‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 5)Chapitre 142 sur 177 · LE CORÉGONE cLu- PÉOÏDE · texte numérisé non relu

LE CORÉGONE cLu- PÉOÏDE

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LE CORÉGONE LAVARET"

Coregonus (salmo) oæyrinchus et Coregonus (salmo) Wartmanni,Ouv.—Sualmo Lavaretus et S. oxyrin-

chus, Linn.—Salmo Lavaretus, Lace.

LEs corégones, ainsi que les osmères et les characins, ont de très grands rapports avec les salmones ,

1. Féra, dans plusieurs lacs de la Suisse , ou voisins de cette contrée.

Ferrat, ibid.

Schnepel, en Allemagne.

Sihka , en Livonie.

Sieg, ibid.

Sia-kalle , ibid.

Säck, en Suède et en Norwège.

Stor sück , ibid.

Helt, en Danemarck.

Gwiniard, en Angleterre, dans plusieurs auteurs.

Farre , daus plusieurs auteurs.

Salmone lavaret, Daubenton et Haüy, Encyclopédie méthodique,

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. Bloch , pl. 25.

Salmo lavaretus , Faun. Suecic., 552.

Id. Act. Siockh. 1555, p. 195.

Id. Muller, Prodrom. Zoolog. Danic., p. 48, n. 415. Id. Koelreuter, Nov. Comm. Petrop. 15, p. 504.

Id. Pallas, I. 5, p. 705.

Id. S. G. Gmelin, It. 1, p. 60.

Id. Schranck, Schr. der Berl, naturf. fr. 1.

- . r . - - - « Coregonus maxilla superiore longiore, pinna dovsali, ossieulo-

» TUIN quatuordecim. » Arted:, gen, 10, spec. 57. SYN. 19.

dans le genre desquels ils ont été compris par Linnée et par plusieurs autres auteurs. Les habitudes des corégones sont cependant moins semblables à celles des salmones, que la manière de vivre des osmères et des characins, parce que leurs mâchoires ne sont pas garnies, comme celles de ces derniers, des dents très fortes qui hérissent les mâchoires des salmones, et que, moins bien armés pour attaquer ou pour se défendre , ils sont forcés le plus souvent d’avoir recours à la ruse, ou de fuir dans un asile.

Parmi ces corégones, une des espèces les plus remarquables est celle du lavaret.

Nous avons vu dans le tableau du genre des corégones, que la conformation de la tête du lavaret présente un trait particulier : la prolongation de la màchoire supérieure, qui compose ce trait, est molle et charnue. D'ailleurs, la tête est petite , et demi-transparente jusqu'aux yeux. La mâchoire inférieure, plus courte que celle d'en haut, s’emboîte dans cette dernière, et se trouve couverte par une grosse lèvre lorsque la bouche est fermée. Ces deux mâchoires sont dénuées de dents. La langue est blanche, cartilagiveuse, courte et un peu rude; la ligne latérale presque droite, et ornée de petits points d’une nuance brune ; la couleur générale bleuâtre ; le dos d’un bleu mêlé de gris; lopercule, ainsi que les joues, d’un jaune varié par des reflets bleus; la partie inférieure du poisson argentine, avec des teintes Jaunes; presque

Willughby, Ichthyol. tab. n. 6. fig. 1.

Albule nobilis, Raï, Pise., p. 60, n. 1.

Lavaret, Rondelet, seconde partie, chap. 15 (édition de Lyon, 1858 }.

300 HISTOIRE NATURELLE toutes les nageoires ont la membrane bleuâtre, et les rayons blanchâtres à leur origine.

Le lavaret a d’ailleurs la membrane de l'estomac forte ; le pylore entouré d’appendices ; le canal intestinal court ; l’ovaire ou la laite double ; cinquanteneuf vertèbres à l’épine du dos ; et trente-huit côtes de chaque côté de cette colonne dorsale.

On le trouve dans l'Océan atlantique septentrional , dans la Baltique , dans plusieurs lacs, et notamment dans celui de Genève. Il se tient souvent dans le fond de ces lacs et de ces mers : mais il quitte particulièrement sa retraite marine lorsque les harengs commencent à frayer; il les suit alors pour dévorer leurs œufs. ÏIl se nourrit aussi d'insectes. M. Odier, savant médecin de Genève, ayant disséqué un individu de cette espèce, que l’on nomme Ferrat sur les bords du lac Léman, a trouvé dans son canal intestinal un grand nombre de larves de libellules où demoiselles , mêlées avec une substance d’une couleur grise. Il crut même voir la vessie natatoire pleine de cette même substance vraisemblablement vaseuse, et de ces mêmes larves ; ce qui auroit prouvé que, par un excès de voracité, l'individu qu'il examinoit avoit avalé une si grande quantité de larves et de matière crise, que de l'estomac elles étoient passées par le canal pneumatique jusque dans la vessie natatoiref.

Le lavaret multiplie peu, parce que beaucoup de

1. Lettre écrile, en 1797 ou 1798, par M. Odier à son fils, jeune homme d’une grande espérance, qui suivoit alors mes cours avec beaucoup de zèle, et que la mort a enlevé à ses amis ct à sa famille . au moment où , à l'exemple de son respectable père, il alloit parconsir avec honneur la carrière des sciences.

DES POISSONS. | 509 poissons se nourrissent de ses œufs, parce qu'il les dévore lui-même, et qu'entouré d’ennemis, il est surtout recherché par les squales. On croiroit néanmoins qu'il prend, pour la sûreté de sa ponte , autant de soin que la plupart des autres poissons. Îl se rapproche des rivages lorsqu'il doit frayer ; ce qui arrive ordinairement vers la fin de l'été ou au commencement de l’automne, Il fréquente alors les anses, les havres et les embouchures des fleuves dont les eaux coulent avec le plus de rapidité. La femelle , suivie du mâle, frotte son ventre contre les pierres ou Îles cailloux, pour se débarrasser plus facilement de ses œufs. Plusieurs lavarets remontent cependant dans les rivières : ils s’'avancent en troupes ; ils présentent deux rangées réunies de manière à former un angle, et que précède un individu plus fort ou plus hardi, conducteur de ses compagnons doeiles. On a cru remarquer que plus la vitesse de ces rivières est grande, et plus ils la surmontent avec facilité , et font de chemin en remontant; ce qui confirmeroit les idées que nous avons présentées sur la natation des poissons, dans notre Discours sur leur nature, et ce qui prouveroit particulièrement ce principe important, que les forces animales s’accroissent avec l'obstacle, et se multiplient par les efforts nécessaires pour le vaincre dans une proportion bien plus forte que les résistances, jusqu'au moment où ces mêmes résistances deviennent insurmontables. Lorsque les eaux du fleuve sont bouleversées par la tempête , les lavarets lutteroient contre les vagues avec trop de fatigue ; ils se tienneni dans le fonaà du fleuve. L'orage est-il dissipé, ils se remettent dans leur premier ordre, et reprennent leur

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route, On prétend même qu'ils pressentent [a tempète long-temps avant qu'elle n’éclate, et qu'ils n’attendent pas qu'elle ait agité les eaux pour se retirer dans un asile. Ils s'arrêtent cependant vers les chutes d’eau et les embouchures des ruisseaux ou des petites rivières, dans les endroits où ils trouvent des cailloux ou d’autres objets propres à faciliter leur frai.

Après la ponte et la fécondation des œufs, ils retournent dans la mer; les jeunes individus de leur espèce, qui ont atteint une longueur de quatre pouces, les accompagnent. Ils vont alors sans ordre, parce qu’ils ne sont point poussés, comme lors de leur arrivée, par une cause des plus actives, qui agisse en même temps, ainsi qu'avec une force presque égale, sur tous les individus, et de plus, parce qu'ils n’ont pas à surmonter des obstacles contre lesquels ils aient besoin de réunir leurs eflorts. On assure qu'ils pressent leur retour lorsque les grands froids doivent arriver de bonne heure, et qu'ils le différent au contraire lorsque l'hiver doit être retardé. Ce pressentiment seroit une confirmation de celui qu'on leur a supposé relativement aux tempêtes; et peut-être, en effet, les petites variations quiprécèdentnécessairement les grands changements de l’atmosphère, produisent-elles, au milieu des eaux, des développements de gaz, des'altérations de substances, ou d’autres accidents auxquels les poissons peuvent être aussi sensibles que Îles oiseaux le sont au plus légères modifications de Pair.

On pèche les lavarets avec de grands filets ; on les prend avec le tramail et la louvel; on les harponne avec un trident.

1. On trouvera la description du tramail ou trémail, dans l'artiele

La chair des lavarets est blanche , tendre, et agréable au goût. Dans les endroits où la pêche de ces animaux est abondante, on les fume ou on les sale. Pour cette dernière opération, on les vide ; on les lave en dedans et en dehors ; on les met sur le ventre, de manière que l’eau dont ils sont imbibés puisse s’égoutter ; on les enduit de sel; on les laisse deux ou trois jours rangés par couches; on les lave de nouveau, et on les sale une seconde fois, en les plaçant entre des couches de sel, et en les pressant dans des tonnes, que l’on bouche ensuite avec soin.Si on les prend pendant les grandes chaleurs, on est obligé, avant de les saler, de les fendre, et de leur ôter la tête et l’épine dorsale, qui se gâteroient aisément, et donneroient un mauvais goût au poisson.

Ils meurent bientôt après être sortis de l’eau. On peut cependant, avec des précautions, les transporter dans des étangs , où ils prospèrent et croissent lorsque ces pièces d’eau sont grandes, et ont un fond de sable.

Au reste , ils varient un peu et dans leurs formes et dans leurs habitudes , suivant la nature de leur séjour. Voilà pourquoi les Ferrats du lac Léman ne ressemblent pas tout-à-fait aux autres lavarets. Voilà pourquoi aussi on doit peut-être regarder comme de simples variétés de l'espèce que nous décrivons, les Gravanches, les Palées , et les Bondelles, dont M. Decandolle a fait mention dans les notes manuscrites que ce naturaliste si digne d’estime a bien voulu nous adresser.

da Gude colin ; et celie de la louve, dans l'article du Pétromyzun lum-

prote.

Les Gravanches ont le museau plus pointu, le goût moins délicat, et ordinairement les dimensions plus petites que les lavarets proprement dits. Elles habitent dans le lac de Genève, entre Rolle et Morgas. Elles s’y tiennent trop constamment dans les fonds, pendant onze mois de l’année, pour qu’alors on puisse les prendre : ce n’est que vers la fin de l’automne qu’elles paroissent. On les pèche à cette époque avec un filet, la nuit comme le jour, et on a essayé avec succès de les prendre à la lanterne.

Les Palées vivent dans le lac de Neufchâtel. Ayant à peu près les mêmes habitudes que les gravanches, elles ne paroïssent que pendant un mois ou environ, vers le milieu ou la fin de l’automne. On en prend alors une grande quantité avec des filets perpendiculaires, soutenus par des liéges, et maintenus par des plombs et des pierres arrondies, qui roulent en glissant facilement sur les fonds de cailloux, préférés par les palées. On sale beaucoup de ces corégones, qu’on envoie au loin dans de petites barriques.

Il paroît que les Bondelles ne sont que de jeunes palées. On les pêche pendant toute l’année sur tous les bords du lac de Neuchâtel. On en mange beaucoup de fraîches en Suisse, et on sale les autres comme les Sardines , auxquelles on dit qu’elles ne sont pas inférieures par leur goût !,

1. 8 rayons à la membrane branchiale du corégone lavaret. 12 rayons à chaque pectorale.

20 rayous à la nageoïre de la queue.

LE CORÉGONE PIDSCHIAN"‘

Coregonus Pidschian , Lacer. — Sulmo Pidschian , Linn., GMEL.

Le CoRÉcoNE ScHoKUR ?, Coregonus Schokur, Lacep.; Salmo Schokur, Linn., Gmel. — C. xez*, Coregonus nasus, Lacep.; Salmo nasus , Linn., Gmel. — C. rare, Coregonus latus , Lacep.; Salmo lavaretus, var, B. Linn., Gmel.—C. Tuymazse ‘, Thymallus (salmo) communis , Cuv.; Coregonus Thymallus, Lacep.; Salmo Thymallus , Linn., Gmel., Bloch. — C. Vriusef, Coregonus Vimba, Lacep.; Salmo Vimba, Lian., Gmel. — C. voxaceur ?, Coregonus migratorius, Lacep.; Saëmo migratorius, Linn., Gmel. —C. Muzer 5, Coregonus Mullert, Lacep.; Salmo Muller: et Salmo Stræmii, Linn., Gmel.—C. auromwaL Ÿ, Coregonus autumnalis , Lacep.; Salmo uutumnalis, Linn., Gmel.

UXE variété du premier de ces corégones, à laquelle on a donné le nom de muchsan , et dont on doit la

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