieure. On voit, sur le ventre de quelques individus, des bandes transversales ; mais elles sont si fugitives, qu’elles disparoissent avec rapidité lorsque le scombre expire, et même lorsqu'il est hors de l’eau depuis quelques instants. L'animal est allongé et un peu conique à ses deux extrémités ; la tête revêtue de lames écailleuses, grandes et brillantes; le corps recouvert, ainsi que la queue, d’écailles petites, pentagones, ou plutôt presque arrondies.
Un seul rang de dents garnit chacune des deux mâchoires, dont l’inférieure est d’ailleurs plusavancée que la supérieure.
L'intérieur de la bouche cest noirâtre dans son contour ; la langue courte, un peu large, arrondie par devant, cartilagineuse et rude; le palais raboteux comme la langue ; l’ouverture de chaque narine réduite à une sorte de fente; chaque comuwissure marquée par une prolongation triangulaire de la mâchoire supérieure; l'œil grand et un peu convexe ;
LAGÉPEDE. VILL. 6
l'opercule branchial composé de deux pièces dénuées d’écailles semblables à celles du dos, resplendissantes de l'éclat de l'argent, et dont la seconde s'étend en croissant autour de la première et en borde le contour postérieur.
On peut voir au dessous de cet opercule une membrane branchiale blanchâtre dans sa circonférence, et noirâtre dans le reste de sa surface; un double rang de franges compose chacune des quatre branchies : l’os demi-circulaire du premier de ces organes respiratoires présente des dents longues et fortes, arrangées comme celles d’un peigne; l'os du second n’en offre que de moins grandes; et l’arc du troisième ainsi que celui du quatrième, ne sont que raboteux (1).
Les nageoires pectorales ont une largeur égale au douzième, ou à peu près, de la largeur totale du scombre ; leur longueur est telle, qu’elles dépassent l'ouverture de l’anus, et parviennent jusqu'aux premières petites nageoiresdu dessous de la queue. Elles sont de plus en forme de faux, fortes, roides, et, ce qu'il faut surtout ne pas négliger d'observer, placées chacune au dessus d’une fossette, ou d’une petite cavité imprimée sur le côté du poisson , de la même srandeur et de la même figure que cet instrument de natation, et dans laquelle cette nageoire est reçue en
1. A la membrane des branchies. . . . . . . . .. 7 rayons. A la première nagcoire du dos. . « . . . . . . . 14 Ada seconde. 2,6 PP AS PTS ae re 12 À chacune des pectorales.. . . . . . . . . . . 1109 Aichacune des thoracines 22401. 0N.
Arcélledellanusstur AHRENEE MERE AM ERREURS 12
Ascelle delajqueue.s het a eme . 80e
DES POISSONS. 87 partie lorsqu'elle est en repos. Un appendice charnu occupe d’ailleurs, si Je puis employer ce mot, l’aisselle supérieure de chaque pectorale.
Une fossette analogue est pour ainsi dire gravée au dessous du corps, pour loger les nageoires: thoracines, qui sont situées au dessous des pectorales, et qui, presque brunes à l’intérieur, réfléchissent à l'extérieur une belle couleur d'argent.
La première nageoire dorsale s'élève au dessus d’un sillon longitudinai dans lequel l’animal peut la coucher, et elle s’avance comme une faux vers la queue.
La seconde, presque entièrement semblable à celle de l’anus, au dessus de laquelle on la voit, par sa rigidité, ses dimensions, sa figure et sa couleur, est petite et souvent rougeâtre où dorée.
Les petites nageoires du dessus et du dessous de la queue sont triangulaires, et au nombre de huit ou de neuf dans le haut, ainsi que dans le bas. Ce nombre paroît être très constant dans les individus de l'espèce que je décris, puisque Commerson assure l'avoir toujours trouvé, et cependant avoir examiné plus de vingt germons.
La nagevire de la queue, découpée comme un croissant, est assez grande pour,que la distance, en ligne droite, d'une extrémité du croissant à l’autre, soit quelquefois égale au Liers de la longueur totale de l’animal. Le thon à également et de même que presque tous les scombres, une nageoire caudale très étendue; et nous avons vu, dans l'article précédent, les effets très curieux qui résultent de ce dé-
veloppement peu ordinaire du principal instrument de natation.
La ligne latérale, fléchie en divers sens jusqu'au dessous de Ja seconde nageoire du dos, tend ensuite directement vers le milieu de la nageoire caudale.
On voit enfin, de chaque côté de la queue, la peau s'élever en forme de carène longitudinale; et cette forme est donnée à ce tégument par un cartilage qu'il recouvre, et quine contribue pas peu à la rapidité avec laquelle le germon s’élance au milieu ou à la surface des eaux.
Jetons maintenant un coup d'œil sur la conformation intérieure de ce scombre.
Le cœur est lriangulaire, rougeâtre, assez grand, à un seu} mais très petit ventricule; l'oreillette grande et très rouge; le commencement de l’aorte blanchâtre et en forme de bulbe; le foie d'un rouge pâle, trapézoïde , convexe sur une de ses surfaces , hérissé de pointes vers une extrémité, garni de lobules à l'extrémité opposée, creusé à l'extérieur par plusieurs ciselures, et composé à l’intérieur de tubes vermiculaires, droits, parallèles les uns aux autres, et exhalant une humeur jaunâtre par des conduits communs; la rate allongée comme une languette, noirâtre, et suspendue sous le côté droit du foie; la vésicule du fiel conformée presque comme un lombrie, plus grosse par un bout que par l’autre, égale en longueur au tiers de la longueur totale du poisson, appliquée contre la rate, et remplie d’un suc très vert; l'estomac sillonné par des rides longitudinales ; le canal intestinal deux fois replié ; le péritoine brunâtre; et la vessie natatoire longue, large , attachée au dos et argentée.
Commerson à observé le germon dans ie grand
DES POISSONS. 69 Océan austral, improprement appelé mer Pacifique, vers le vingt-septième degré de latitude méridionale , et le cent troisième de longitude.
Il vit pour la première fois cette espèce de scombre dans le voyage qu'il fit sur cet océan, avec notre célèbre navigaleur et mon savant confrère Bougainville. Une troupe très nombreuse d'individus de cette espèce de scombres euntoura le vaisseau que montoit Commerson, et leur vue ne fut pas peu agréable à des matelots et à des passagers fatigués par l'ennui et les privations inséparables d’une longue navigation. On tendit tout de suite des cordes garnies d’hameçons; et on prit très promptement un grand nombre de ces poissons, dont le plus petit pesoit plus d'un myriagramme , et le plus gros plus de trois. À peine ces thoracins étoient-ils hors de l'eau, qu'ils mouroient au milieu des tremblements et des soubresauts. Les marins, rassasiés de l'aliment que ces animaux leur fournirent , cessèrent d'en prendre : mais les troupes de germons , accompagnant toujours le vaisseau , furent , pendant les jours suivants, l’objet de nouvelles pêches , jusqu'à ce que, les matelots se dégoûtant de cette sorte de nourriture, les pêcheurs manquèrent aux poissons, dit le voyageur naturaliste, . Mais non pas les poissons aux pêcheurs. Le goût de la chair des germons étoit très agréable , et comparable à celui des thons et des bonites ; ei quoique les matelots en mangeassent jusqu’à satiété, aucun d'eux n'en éprouva l’incommodité la plus légère.
Commerson ajoute à ce qu'il dit des germons, une observation générale que nous croyons utile de rapporter ici. [| pense que tous les navires ne sont pas
également suivis par des colonnes de scombres ou d’autres poissons analogues à ces légions de germons dont nous venons de parler; il assure même qu’on a vu, lorsque deux ou plusieurs vaisseaux voguoient de conserve, les poissons ne s'attacher qu’à un seul de ces bâtiments, ne le jamais quitter pour aller vers les autres , et donner ainsi à ce bâtiment favorisé une sorte de privilège exclusif pour la pêche. Il croit que celte préférence des troupes de poissons pour un navire dépend du plus ou moins de subsistance qu'ils trouvent à la suite de ce vaisseau, et surtout de la saleté ou de l’état extérieur du bâtiment au dessous de sa ligne de flottaison. Il lui a semblé que les navires préférés étoient ceux dont la carène avoit été réparée le plus anciennement, ou qui venoient de servir à de plus longues navigations : dans les voyages de long cours, il s'attache sous les vaisseaux, des fucus, des goémons, des corallines, des pinceaux de mer, et d'autres plantes ou animaux marins qui peuvent servir à nourrir les poissons et doivent les attirer avec force. Au reste, Commerson remarque, ainsi que nous l'avons observé à l’article du thon, que parmi les causes qui entraînent les poissons aupres d’un vaisseau , il faut compter l'ombre que le corps du bâtiment et sa voilure répandent sur la mer; et dans les climats très chauds, on voit, dit-il, pendant la plus grande chaleur du jour, ces animaux se ranser dans la place plus ou moins étendue que le navire couvre de son ombre.
<a a 240 #9 160 20-40 #0 4.080 HO 140 E% 7-0 4040 Don D HO HS EQ LEO LC SO 85-00 HO .TILI LH 56 POELE LS ECO TN BYE OS LE SCOMBRE THAZARD'
Scomber Thazard, LaAcer.
CE nom de T'hazard a été donné à des ésoces, à des clupées, et à d’autres scombres que celui dont nous allons parler : mais nous avous cru devoir, avec Commerson, ôter cette dénomination à toute espèce de scombre, excepté à celle que nous allons faire connoiître. La description de ce poisson n’a encore été publiée par aucun naturaliste. Nous avons trouvé dans les papiers du célèbre compagnon de Bougainville, une figure de ce thazard, que nous avons fait graver, et une notice des formes et des habitudes de ce thoracin, de laquelle nous nous somines servis pour composer l’article que nous écrivons.
La grandeur du thazard tient le milieu catre celle cle la bonite et celie du maquereau; mais son corps, quoique très müsculeux , est pius comprimé que celui du maquereau, ou celui de la bouite.