‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 5)Chapitre 46 sur 177 · Loche d’étang , en France · texte numérisé non relu

Loche d’étang , en France

Fisgurn, en Allemagne.

Schlammpitzger, ibid.

Schlammbeisser, ibid.

Pritzker, ou pitzker, ou peissker, ibid.

Meertrusche, ibid.

Pfulfisch, ibid.

Schachtfeger, ibid.

Murdal , en Bohême.

Prizker, en Livonie.

Pihkste, ibid.

Grundel, en Pologne.

WVijun , en Russie,

Piskum , ibid. ;

Misgurn, en Angleterre.

Dootvjoo, au Japon.

Cobite misgurn, Daubenton et Hauy, Encyclopédie méthodique. Id, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. Faun. Suecic. 343.

Mus. Ad. Frid. 1, p. 76.

« Cobitis aculeo bifurco, etc.» Gron. Act. Upsal. 1742, p. 79, t, 5. Bloch, pl. 51, fig. 1.

« Cobitis cærulescens, etc,» Artedi, gen. 2, syn. 5.

que le fond en est vaseux. Il perd difficilement la vie. Il ne périt pas sous la glace, pour peu qu'il reste de l’eau fluide au dessous de celle qui est gelée. Il ne meurt pas non plus lorsqu'il se trouve dans un marais que l’art ou la nature dessèchent, pourvu qu'il y reste quelque portion d’eau, quelque bourbeuse qu’elle puisse être : il se cache alors dans les trous qu'il creuse au milieu de la fange. On le rencontre souvent dans les cavités de la terre humide qui faisoit le fond d’un marais ou d’un étang dont on vient de faire écouler l’eau. C’est ce qui a fait croire à quelques auteurs qu'il s’engendroit dans la terre , et qu'il n’alloit dans les rivières ou les lacs, que lorsque les inondations l’atteignoient dans son asile et l’entraînoient ensuite. Mais au lieu de cette fable qui a été un peu accréditée et qui lui a fait donner le nom de Fossile, il auroit fallu dire que, d’après tous ces faits, il paroissoit que le misgurne dont nous parlons est beaucoup moins sensible que presque tous les autres poissons, aux effets funestes des gaz qui se forment au dessous de la glace, ou que produisent les

Misgurn , seu fisgurn , ct mustela fossilis. Willughby, pag. 118, et p- 124.

Id. Raï, p. 69, n. 6; etp. 70, n. g.

Gronov. Zooph., p. 56, n. 201; Mus. 1, p. 2, n. 7.

Klein, Miss. Pisc. 4, p. 59, t. 15, fig. 3.

Mustela fossilis, Aldrovand. Pisc., p. 579.

Jonston , Pisc., p.154, tab. 28, fig. 8.

Maïsil. Danub. 4, p. 57, tab. 15, fig. 1.

Thermometrum vivum, Clauder, Ephem. nat. curios. dec. 2, an. 6. p. 954, obs. 175, f. 71.

Beyszker, Gesn. Thierb., p. 160.

Pæcilia, Schonev., p, 56.

en) HISTOIRE NATURELLE

marais qui, au lieu d’eau courante ou tranquille , ne présentent qu'une sorte de boue délayée et d’humidité féditet,.

Cependant cet abdominal semble ressentir très vivement les impressions que peuvent faire éprouver aux habitants des eaux les vicissitudes de l’atmosphère, et particulièrement les grandes variations que montre dans certains temps l'électricité de l’air et de la terre. On a remarqué que lorsque l'orage menace, ce misgurne quitte le fond des étangs pour venir à leur surface , et s’y agite, comme tourmenté par une gène fatigante , ou par une sorte de vive inquiétude. Cette habitude l’a fait garder avec soin dans des vases par plusieurs observateurs. On l’a placé dans un vaisseau rempli d'eau de pluie ou de rivière, et garni, dans le bas, d’une couche de terre grasse. On a eu le soin de changer la terre et l’eau tous les trois ou quatre jours pendant l'été, et tous les sept jours pendant l'hiver. On l’a mis pendant les froids dans une chambre chaude , auprès de la fenêtre. On l’a gardé ainsi pendant plus d’un an. On l’a vu rester tranquille pendant le calme, sur la terre humectée, mais se remuer fortement pendant la tempête, mème vingt-quatre heures avant que l'orage n'éclatât, monter, descendre, remonter, parcourir l’intérieur du vase en différents sens , et en troubler le fluide. C’est d’après cette observation qu'il a été comparé à un baromètre, et qu'il a été nommé baromètre vivant.

Il parvient à la longueur d’un pied ou un pied et

1. Consultez le Discours que nous avons intitulé Des effets de l’art

de l’homme sur La nature des poissons.

demi, et quelquefois il a montré celle de trois ou quatre pieds. Ayant beaucoup de rapports par sa conformation extérieure avec la murène anguille, il n’est pas surprenant qu'il puisse facilement , comme cette dernière, s’insinuer dans la terre molle, et y pratiquer des cavités proportionnées à son volume; et c’est ce qui fait qu'il se retire dans la fange ou dans la vase, non seulement lorsque le desséchement des étangs ne lui permet pas de demeurer au dessus de leur fond privé d’eau presque en entier, mais encore lorsqu'il veut éviter une action trop vive du froid qui paroît l’incommoder. Cette précaution qu'il prend de se renfermer sous terre lorsque la température est moins chaude, l’a fait appeler Thermomètre vivant, comme les mouvements qu'il se donne lorsque le temps est orageux, l'ont fait désigner par le nom de Baromiire vivant ou anime.

Le misgurne fossile sort de son habitation souterraine lorsque le. printemps est de retour. Ïl va alors déposer ses œufs ou sa laite sur les herbages de son marais.

Il se nourrit de vers, d'insectes, de très petits poissons, et de résidus et substances organisées qu'il trouve dans la vase. Il multiplie beaucoup , et néanmoins il a bien des ennemis à craindre. Les grenouilles l’attaquent avec succès, lorsqu'il est encore jeune; les écrevisses le saisissent avec leurs pattes, et le pressent assez fortement pour lui donner la mort; les persèques, les brochets, le dévorent ; les pêcheurs le poursuivent. Îls le prennent rarement à l’hamecon, auquelil ne se détermine pas facilement à mordre ; mais

ils le pèêchent avec des nasses garnies d'herbes, avec des filets et particulièrement avec la truble 1.

Il n'est cependant pas très recherché, parce que sa chair est molle , imprégnée d’un goût de marécage, et enduite d’un suc visqueux. On lui ôte cette substance gluante, en le plongeant dans un vase dont l’eau contient du sel marin , ou des cendres. L'animal s'y remue , s’y contourne, s’y tourmente , s’y purifie, pour ainsi dire, et on le lave ensuite dans de l’eau

douce.

Cette matière gluante dont le misgurne fossile est

couvert, aussi bien que pénétré, influe sur ses couleurs ; elle en détermine plusieurs nuances; suivant

1. La érable ou Le truble est un filet en forme de poche, dont Les bords sont attachés à la circonférence d'un cercle de bois et de fer, auquel on ajuste un manche. Un pêcheur qui aperçoït des poissons à une pe: tite profondeur dans l'eau, passe le truble par dessous ces animaux, et Le relève à l'instant, de manière qu'ils se trouvent pris dans la poche. On se sert aussi du truble pour s'emparer des poissons pris dans les bourdigues , où pour enlever ceux qui ont mordu à l’hameçon , maïs qui par leur poids pourroïent rompre les lignes.

Les bourdigues sont composées de deux cloisons faites avec des pieux ou des filets ; ces cloisons convergent vers le courant. On les élève dans les canaux qui communiquent des étangs dans [a mer, pour prendre les poissons qui veulent regagner l'eau salée.

Il y a des trubles carrés qui sont plus commodes pour prendre les poissons renfermés dans des réservoirs particuliers.

Ceux que l’on nomme dans quelques endroits étiquettes , ou péches, sont de petits filets dont la figure est semblable à celle d’un grand capuchon. L'ouverture de cette sorte de capuchon est attachée à un cerceau. ou à quatre bâtons suspendus au bout d'une perche. On amorce cet instrument avec des vers de terre, qu'en enfile par le inilieu du corps, et qu'on attache de manière que lorsque le filet est dans l’eau, ils pendent à un ou deux décimètres du fond. On s'en sert pour pêcher des écrevisses , aussi bien que différentes espèces de poisson.

Le trubleau est un petit ou une petite truble.

qu'elle est plus où moins abondante , elle en fait varier quelques tons ; et comme les différentes eaux peuvent, suivant leur pureté ou leur mélange avec des substances étrangères, agir diversement sur cette liqueur visqueuse, en dissoudre ou en emporter plus ou moins, en diminuer plus ou moins la quantité et l'influence, les couleurs du fossile varient suivant la nature des eaux qu'il habite. Ce qui le prouve d’ailleurs, c’est que lorsqu'on nettoie avec de l'alcool, ou de toute autre manière, le ventre de ce misgurne, la belle couleur jaune de cette partie disparoît entierement.

Voici cependant quelles sont les couleurs les plus ordinaires de cet abdominal. Son dos est noirâtre; il est orné de raies longitudinales jaunes et brunes sur lesquelles on aperçoit quelques taches. Son ventre brille d’une teinte orangée que relèvent des points noirs. Les joues et les membranes branchiales sont jaunes et parsemées de taches brunes. La dorsale, les pectorales et la caudale montrent des taches noires sur un fond jaune ; les ventrales et l’anale sont jaunes ou jaunâtres.

Le museau du misgurne fossile est un peu pointu ; l’orifice de sa bouche allongé ; chacune de ses màchoires garnie de douze petites dents ; sa langue menue et pointue ; l’orifice de ses narines placé auprès d’un piquant ; sa nuque large; sa caudale arrondie ; sa dorsale courte, et plus près de la nageoiïre de la queue que de la tête.

Ses écailles minces, légèrement rayées, demi-transparentes, paroissent transmettre uniquement les nuan-

LACÉPEDE,. XI. 7

ces de la peau produites ou modifiées par la substance visqueuse qui l’arrose 1.

L’estomac est petit ; le canal intestinal court et sans sinuosités ; le foie long ; la vésicule du fiel grande; l'ovaire double ainsi que la laite. Les œufs sont brunâtres , et de la grosseur d’une graine de pavot.

Bloch a écrit que le fossile ne rejetoit pas de bulles d’air ou de gaz par la bouche ; qu’il en rendoit par l’anus, et que cette différence venoit de ce que ce poisson manquoit de vessie aérienne ou natatoire. Il a pensé aussi que cet abdominal avoit auprès de la nuque deux vésicules remplies d’une substance laiteuse. Mais le professeur Schneider ayant disséqué plusieurs individus de l'espèce de misgurne que nous décrivons, a montré que ce poisson n’avoit auprès de la nuque qu'une seule vésicule ; que cette vésicule étoit osseuse , déprimée dans le milieu et arrondie dans les deux bouts, de manière à paroître double ; qu'elle étoit attachée à la troisième et à la quatrième vertèbre ; que ses apophyses ou ses appendices latéraux servoient de point d'attache aux muscles des nageoires péctorales ; que cette sorte de boîte osseuse contenoit une véritable vessie aérienne ; que cette vessie aérienne ou natatoire étoit peu volumineuse , simple , membraneuse, blanche; et qu’elle communiquoit avec l’æsophage par un conduit très petit et très court ?.

Ce savant professeur ajoute dans son excellent ouvrage , qu'il n’a jamais vu le misgurne fossile rendre

1. Voyez notre Discours sur la nature des poissons. 2. « Petri Artedi Synonymia piscium, etc. » ParJ. G. Schneider, etc., pages 5 el 557.

des bulles d'air par l'anus, mais que cet abdominal en rejette très souvent par la bouche, en faisant entendre un bruissement très sensible ?,

1. Consultez notre Discours sur la nature des poissons. 2, 4 rayons à la membrane branchiale du misgurne fossile. 7 rayons à la dorsale.

11 rayons à chaque pectorale.

8 rayons à la nageoïre de l'anus.

14 rayous à celle de la queue.

48 vertèbres à l’épine du dos.

30 côtes de chaque côté de l'épine dorsale.

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