‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 5)Chapitre 49 sur 177 · Gros-yeux, par plusieurs François · texte numérisé non relu

Gros-yeux, par plusieurs François

Vier-auge, par les Allemands.

Four-eye, par les Anglois.

Hoogkiker, par les Hollandois de Surinam.

Coutui, par les nègres de la même contrée.

Cobite gros-yeux, Daubenton et Haüy, Encyclopédie méthodique. Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. Mus. Ad. Frid. 2, p. 95.

Anableps, Artedi, gen. 25, syn, LS.

Id. Séba, mus. 3, p. 108, tab. 54, fig. 7.

Anableps tetrophthalmus , Bloch , pl. 561, fig. 1,2, 5 et 4. Anableps , Gronov. Mus. 1, n. 52, tab, 1, fig. 1-5.

ce que nous avons appris depuis sur le même sujet.

La tête de l’anableps surinam est couverte de petites écailles, plus large que haute, et comme tronquée et mème échancrée par devant. La mâchoire supérieure, plus avancée que l’inférieure, s’allonge et se replie vers le bas. Ces deux mâchoires, la langue et le palais sont hérissés de petites dents. On ne compte qu’un orifice à chaque narine.

Mais l'œil de cet anableps est l’organe de ce poisson qui mérite le plus l'examen de l'observateur. Voici ce que nous en avons publié dans l'ouvrage que nous venons de citer :

« L’œil de l’anableps est placé dans une orbite dont » le bord supérieur est très relevé ; mais il est très » gros et très saillant.

» Si l’on regarde la cornée avec attention, on voit » qu’elle est divisée en deux portions très distinctes, » à peu près égales en surface , faisant partie chacune » d’une sphère particulière, placées l’une en haut et » l’autre en bas, et réunies par une petite bande » étroite, membraneuse , peu transparente, et qui est » à peu près dans un plan horizontal, lorsque le pois- » son est dans sa position naturelle.

» Si l’on considère ensuite la cornée inférieure, » on apercevra aisément au travers de cette cornée » un iris et une prunelle assez grande au delà de la- » quelle on voit très facilement le cristallin. Cet iris » est incliné de dedans en dehors, et il va s'attacher

+ à la bande courbe et horizontale qui réunit les deux » cornées.

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» Il a été vu par Artédi, ainsi que les deux cornées; » mais là cesse la justesse des observations de cet ha-

» bile naturaliste, qui n’a eu apparemment à sa dispo- » sition que des individus mal conservés. S'1l avoit » examiné des anableps moins altérés, il auroit aperçu » un second iris percé d’une seconde prunelle , placé » derrière la cornée supérieure, comme le premier » iris est situé derrière la cornée d’en bas, et abou- » tissant également à la bandelette courbe et horizon- » tale qui lie les deux cornées1,

» Les deux iris se touchent dans plusieurs points » derrière cette bandelette, Ils sont les deux plans » qui soutiennent les deux petites calottes formées » par les deux cornées, et sont inclinés l’un sur l’autre, » de manière à produire un angle très ouvert,

» Dans tous les individus que j'ai examinés, la pru- » nelle de l'iris supérieur m'a paru plus grande que » celle de l’inférieur ; et, d’après la différence de leurs » diamètres, il n’est pas surprenant que l’on voie le » cristallin encore mieux au travers de cette ouverture » qu'au travers de la seconde, Il semble même quel- » quefois qu’on aperçoive deux cristallins ; et c’est ce » qui justifie, jusqu’à un certain point, l’opinion de » ceux qui ont pensé que chaque œil étoit double. Mais » ce n’est qu'une illusion d'optique, dont je me suis » assuré en disséquant plusieurs yeux d’anableps, et » qu'il est aisé d'expliquer.

» En effet, la réfraction produite par la différence » de densité qui se trouve entre les humeurs inté- » rieures de l'œil et le fluide extérieur qui le baigne,

1. Depais la lecture de ce Mémoire à la classe des sciences physiques ct mathématiques de l’Enstitut, nous avons reçu en France la partie de l'Ichthyologie de Bloch dans laquelle ce savant à donné une description très détaillée de l'œil de l'anableps surinam.

doit faire que ceux qui examinent l'œil de l’anableps sous un certain angle voient le cristallin plus élevé qu'il ne l’est réellement , s'ils le considèrent par l'ouverture de l'iris supérieur, et plus abaissé, au contraire , s'ils le regardent par l’ouverture de l'iris inférieur. Lorsqu'ils Pobservent en même temps par les deux ouvertures , ils laperçoivent à la fois plus haut et plus bas qu'il ne l’est dans la réalité ; et ils le voient en haut et en bas à une assez grande distance de sa véritable place, pour que les deux images

se séparent , et que le cristallin paroisse double. Il n’y a donc qu'un seul organe de la vue de chaque côté ; car chaque œil n'a qu'un cristallin, qu’une humeur vitrée et qu'une rétine : mais chaque œil a plusieurs parties principales doubles, une double cornée, une double cavité pour l'humeur aqueuse, un double iris, une double prunelle ; et c’est ce que personne n’avoit encore vérifié ni même indiqué, et qu'on ne retrouve dans aucune classe d'animaux vertébrés et à sang rouge.

» Chaque cornée appartenant à une sphère particulière, le centre de leurs courbures n’est pas le mème; et, comme le cristallin est sensiblement sphérique, ainsi que dans presque tous les poissons, il n’y a pas, dans ce dernier corps, deux réfractions différentes , l’une pour les rayons qui ont traversé la première cornée, et l’autre pour ceux qui ont passé au travers de la seconde. Il doit donc y avoir sur la rétine deux foyers principaux , à l’un desquels arrivent les rayons qui viennent de la cornée supé-

» rieure , et dont l’autre reçoit ceux qu'a laissé passer » la cornée inférieure. Voilà donc encore un foyer

DES POISSONS. 109 double à ajouter à la double cornée, à la double cavité, au double iris, à la double prunelle ; mais ce foyer et ces autres parties doubles appartiennent au même organe, et il faut toujours dire que l'animal n’a qu'un œil de chaque côté.

» Les iris de plusieurs espèces de poissons paroissent ne pouvoir pas se dilater, ni diminuer par leur extension l'ouverture à laquelle le nom de prunelle a été donné : mais je me suis convaincu que ceux de plusieurs autres espèces de ces animaux s’étendent et raccourcissent les dimensions de la prunelle. Le plus souvent même ces derniers iris sont organisés de manière que la prunelle, comme celle de plusieurs quadrupèdes ovipares, de plusieurs serpents, de plusieurs oiseaux et de quelques quadrupèdes à mamelles, diminue au point de ne laisser passer qu'un très petit nombre de rayons de lumière, en se changeant en une fente très peu visible, verticale ou horizontale ; et cette organisation peut, dans certains poissons, compenser jusqu'à un certain degré le défaut de véritables paupières et de vraies membranes clignotantes, que de savants naturalistes ont cru voir sur plusieurs de ces animaux, mais qui ne se trouvent cependant peut-être sur aucune de leurs espèces.

» Je ne puis pas dire positivement que les iris de l’anableps soient doués de cette extensibilité. Néanmoins une comparaison attentive, et l'habitude que m'ont donnée plusieurs années d'observations ichthyologiques, de distinguer, dans les parties des poissons, des traits assez déliés, me font croire que

» les dimensions des prunelles de l’anableps peuvent

aisément être diminuées.

» Il faut remarquer que cet abdominal passe une partie de sa vie caché presque en entier dans la vase, comme les poissons de sa famille, et que, dans cette position , il ne peut apercevoir que des objets situés au dessus de sa tête; mais qu’assez souvent cependant il nage près de la surface des eaux, et doit alors chercher à voir, au dessous du plan qu'il occupe, les petits vers dont il se nourrit, et les grands poissons dont il craint de devenir la proie.

» Si l’on étoit assuré de la dilatabilité de ses iris, on pourroit donc croire que, lorsqu'il est très voisin de la surface des eaux, l'iris supérieur, exposé à une lumière plus vive, se dilate au point de réduire la prunelle supérieure à une petite fente, et que le poisson voit nettement alors , par la prunelle inférieure beaucoup moins resserrée , les corps placés au dessous du plan dans lequel il se meut, les images de ces corps ne se confondant plus avec des impressions de rayons lumineux que ne laisse plus passer la prunelle supérieure.

» On pourroit penser de même que, lorsqu’au contraire l’anableps est caché en partie dans le limon du fond des eaux, son iris supérieure, très peu éclairé, se contracte, sa prunelle supérieure s’agrandit en s’arrondissant , et le poisson discerne les objets flottants au dessus de lui, sans que sa vision soit troublée par les effets de la prunelle inférieure , placée alors , pour ainsi dire, contre la vase , et privée, par sa position, de presque toute clarté.

» Au reste, on doit être d'autant plus porté à attri- » buer aux iris de l’anableps la propriété de se dilater, » que, sans cette faculté , les deux foyers du fond de » l'œil de cet animal seroient souvent simultanément » ébranlés par des rayons lumineux très nombreux. » Mais comment alors la vision ne seroit-elle pas très » troublée, et comment pourroit-il distinguer les objets » qu'il redoute , ou ceux qu'il recherche?

» D'ailleurs , sans cette même extensibilité des iris, » la prunelle supérieure seroit, pendant la vie de l’ani- » mal, presque aussi grande que dans les individus » conservés, après leur mort, dans de l’alcool affoibli : » dès lors, non seulement il y auroit souvent deux » foyers simultanément en grande activité , et par con- » séquent une source de confusion dans la vision ; mais » encore il est aisé de se convaincre , par l’observa- » tion de quelques uns de ces individus conservés » dans de l’alcool, qu'une assez grande quantité de » lumière, passant par la prunelle supérieure, arrive- » roit souvent jusqu'au fond de l'œil et jusqu’à la ré- » tine sans traverser le cristallin , pendant que ce cris- » tallin seroït traversé par d’autres rayons lumineux » transmis par cette même prunelle supérieure ; et la » vision de l’anableps ne seroit-elle pas soumise à une » cause perturbatrice de plus ?

» Mais la plupart de ces dernières idées ne sont que » des conjectures ; et je regarde uniquement comme » prouvé, que si l’anableps n’a pas deux yeux de chaque » côté , il a dans chaque œil deux cornées, deux ca- » vités pour l'humeur aqueuse, deux iris, deux pru- » nelles, et deux foyers de rayons lumineux. »

Bloch a examiné des fœtus d’anableps ; et il a vu que, dans ces embryons, les deux prolongations de la choroïde ne se réunissant pas, et la bande transversale n'étant pas encore sensible , on ne distinguoit pas les deux prunelles comme dans l'animal plus

; À avancé en âge.

Le corps du surinam est un peu aplati par dessus: mais sa queue est presque entièrement cylindrique. On aperçoit à peine la ligne latérale ; l'anus est plus près de la caudale que de la tête; la dorsale est encore plus voisine de cette caudale qui est arrondie : ces deux nageoires, ainsi que celle de Panus et les pectorales, sont revêtues en partie de petites écailles.

Les petits de cet anableps sortent de l’œuf dans le ventre de la mère, comme ceux desraies, des squales, de quelques blennies, etc. ; l’ovaire consiste dans deux sacs inégaux, assez grands et membraneux, dans lesquels on a trouvé de jeunes individus non encore éclos, renfermés dans une membrane très fine et transparente qui forme l'enveloppe de leur œuf, et placés au dessus d’un globule jaunâtre.

La nageoire de l’anus du mâle offre une conformation que nous ne devons pas passer sous silence. Elle est composée de neuf rayons : mais on n'en voit bien distinctement que les trois ou quatre derniers; les autres sont réunis au moins à demi avec un appendice conique couvert de petites écailles, et placé audevant de la nageoire. Cet appendice est creux, percé par le bout, et communique avec les conduits de la laite et de la vessie urinaire. C’est par l’orifice que l'on voit à l'extrémité de ce tuyau, dont la longueur

DES POISSONS. ; 113 égale la hauteur de l’anale , que lanableps surinam rend son urine, et laisse échapper sa liqueur séminale, au lieu de faire sortir l’une et l’autre par l’anus, comme un si grand nombre de poissons.

Les jeunes anableps éclosant dans le ventre de la mère , il est évident que les œufs sont fécondés dans l'ovaire, et par conséquent qu'il y a un véritable accouplement du mâle et de la femelle. Cette union doit être même plus intime que celle des raies, des squales, de quelques blennies, de quelques silures, parce que le mâle de l’anableps surinam a un organe génital extérieur dont il paroît que l'extrémité, maloré la position de cet appendice contre l’anale, peut être un peu introduite dans l'anus de la femelle.

La laite est double, mais petite à proportion de la grandeur du mâle. En général, les poissons qui s’accouplent, et qui ne fécondent que les œufs renfermés dans les ovaires de la femelle, paroïssent avoir une laite moins volumineuse que ceux qui ne s’accouplent pas, et qui parcourent les rivages pour répandre leur liqueur prolifique sur des tas d'œufs pondus depuis un temps plus ou moins long.

L'’estomac est composé d’une membrane mince; le canal intestinal montre quelques sinuosités , et le foie a deux lobes.

De chaque côté de l’animal, on compte cinq raies longitudinales noirâtres qui se réunissent souvent vers la nageoïre de la queue.

L’anableps surinam multiplie beaucoup; et les habitants du pays où on le trouve aiment à s’en nourrir.

Il vit dans la mer ; il s’y tient souvent à la surface, et la tête hors de l’eau. Il se plaît aussi à s’élancer sur

11/4 HISTOIRE NATURELLE la grève, d’où il revient en sautillant, lorsqu'il est effrayé par quelque objet 1.

1. D rayons à la membrane branchiale de l’anableps surinam. 7 rayons à la dorsale.

22 rayons à chaque pectorale.

9 rayons à la nageoïre de l'anus.

19 rayons à celle de la queue.

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